LE PRESIDENT, un film sur un pan de l'histoire politique et européenne

Publié le par Lady Ada

   Encore une fois, le petit bloggueur paresseux que je suis va s'effacer devant la plume de Dante qui nous livre ici son analyse du film Le Président, d'un certain Henri Verneuil (je vous parle d'un temps que les gens nés après 1983 ne peuvent pas connaître ;-). En même temps, je ne peux que féliciter les efforts de Dante qui, comme le bon docteur Frankestein qu'il est, tente de réscussiter mon pauvre blog longtemps endormi suite à la paresse coupable de son auteur originel.


    Je vous laisse donc en compagnie du film politique Le Président, et des jésuitismes très "IVeme République" qu'il entend dénoncer, non sans oublier que ce furent précisément les arrangements minables entre groupes parlementaires communistes et gaullistes, sous l'oeil bienveillant des gouvernements court-termistes de cette république, qui enterrèrent définitivement le seul projet véritablement politique de construction européenne : la Communauté Européenne de Défense.



 



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     Il est des films dont la justesse et la précision continuent de vous habiter au-delà de la première vision. Ces films reviennent régulièrement dans votre lecteur dvd car ils ne cessent jamais de vous révéler leur force, leur puissance, ce qui fait qu’ils nous bouleversent et s’inscrivent en nous. Le Président, d’Henri Verneuil, est de ceux-là.

     Sorti sur les écrans parisiens le 1er mars 1961, Le Président est adapté d’un roman de Georges Simenon. La réalisation est d’Henri Verneuil et les dialogues de Michel Audiard. Le Président met en scène un ancien Président du Conseil, Emile Beaufort, qui égrène les souvenirs de sa vie politique en rédigeant ses mémoires. Campé par un Jean Gabin grandiose, Le Président rend compte de toute l’ambiance politique de la IVe République et de ses débats, en particulier sur la question européenne.

 


Le Président est-il un film politique ?

 

     Certains estimeront que la réponse est dans la question. C’est pourtant loin d’être aussi évident. Cela dépend à la fois de la définition du fait politique, du film politique tel qu’on l’entend, de son contenu et de ses implications.

     Sur le fait politique proprement dit, les appréciations de chacun étant variables, il s’avère difficile de pouvoir le définir dans toutes ses implications. Il serait en réalité bien long, de surcroît, d’en détailler toutes les composantes. Retenons simplement des éléments généraux qui nous permettront de répondre à l’interrogation initiale. La politique, du grec politikos (littéralement : « de la Cité ») est ce qui constitue l’investissement, la gestion et le gouvernement des affaires de la cité, de la polis. La politique est relative au gouvernement d’un Etat ou d’un autre échelon territorial, et désigne également la science ou l’art de gouverner, de gérer les affaires publiques.

    

    Pris dans cette très simple acceptation, la présence du politique au cinéma peut être néanmoins identifiée, même si tout film peut être « politique ». Je réserve ce débat sur la présence du politique dans l’art à des commentaires annexes, m’attachant ici à répondre à une problématique. Tout film pourrait être considéré comme « politique » même s’il arbore très haut le drapeau blanc du divertissement, pour qui se donne la peine de le décoder. Il faudra donc se contenter de définir le film politique comme un genre cinématographique qui traite explicitement du gouvernement de la cité et de l’exercice du pouvoir, de sa conquête et de la dénonciation de ses excès.

     Le Président répond à cet ensemble de critères, mais le pourquoi de la problématique apparaît ici : Le film politique est-il un genre à proprement parler ou un thème récurrent qui inspira particulièrement les années 1960 et 1970 ? Dans son ouvrage Ecoles, genres et mouvements au cinéma [1], Vincent Pinel indique que cette question reste « ouverte ». Elle se pose d’autant plus que le film politique possède, selon beaucoup, deux bras armés : le film de propagande et le film militant. Il faudra donc envisager ici le film politique sous l’angle de la fiction. Et en cela, Le Président se révèle palpitant et un vrai film politique.

Une très brève histoire du film politique

 

     Il est à ce titre intéressant de noter que le cinéma éprouva longtemps une certaine répugnance à évoquer la politique si ce n’est sur le mode anecdotique, sentimental, ou sous la forme de portraits d’hommes ou de femmes de pouvoirs (Napoléon d’Abel Gance en 1927, L’Impératrice rouge de Josef Von Sternberg en 1934, Ivan le Terrible de Sergueï M. Eisenstein en 1946 ou encore Viva Zapata de Elia Kazan en 1951). Deux grands classiques du muet, deux films novateurs dans leur forme, abordèrent de façon très particulière des thèmes politiques : La Naissance d’une nation [2] de David Wark Griffith en 1915 exalta l’unité nationale ; Métropolis de Fritz Lang en 1927 aborda avec anticipation l’interrogation sur la modernité et le modèle de la ville [3]. Des comédies aussi bravèrent ce qui relevait presque de l’interdit (M. Smith au Sénat de Frank Capra en 1939) ou avec une violence et une acuité burlesques (Soupe au canard des Marx Brothers en 1933, Le Dictateur de Charles Chaplin en 1940).

    

    Les années 1960 et surtout 1970 furent prolixes en la matière. La plupart des films politiques de cette période traitent de la dénonciation d’abus et de scandales des différents pouvoirs, de Tempête à Washington de Otto Preminger en 1962 et Main basse sur la ville de Francesco Rosi en 1963 à L’Homme de marbre de Andrzej Wajda en 1977 en passant par les thrillers politiques de Costa-Gavras, de Z en 1969 à L’aveu en 1970. D’autres, pour échapper aux ciseaux de la censure, utilisèrent les ressources de l’allégorie, de l’apologue ou de la parabole : Miklos Jancso en Hongrie communiste avec Les Sans-espoir en 1966, Glauber Rocha dans le Brésil de la dictature militaire avec Terres en transes en 1967, Carlos Saura dans l’Espagne de Franco avec Anna et les loups en 1972 et La cousine Angélique en 1974, Théo Angelopoulos dans la Grèce des colonels avec Le Voyage des comédiens en 1975. Signalons enfin que le cinéma asiatique n’est pas avare en la matière, en particulier le Japon : Le Héros sacrilège de Kenji Mizoguchi en 1955 constitue un véritable plaidoyer pour la modernité, le héros n’étant sacrilège que vis-à-vis d’un ordre déjà dépassé, et Kagemusha de Akira Kurosawa en 1980 qui s’interroge sur l’identité du Japon. Force est de constater que le film politique, s’il est aujourd’hui en recul, continue d’être décliné dans des œuvres aussi différentes que complexes.

    

     Barthélémy Amengual distingue, dans son ouvrage Clefs pour le cinéma [4] deux directions majeures du cinéma politique : un « cinéma insurrectionnel ou insurgé » (militant) et un « cinéma civique qui mobilise les consciences sur les problèmes immédiats de la réalité politique et sociale ». Le propos généreux du film politique est donc d’aider, avec une efficacité vraiment modeste, à la prise de conscience des enjeux, de la réalité politique, des faits et des actes qui touchent les affaires publiques. Le Président est pleinement un grand film politique en ce sens.

 


Le Président, la conception et la pratique du pouvoir

 

     Le film recrée l’ambiance de la IVe République, faîte d’instabilité et de marges de manœuvres politiques limitées. Mais Le Président est avant tout une réflexion sur la pratique du pouvoir et l’art de gouverner. La scène qui précède celle à l’Assemblée est assez remarquable. Un Député, ancien camarade de classe du Président du Conseil vient le voir pour lui demander un service :

 

 

-         « J’ai besoin d’un service (…) Il y a le mois prochain une adjudication pour le port de Bordeaux. Or il se trouve, comme par hasard, que mon beau-frère dirige une importante affaire de construction, dans laquelle je suis plus ou moins associé…

-         Non.

-         Comment ça, « non » ?

-         Vous me demandez d’intervenir auprès du service des adjudications pour faciliter une affaire à laquelle, vous, conseiller général, êtes associé. Alors je dis non, c’est tout.

-         Mais j’ai juste besoin d’un petit coup de main ! Tu peux tout !

-         C’est précisément pour ça que je ne peux pas tout me permettre ».

 

Outre qu’elle dénonce le népotisme en vigueur dans le monde politique, la scène avance l’idée d’une certaine éthique du pouvoir. Ce thème se retrouve notamment décliné dans les conceptions politiques de Pierre Mendès-France.

     D’autres scènes mettent en lumière cet art de gouverner lorsque la décision de la dévaluation et de la fixation de son taux interviennent. Mais c’est dans les dernières scènes qu’est dépeint un certain machiavélisme. L’ancien secrétaire d’Emile Beaufort, Philippe Chalamont, est pressenti pour devenir Président du Conseil car son parti est susceptible de détenir une majorité. Or, au moment de l’épisode de la dévaluation, Philippe Chalamont avait communiqué le taux et la décision à son beau-père, un banquier, qui avait ainsi amorcé des prises de positions dans les bourses et fait perdre 3 milliards aux épargnants français. Emile Beaufort lui avait alors fait rédigé une lettre d’aveu [*] mentionnant sa responsabilité dans l’échec de la dévaluation. Lorsqu’il est pressenti au poste de Président du Conseil, Philippe Chalamont vient demander son accord et son appui à Emile Beaufort. La scène est grandiose, puise dans la psychologie et le machiavélisme politique :

 

-         Bonsoir M. Le Président. Vous m’attendiez ?

-         Je vous attends depuis vingt ans.

-         Qu’est-ce que vous regardez ?

-         Cela. Je ne pensais jamais revoir cette maison. C’est étrange. Je m’attendais à une sorte de gêne ou de honte, en tout cas de malaise.

-         Vous vous surestimez.

-         Peut-être, oui. Je n’éprouve finalement que de l’émotion, c’est presque agréable.

-         Asseyez-vous.

-         J’ai cru à un moment que vous refusiez de me recevoir. Je suppose que vous me haïssez toujours.

-         Oh, vous savez, j’ai 73 ans.

-         Ça n’empêche pas les sentiments.

-         Ça les atténue. A mon âge, on vit en veilleuse. On peut encore marcher, manger, aimer, haïr, mais à condition de faire ça doucement (…) En ce qui vous concerne, la surprise ne joue pas. Je vous ai souvent vu à la télévision. Vous étiez fort brillant. Ce qui laisse le plus à désirer, chez vous, ça n’a jamais été le style. Je vous ai également vu et entendu ce matin, mais là, le style était plus évasif. Il s’agissait je crois d’une réponse à donner au Président de la République. Vous auriez pu économiser du temps en la donnant tout de suite.

-         A condition qu’elle soit négative, n’est-ce pas ? Et vous prétendez que la haine s’atténue ? Je trouve, moi, que vos sentiments n’ont pas variés.

-         Ce qui n’a pas varié c’est ma notion de ce que doit être un chef de gouvernement. Cette notion-là ne variera jamais ».

 

     La suite de la scène reprend des thématiques du Prince de Machiavel dans la technique pour la prise personnelle du pouvoir. Jouant sur le ressort psychologique, Philippe Chalamont utilise la carte de l’éthique politique pour obtenir l’approbation d’Emile Beaufort. Ensuite, il aborde le jeu des réalités politiques pour le convaincre :

 

-         Je vous admire. Car ma notion à moi a bien changé. Votre attitude, lorsque vous étiez au pouvoir, m’a souvent heurté mais aujourd’hui j’agirais de même. Voyez-vous, Président, je pense que si la croissance s’arrête de bonne heure, un homme ne cesse jamais de grandir. C’est ce que j’ai longtemps refusé de comprendre mais qui m’apparaît aujourd’hui comme une vérité première. A partir d’un certain degré de réussite, un homme d’Etat fait abstraction de son orgueil  et de ses intérêts personnels pour devenir le prisonnier de la chose publique.

-         Vous avez découvert ça quand ?

-         Quand ? Je ne sais pas. Après ma première élection ou après ma nomination au Conseil monétaire, je ne sais pas. Mais ma conviction est faîte. Me permettez-vous de vous poser une question ? Voyez-vous parmi les hommes politiques d’aujourd’hui un chef de gouvernement qui s’impose et qui rende ma candidature superflue ?

-         Non.

-         Voyez-vous un parti plus apte que le mien à dénouer la crise ?

-         Non.

-         Pensez-vous que je sois capable, et là mieux qu’un autre, de résoudre les problèmes syndicaux et d’éviter la grève générale qui nous menace ?

-         Oui.

-         Estimez-vous que je possède la technique, l’expérience, en un mot la stature d’un homme d’Etat ?

-         Oui.

-         Bon, alors dans ce cas, levez-vous votre veto ? »

 

Après une hésitation, Emile Beaufort parvient à comprendre la motivation réelle de son ancien secrétaire. Lorsque Philippe Chalamont lui déclare qu’il compte gouverner avec son agrément et son appui, lui demandant une « coopération secrète mais totale », Emile Beaufort revient sur sa position initiale, dictée par sa conception de l’exercice du pouvoir :

 

-         Ce que vous venez de me dire me flatte Chalamont. Pour des raisons personnelles je vous ai longtemps pris pour un salaud et je constate avec plaisir que là aussi j’avais quinze ans d’avance. Et dire que vous avez failli m’avoir. Vous êtes intelligent Chalamont, comme tous les salauds d’ailleurs. Vous savez qu’il y a des gens que l’on peut acheter avec des billets ou des enveloppes. Moi, vous avez essayé de m’avoir par la vanité. Ce que vous venez de faire est ignoble. (…) Vous venez d’être de la plus grande lâcheté, celle de l’esprit. Et c’est pour ça Chalamont que je ne vous laisserez jamais prendre le pouvoir. Parce que c’est une saloperie de venir au pouvoir sans avoir une conviction à y appliquer.

-         Je ne serais pas le premier !

-         Savez-vous pourquoi je vous ai fait écrire cette fameuse lettre [*] et pourquoi je l’ai gardé ?

-         Oui, je le sais figurez-vous. Par vengeance. Pour humilier un homme que vous n’aimez pas !

-         Non, pour préserver un pays que j’aime bien !

-         Alors pourquoi disiez-vous tout à l’heure que j’étais un gouverneur possible ? En tout cas pas plus mal qu’un autre…

-         Pas plus mal qu’un autre ? Décidément, vous êtes plus ambitieux pour vous que pour votre pays ! Voilà tout ce que vous lui souhaitez : « un homme pas plus mal qu’un autre ». Mais quand on a cette ambition là, on ouvre un bazar, on ne gouverne pas une nation ! (après d’autres échanges) Foutez le camp, Chalamont. Dîtes au Président de la République que vous renoncez, enveloppez ça dans le bobard que vous voudrez, allez ! vite !

-         Avant, laissez-moi regarder le dernier dépositaire de la France ! Et vous parlez d’ambition ! Vous savez ce que vous aurez à la Présidence du Conseil ? Un Marcel Ferchoux, un crétin, et un crétin honnête comme les aimez !

-         Et ben ça sera déjà ça ! Vu ce que ça rapporte d’être honnête ! »

 

Ici s’affronte deux visions de l’exercice du pouvoir. Le mérite du film est de souligner les contradictions de part et d’autre : le déni d’une conviction dans l’exercice du pouvoir s’appuyant sur les opportunités conjoncturelles et la défense d’une certaine éthique qui la fait prévaloir sur des réalités politiques. L’échange illustre ici à merveille un débat sur la conception politique.

 

Le Président et l’Europe

    

     De surcroît, Le Président retranscrit un pan de l’histoire politique européenne. La plus grande scène du film demeure le débat à l’Assemblée sur le projet d’union douanière. Cela permet de situer historiquement l’extrait du film après les années 1930, postérieur à la création de l’U.D.E (Union Douanière Européenne) en 1927, suite au Traité de Locarno de 1925. Dans le manifeste du Comité français de l’U.D.E se retrouve les buts libres-échangistes, l’objectif d’un désarmement douanier progressif, par paliers et par ententes régionales, devant contribuer à affermir la paix européenne. De manière plus plausible, l’action se déroule après la 2nde Guerre Mondiale, même si l’usage de la fiction brouille volontairement quelques pistes. Bien des répliques font penser que la première guerre mondiale est déjà un souvenir éloigné…

     Cette scène monumentale donne tout d’abord à voir le discours souverainiste qui n’a pas changé d’un iota depuis, discours centré sur l’inutilité de l’Europe.

L’extrait se trouve ici :

 

http://www.dailymotion.com/relevance/search/Le%2BPr%25C3%25A9sident%2B%2528Jean%2BGabin%2529/video/x5178q_le-president-jean-gabin-bernard-bli_shortfilms

 

     Ensuite, vient le tour des Indépendants Républicains, opposés eux aussi au projet d’Union douanière :

 

http://www.dailymotion.com/relevance/search/Le%2BPr%25C3%25A9sident%2B%2528Jean%2BGabin%2529/video/x5178q_le-president-jean-gabin-bernard-bli_shortfilms

 

     Enfin, vient le discours du Président. Ce dernier est habité tout entier par la conviction européenne, et dénonce l’Europe que prévoit certains. Un grand moment, assurément :

 

http://www.dailymotion.com/relevance/search/le%2Bpr%25C3%25A9sident%2B%2528jean%2Bgabin%2529/video/x517op_le-president-jean-gabin-bernard-bli_shortfilms

 

     Les clivages suscités par la question européenne démontrent leur importance sur les clivages et les alliances parfois inattendus des partis politiques nationaux. La question européenne est ici traitée aussi bien sur sa configuration que sur ses implications. Donnant à voir la vigueur des débats de la IVe République, Le Président est assurément un grand film politique. Plongeant dans les arcanes de l’exercice du pouvoir et de l’art de gouverner, traitant des conceptions et de questions alors primordiales, Le Président offre l’illustration d’un cinéma constructif, pertinent et grand public. Autant de paramètres rarement réunis et qui font pourtant les grands films.

    

 

 

[1] PINEL Vincent, Ecoles, genres et mouvements au cinéma, Paris, Larousse, Collection « Reconnaître », 2000.

[2] A l’époque, le film de David Wark Griffith provoqua à la fois la reviviscence du racisme dans le sud (non voulue par Griffith) et une exaltation de cette unité nationale que Lincoln avait souhaitée non raciste. Le film véhicule des idéologies contradictoires, qui n’ont plus qu’un intérêt historique, et passa inaperçu en Europe en 1921. Pour Vincent Pinel, le film « exalte l’action du Ku Klux Klan ».

[3] Pour Vincent Pinel, qui reconnaît le génie de Fritz Lang, Métropolis « vante la prétendue réconciliation du capital et du travail par la médiation du cœur », [Ibid, p.172]. Si par certains aspects, cette superproduction anticipe ce que sont devenues nos villes aujourd’hui, elle témoigne d’abord d’une interrogation sur ce que doit être la ville. Il faut « un médiateur entre le cerveau et les mains, et ce médiateur doit être le cœur ». On a souvent vu dans cette parole de Maria une parabole chrétienne, alors que, plus radicalement, c’est le développement de la Cité occidentale en tant que tel qui est repensé : comment éviter l’apocalypse ? En fondant à nouveau la ville-mère sur une tripartition harmonieuse, répond à sa manière le film de Lang. Dès sa sortie, Métropolis a frappé par la hardiesse de ses décors et de ces prises de vues. Plus de soixante dix ans plus tard, c’est encore là que réside sa profonde modernité.

[4] AMENGUAL Barthélemy, Clefs pour le cinéma, Paris, Seghers, 1971.

 

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Dante 17/02/2009 14:02

Pour tout le reste, nos positions sont assez irréconciliables, et j'ai renoncé depuis longtemps à te détourner du sombre chemin d'obscurantisme, d'impiété et de folie que tu t'obstines à suivre, au mépris de toute logique et de tout bon sens. ;-))J'aurais pu en dire autant, en effet :-)En ce qui concerne les lois du marché : je trouve absurde l'idée de remettre en cause le fait que le marché est le moyen le plus efficient d'organiser la production et la circulation de biens et de services dans un système économique complexe. Non pas que je trouve la critique du marché ridicule (moralement parlant, le marché est la plus horrible des "créations" humaines : un système capable de s'autogérer sans la moindre intervention humaine et, presque, sans le besoin de l'existence humaine). Simplement, cette critique est à mon sens une immense perte de temps.Est-ce à dire, dans ce cas-là, que le débat ne doit pas avoir lieu et que nous n'avons fait que perdre du temps depuis presque 2 siècles ? Tu m'excuseras donc de ne pas avoir ton assurance en la matière.Dante

Lady Ada 06/02/2009 20:45

Arf, c'est tout le problème de réagir rapidement, par simple com, à un problème aussi vaste qu'il mériterait des bouquins entiers.C'est aussi tout le problème de réagir en grande partie à côté du sujet, en apportant finalement plus de problèmes que de réponses.Donc, pour préciser : ma dernière réponse ne s'adressait pas vraiment à toi, ni au film qui a suscité l'article, mais au système politique français en général.Je n'emploie pas le terme de "mythe" en un sens péjoratif, mais simplement comme un synonyme plus parlant de "représentation". En tant que tel, je parlais des représentations que nous nous faisons, nous, Français (et moi inclus ;-) de la manière dont le gouvernement de la cité doit se faire. Si je critique ces représentations, c'est parce qu'elles influencent fortement le développement de cet ensemble de contingences aléatoires et hasardeuses que l'on nomme "réalité". Et, il faut bien l'avouer, notre système politique ne fonctionne plus vraiment depuis un long moment : c'est bien que les représentations que nous nous en faisons doivent en partie bloquer des évolutions nécessaires.J'entre donc maintenant dans le coeur du débat :"Mais, si en bon Derrida, on se met à décortiquer cette rhétorique, on s'aperçoit qu'elle est une construction postulant une compatibilité entre deux champs qui ne sont certes pas opposés mais qui supposent une intégrité et une conviction pour les associer sans susciter de conflits d'intérêts"En supposant que la politique est un processus conscient où des êtres de raison ont à décider rationnellement et objectivement de la meilleure décision à prendre à un moment donné.Ce qui n'est évidemment pas le cas : des décideurs ont des convictions qu'ils cherchent à appliquer avec leurs trippes autant qu'avec leur raison. Et c'est bien parce qu'ils n'avaient aucune confiance en la "nature humaine" que Montesquieu ou Locke imaginèrent un système de séparation des pouvoirs propre à limiter l'initiative d'un dirigeant isolé, et à l'encadrer dans un ensemble de pouvoirs/contre-pouvoirs qui obligeaient le dirigeant à pratiquer les valeurs de la société, qu'il le veuille ou non.De la même manière, ces institutions obligent les gouvernants à assurer leur tâche fondamentale, qui est de faire l'unité de la cité à travers la loi. Un dirigeant n'a pas à lui seul le sens de l'intérêt général. Cela écraserait n'importe qui, à part quelques hommes d'exception, et encore...C'est bien pourquoi les hommes politiques sont pris dans les filets d'un système politique qui, seul, assure l'intérêt général par le dépassement des intérêts particuliers représentés par les députés (dans le processus d'édification de la loi)."Cette association ne peut tenir que si un certain sens du service (ministre indique éthymologiquement le serviteur) est placé dans la conduite d'une politique"Précisément pas : le système politique doit être édifié de telle manière qu'il oblige ses serviteurs à le servir de manière aussi efficiente que possible, c'est à dire en rendant le meilleur service possible à la cité. En clair, le bon système politique est celui qui ne laisse aucune marge au dirigeant quant à son intégrité morale (d'où la saine obsession du conflit d'intérêt chez les anglo-saxons) et à son honneteté, tout en donnant une aussi grande marge de manoeuvre que possible à ses qualités de dirigeant. Aussi, la pratique des valeurs d'honneteté et d'intégrité morale ne dépend du dirigeant (de sa qualité, de son honnêteté) que de manière incidente. C'est pourquoi un dirigeant d'exception dans un système institutionnel mauvais sera bien pire qu'un mauvais dirigeant dans un bon système institutionnel (qui assurera des contre-pouvoirs et des institutions capables d'encadrer son incompétence et/ou sa dangerosité)"Nous avons mis en place, culturellement, politiquement et socialement un système qui rejette le droit à l'erreur et au risque. Bref, une négation de notre nature qui se répercute sur notre pratique et notre vision politique. Je rêve d'un homme politique qui puisse dire: "On s'est planté sur ce point. Nous allons changer de mesures vu les actuelles contingences et émettre de nouvelles mesures"."Entièrement d'accord, ainsi qu'avec le beau passage, très sensé, de Spinoza.Et pour ce qui est de ceci :"D'ailleurs, dans Le Président, une scène met en avant la contradiction des pratiques politiques lorsque Emile Beaufort élabore ses mémoires et dit: " C'est une tradition bien française de confier un mandat aux gens et de venir ensuite leur contester le droit d'en user " :-)"Je rappelle ce que j'affirmais plus haut :"le mythe de la justesse de la décision étatique fondée sur l'intérêt général absolu conduit paradoxalement à la remise en cause perpétuelle de la décision étatique. En effet, la décision étant prise par un camp politique sera privée de légitimité par les adversaires politiques exclus du jeu : elle sera ainsi combattue par la partie de la population qui s'estime non représentée par le pouvoir (réactions face aux "réformes" sarkozystes, comme par le passé face aux réformes mitterrandiennes)."Pour tout le reste, nos positions sont assez irréconciliables, et j'ai renoncé depuis longtemps à te détourner du sombre chemin d'obscurantisme, d'impiété et de folie que tu t'obstines à suivre, au mépris de toute logique et de tout bon sens. ;-))Ah, si, une dernière petite chose:En ce qui concerne les lois du marché : je trouve absurde l'idée de remettre en cause le fait que le marché est le moyen le plus efficient d'organiser la production et la circulation de biens et de services dans un système économique complexe. Non pas que je trouve la critique du marché ridicule (moralement parlant, le marché est la plus horrible des "créations" humaines : un système capable de s'autogérer sans la moindre intervention humaine et, presque, sans le besoin de l'existence humaine). Simplement, cette critique est à mon sens une immense perte de temps.Ensuite, il faut séparer la critique du marché en tant que système de distribution des richesses qui, globalement, marche bien, et la critique d'une certaine représentation du marché comme "pur et parfait" ou "autorégulé", c'est à dire comme pouvant vivre en apesanteur, hors des réalités historiques, géographiques et économiques qui le déterminent forcément. Sur ce dernier point, je partage évidemment la critique de l'idéologie du marché comme aboutissement téléologique et énième nouvel Eden venu racheter notre Péché Originel.Amicalement,Lady Ada

Dante 06/02/2009 10:27

Bonjour, Bien qu'attendant avec une certaines impatience une réponse plus "précise à mon com", je vais toutefois intervenir sur cette critique de la pratique et de la théorie politique que tu fais, et qui, bien que collective, s'adresse aussi à certains :-)Tout d'abord, reconnaissant mon idéalisme impénitent, je suis conscient des limites de mon projet de société, avec tous les effets collatéraux que ce dernier pourrait avoir. C'est sans doute pour cela que les structures associatives répondent davantage à mon engagement et à mes exigences de citoyen. Que pourrais-je apporter à une structure politique sinon de belles théories? Beaucoup s'en chargent mieux que je ne saurais le faire (ou pire) et mes actions par le cadre associatif me permettent de faire vivre ce qui est le plus proche de mes convictions.Aussi, je ne me reconnais pas vraiment dans les griefs collectifs que tu décris sur notre perception et notre pratique politique. Mythe de la Cité Une et Indivisible ? Le théâtre m'a appris, depuis fort longtemps, la diversité des points de vue et la nécessité de les faire dialoguer. Le corollaire avec l'altérité intérêt général / intérêt privé ne m'apparaît d'ailleurs pas si évident. Il t'apparaît lié car tu es convaincu par les orientations libérales et de leurs réalités actuelles. Mais, si en bon Derrida, on se met à décortiquer cette rhétorique, on s'aperçoit qu'elle est une construction postulant une compatibilité entre deux champs qui ne sont certes pas opposés mais qui supposent une intégrité et une conviction pour les associer sans susciter de conflits d'intérêts. Cette association ne peut tenir que si un certain sens du service (ministre indique éthymologiquement le serviteur) est placé dans la conduite d'une politique. Tu postules la réalité, et bien, précisément, à quoi assistons-nous aujourd'hui, si ce n'est à une certaine forme de négation du politique par une prééminence d'intérêts personnels mêlant un népotisme de bazar à des stratégies de communicants ? La conciliation intérêt privé / intérêt collectif est très jolie sur le papier et existe, je n'en doute pas, chez des hommes politiques, mais l'honneteté intellectuelle qu'elle suppose se fait cependant bien rare pour faire la part des choses :-) Il ne s'agit donc pas de cloisonner les intérêts et de les dissocier pour faire de la politique, mais de redéfinir un système plus pertinent et offrant davantage de garantie pour leur conciliation pratique. Mythe de la justesse de la décision étatique ? Il suffit de voir les orientations et les choix politiques élaborés par le gouvernement actuel pour démythifier cette idée :-) Je pense cependant qu'il serait totalement utopique d'avoir une société sans Etat, ce qui fait partie de ton idéal selon ton propre aveu. Cette parenthèse mise à part, je reviens sur le corollaire de l'intérêt général, et peut-être par là même à ce qui manque cruellement aux hommes de pouvoir et qui provoque aussi une certaine impuissance de notre politique: un pouvoir capable de se tempérer lui-même et des institutions permettant à toutes les forces politiques de jouer leur rôle. Bref, d'un certain sens de l'Etat qui a sa noblesse, ne t'en déplaise. Dans son Traité de l'autorité politique, Spinoza traite justement la nécessité d'une "auto-limitation" du pouvoir qu'il oppose au bon plaisir monarchique. Je livre ici un court extrait du chapitre VII, 1: " Les collaborateurs du roi se bornent à respecter sa véritable intention, lorsqu'ils refusent d'exécuter certains ordres donnés par lui, mais qui seraient contraires aux principes de l'Etat. Nous nous servirons, pour faire saisir plus clairement notre pensée, de l'exemple d'Ulysse. Ses compagnons obéissaient véritablement à ses ordres en refusant de le détacher du mât du bateau, tandis que lui, séduit par le chant des sirènes, les menaçait d'une terrible vengeance s'ils ne le libéraient pas. Et tout le monde rend hommage au bon Ulysse, qui, une fois le péril écarté, remercia ses compagnons d'avoir respecté ses premières consignes. Les rois, d'ailleurs, ont assez coutume de rappeler ce même exemple aux magistrats de leurs tribunaux, pour les adjurer de rendre la justice sans se laisser influencer par qui que ce soit, fut-ce par le roi ". Ce Tractatus politicus édité de manière posthume en 1677 résulte certes d'un contexte mis en avant par le très beau livre de Robert Mandrou que j'ai déjà mentionné précédemment, contexte imprégné de la construction de l'Etat moderne au XVIIe siècle et qui fut le théâtre de vifs débats, sur le "bon gouvernement", qui se prolongèrent bien au-delà du siècle. On pourrait reprocher à Spinoza de construire sa vision de la politique sur un certain sens moral. Il n'empêche que l'exercice des responsabilités supposent, comme je l'ai dit précédemment, une certaine forme de générosité et une honneteté. Or, aujourd'hui, nous avons tellement exclus le droit à l'erreur et au risque, inhérents pourtant à notre condition, que lorsque une erreur est commise surgissent aussitôt une forme de lynchage et un jeu rhéotique pour ne pas reconnaître les torts et assumer les responsabilités. Nous avons mis en place, culturellement, politiquement et socialement un système qui rejette le droit à l'erreur et au risque. Bref, une négation de notre nature qui se répercute sur notre pratique et notre vision politique. Je rêve d'un homme politique qui puisse dire: "On s'est planté sur ce point. Nous allons changer de mesures vu les actuelles contingences et émettre de nouvelles mesures". Obama n'a pas hésité, il y a peu, à reconnaître qu'il avait "foiré" dans le choix de ses collaborateurs, et même si certains jugent cela comme une forme d'auto-publicité, il n'empêche que nous avons là un homme politique qui assume ses responsabilités, contrairement à M. S :-))D'ailleurs, dans Le Président, une scène met en avant la contradiction des pratiques politiques lorsque Emile Beaufort élabore ses mémoires et dit: " C'est une tradition bien française de confier un mandat aux gens et de venir ensuite leur contester le droit d'en user " :-)Mythe du droit comme opposition au rapport de force ? Le droit est un moyen et non une finalité. Il est une construction émanant de la prise en compte de nombreux paramètres. Une société accepte un droit quand il est légitime, c'est-à-dire lorsqu'il reflète une fidélité à des principes, qui, ne t'en déplaise, sont ancrés dans une certaine "volonté générale". Je ne suis pas convaincu par le fait qu'une société contractuelle, prônée par la vision libérale, soit plus pertinente et plus juste, et encore moins égalitaire. Encore que là aussi, la notion d'égalité dépend de la place et du crédit qu'on lui accorde :-)Et il serait d'ailleurs bien temps d'examiner aussi quelques mythes de la vision libérale, comme le mythe d'un marché auto-régulateur. Il faudrait aussi balayer devant sa porte, comme on dit :-)Après, je suis globalement d'accord avec les pistes que tu avances dans ta "réponse à Emile Beaufort" :-))Amitiès, Dante.

Lady Ada 01/02/2009 20:50

"C'est toute la vision libérale qui se trouve en réalité critiquée. La fameuse dichotomie: je réponds à des intérêts privés mais contribue à l'intérêt collectif par là-même est remise en perspective à travers cette scène. Tout dépend si l'on envisage le moteur de la production humaine à travers la concurrence ou la coopération... :-))"Effectivement, tout ceci est un problème essentiellement libéral ;-)Les pays anglo-saxons acceptent les jeux d'intérêts particuliers et la libre expression des rapports de force dans la société (à travers notamment une liberté d'expression quasi totale) comme dans le monde politique (stricte séparation des pouvoirs aux USA avec tous les risques de paralysie qu'elle représente), beaucoup plus que nous. Nous sommes effectivement restés très "platoniciens" dans notre vision de la cité, ce qui se traduit par un certain nombre de croyances fermement établies :- la cité Une et Indivisible, et son corollaire : l'altérité radicale entre intérêts privés et intérêt général- la justesse de la décision étatique, forcément juste puisque prise dans l'intérêt général de la cité, et son corollaire : le culte de l'Etat- le rejet du rapport de force comme composante du politique, et son corollaire : le culte du droit et de la procédureOr, cela nous conduit à mon sens à deux impasses majeures :- le mythe de la cité Une et Indivisible conduit à l'extrémisation de la vie politique, puisque chaque parti peut prétendre détenir l'ensemble de la légitimité. Ainsi, la résultante est une vie politique très clivée et peu à même de faire consensus, c'est à dire de remplir son but politique, qui est justement de faire l'unité de la cité (réaction de la gauche face à Sarkozy aujourd'hui, comme de la droite face à Mitterrand en 1981). L'altérité entre intérêts particulier et général conduit à maquiller la réalité des intérêts dans la politique, donnant par là une vision purement idéaliste du politique qui ne peut que s'autodétruire face aux réalités de la pratique politique (impuissance du PS conduisant au retour du refoulé idéaliste à travers les mouvements gauchistes). La seule véritable solution étant de faire appel à un homme providentiel doté d'une légitimité transcendant les clivages et les intérêts particuliers.- le mythe de la justesse de la décision étatique fondée sur l'intérêt général absolu conduit paradoxalement à la remise en cause perpétuelle de la décision étatique. En effet, la décision étant prise par un camp politique sera privée de légitimité par les adversaires politiques exclus du jeu : elle sera ainsi combattue par la partie de la population qui s'estime non représentée par le pouvoir (réactions face aux "réformes" sarkozystes, comme par le passé face aux réformes mitterrandiennes).En faisant passer la prise de décision de l'Assemblée à la Présidence, les pères fondateurs de la Vème République ont cru résoudre cette contradiction. Or, ils n'ont fait que la déplacer et la complexifier. Le pouvoir est désormais entre les mains d'un président élu, et juridiquement fort. Mais le président n'est jamais élu par 100% des voix, et ses décisions sont donc tout aussi entachées d'illégitimité pour ceux qui ne l'ont pas élu que celles de l'Assemblée sous la IVème République. Ainsi, la politique française est-elle structurellement impuissante (Sarkozy est d'ailleurs intéressant en cela qu'il est le premier de tous les présidents à refuser d'admettre cette réalité).- le mythe du droit comme opposition au rapport de force rejoint la vision idéaliste de la cité Une et Indivisible : le rapport de force entre intérêts particuliers se voit remplacé par un droit -idéal- issu, lui, de la volonté générale. Le problème étant que cette volonté générale n'a pas de sens puisque l'Assemblée ou le président censés la représenter n'ont pas une légitimité suffisante. Ainsi, le culte du droit n'est-il finalement qu'un signe de cette impuissance politique décrite plus haut (voir la surabondance législative depuis l'élection de Sarkozy).Bien, je pense avoir fait le tour de ce qui cloche dans notre manière de faire de la politique. Maintenant, il reste plus qu'à apporter ma réponse à Emile Beaufort. A savoir la grande réforme de la culture politique française dans laquelle nous devrions nous engager, si nous voulons enfin, merde, redevenir une nation digne et capable d'engager le seul grand projet politique qui vaut la peine d'être mener aujourd'hui en Europe : la construction d'une fédération européenne ;-)Je pense que quelques pistes peuvent être amenées :- réforme constitutionnelle et séparation stricte des pouvoirs, qui condamne les forces politiques à s'entendre sans rejeter leurs responsabilités.- renforcement systématique de toutes les institutions et de tous les contre-pouvoirs (médias, syndicats, associations)- extension des libertés et promotion d'un patriotisme doux.Bien entendu, tout cela ne marchera que si nous nous engageons dans une réforme en profondeur de l'idéologie, issue de la Révolution, qui sous-tend le fonctionnement de nos institutions.Lady Ada (ah, sinon, dans le prochain com, je répondrai un peu plus précisément à ton com, cher Dante ;-))

Dante 01/02/2009 19:14

Bonsoir !Heureux de voir que le film suscite un débat et c'est aussi pour cela que cet article est fait ! Tout d'abord, cher Lady Ada, tu mets le doigt sur quelque chose que nous savons déjà, toi et moi, objet de débat entre nous: notre conception réciproque de la politique. dans la mesure où ils sont, je l'espère, bien moins fanatiques que moi sur la définition de ce qui entre, ou non, dans la définition du politiqueIl serait sans doute bien long de détailler les éléments qui nous opposent sur ce point. Tu appréhendes la politique comme un système basé sur le rapport de force et visant à le dépasser. Ton appproche, sans doute plus pertinente que la mienne, est donc conceptuelle bien que basée sur les réalités. Ma vision de la politique est celui d'un espace investi et organisé par les hommes pour se doter de grandes orientations qui vont permettre de faire société. Je raccourcis beaucoup, certes, mais je suis conscient que j'aborde un système d'organisation avec un idéalisme impénitent. C'est peut-être pour cela que je ne pourrais jamais faire de politique et que je me sens plus à l'aise sur un travail de terrain polyvalent dans un cadre associatif. Ces éléments briévement posés (et qui mériteraient sans doute d'être remis en perspective), revenons à ta critique du film. A partir de ce que nous venons de dire, elle me semble compréhensible. Je vais prendre ton argumentaire à l'envers pour préciser ma pensée et mon analyse du film. Peut-être me permettrais-je de souligner, juste avant, ta critique qui me permet de voir le film avec un autre regard. Et préciser que si j'aime beaucoup ce film, je ne partage pas tous les positionnements mis en scène. Le personnage du Président m'apparaît d'ailleurs plus comme une synthèse de Clémenceau et de Mendès-France, que d'un De Gaulle, même si le contexte soutient ton opinion. Ainsi, le président se retrouve t-il en quelque sorte vainqueur par K O devant l'inconséquence et/ou l'incurie de ses adversaires. Je trouve ça franchement trop simple : mon adversaire ne me plait pas, donc je dis qu'il n'a pas d'idées, et qu'il ne se bat que pour défendre son beau papa industriel. Je n'envisage pas ainsi le film, mais pourquoi pas ? :-)) Je pense au contraire que Le Président dépasse le manichéisme. N'ai-je d'ailleurs pas précisé, dans l'article, qu'un des mérites du film " est de souligner les contradictions de part et d’autre : le déni d’une conviction dans l’exercice du pouvoir s’appuyant sur les opportunités conjoncturelles et la défense d’une certaine éthique qui la fait prévaloir sur des réalités politiques " ? Le personnage du président est certes mis en scène avec sympathie, mais la vigueur de ses principes le font aussi, quelque part, manquer d'ambition: c'est en gros ce que lui dit Philippe Chalamont "Et vous parlez d'ambition!" Lorsque tu parles de cette "impasse" du film, je ne suis pas certain de cette analyse. D'ailleurs, ce positionnement moral du film, louable en lui-même, le conduit à mon sens dans une impasse regrettable : celle qui consiste à lier défense d'intérêts particuliers et abandon de l'intérêt général. Cette association est une impasse puisqu'elle aboutit à la délégitimation des adversaires du président, réduits à de simples benêts sans convictions ni croyances, défendant stupidement et/ou cyniquement des intérêts particuliers contraires à l'intérêt de la nationC'est toute la vision libérale qui se trouve en réalité critiquée. La fameuse dichotomie: je réponds à des intérêts privés mais contribue à l'intérêt collectif par là-même est remise en perspective à travers cette scène. Tout dépend si l'on envisage le moteur de la production humaine à travers la concurrence ou la coopération... :-))Plus sérieusement, je pense que le film veut souligner l'idée que les conflits d'intérêts (en tant que risque mais aussi réalité) empiètent et nuisent à une certaine honnêteté intellectuelle dans la conduite d'une politique. J'envisage le propos du film plutôt ainsi. D'ailleurs, le vrai problème dans le film est que les tenants de prétendues convictions les ont dans une géométrie très variable: Quelles convictions peut bien défendre un pacifiste parlementaire qui exerce le métier d'armurier ? Peut-il vraiment prétendre concilier les contradictions de son activité professionnelle et de son rôle de parlementaire? Il me semble que le film pose cette question, à sa façon. Ce sur quoi je m'accorde est sans doute le manque de nuance et de profondeur pour les personnages des députés, qui, nous sommes d'accords, sont des êtres humains :-))Je pense donc que Le Président pose de vrais questions politique dans le sens d'une certaine éthique du pouvoir. Je pense qu'un homme politique, sans verser dans la morale (qui ne conduit pas l'action politique, la politique étant une affaire d'intérêts), doit avoir une certaine éthique de sa fonction. La politique est peut-être aussi une forme de générosité, dans le sens où justement "on doit faire abstraction de son orgueil" pour dépasser l'horizon des intérêts multiples. C'est peut-être pour cela que je ne pourrais jamais faire de politique car je serai sans doute incapable de choisir, dans mes actes, entre deux inconvénients et/ou de les concilier. Quand le président dit: "c'est une saloperie de venir au pouvoir sans avoir une conviction à y appliquer", c'est aussi ce que tu dis en substance. Le personnage de Chalamont est un parfait arriviste, mais si j'avais été le Président, je l'aurais toutefois laissé assumer cette fonction car son expérience colle aux exigences de la conjoncture: parfois, certains salaud sont nécessaires pour faire avancer les choses. Si l'on prend Talleyrand, par exemple, il fut certes une ordure passant d'un bord à l'autre, mais quel génie et quel sens politique il a été, servant aussi bien ses intérêts que ceux du pays! Parce que précisément, il avait le sens de l'Etat et une certaine idée de son pays. En fait, je crois que j'ai une relation quasi charnelle avec ce film par ces dialogues, son esthétique, son personnage emprunt de cet idéalisme qui me caractérise peut être. Personne n'est parfait, n'est-ce pas ? :-))Amitiès, Dante.