Un petit peu de culture aujourd’hui, avec un mot sur ma série télévisée préférée.
Je vous ai prévenu dans l’introduction : dans ce blog, je traiterai de l’Europe par tous les biais possibles. Bien évidemment, la vie politique courante de notre continent en constitue la chair et le sel. Pour autant, il existe aussi des biais culturels qui révèlent à mon sens bien plus d’intelligence et de vérité politique que tous les discours du monde…
Battlestar Galactica, c’est quoi ?
Battlestar Galactica(BSG) est une série anglo-américaine créee par Ronald D. Moore et diffusée depuis 2004 sur Sky One et depuis 2005 sur la chaîne de science fiction Sci-Fi. Elle s’inspire largement de la trame d’un premier BSG diffusé à partir de 1978 : les hommes ont développé une civilisation technologiquement avancée et vivent sur douze planètes : les colonies de Kobol. Et voilà qu’en l’espace de quelques heures, ils se retrouvent anéantis par l’attaque des cylons, robots de fabrication extraterrestre dans la version de 1978 et de création humaine mais rebelles dans la nouvelle version (celle qui nous intéresse). Seuls survivent 50 000 personnes réfugiées dans des vaisseaux civils et un vaisseau militaire : le Galactica. Très rapidement, la flotte comprend qu’il n’y a pas grand-chose à faire face à un ennemi devenu bien supérieur et que la seule option est la fuite vers la planète d’une mythique treizième colonie : la Terre.
Cette série s’organise en une « minisérie » de trois heures qui présente l’attaque et le départ vers la Terre des survivants menés par le commandant du Galactica (William Adama), et Laura Roslin, la toute nouvelle présidente. Elle est suivie de quatre saisons comptant chacune autour de quinze à vingt épisodes de quarante minutes. La quatrième saison débutée cette année devrait s’achever et terminer la série en 2009.
Au centre "n°6", la principale Cylon de la série. Aux extrémités le commandant Adama et la présidente
Roslin. Photographie de promotion pour la quatrième saison.
Pourquoi BSG est une série géniale
Sur le plan formel, je fus d’emblée conquis par l’excellence du jeu des acteurs (quasiment tous) et par les musiques… à tomber. La qualité des effets spéciaux est tout à fait convenable et la volonté d’ultraréalisme supprime d’emblée tous les aspects insupportables du space opera[1] (pour les jeunes cons blasés que nous sommes), du style armes lasers et flamboiements de feu d’artifice à chaque explosion de vaisseau, boucliers magnétiques et autres bruitages dans l’espace qui faisaient tout le charme du Faucon millenium, mais que depuis, ça passe plus.
Un autre aspect intéressant est la volonté de
noirceur. Les personnages ont tous leurs errements : le commandant Adama est brillant mais commet de graves erreurs, la présidente Roslin est une connassepoliticienne machiavélique,
mystique, jamais élue et pourtant férocement attachée à son pouvoir. Les conflits entre les deux menacent de faire exploser la flotte. Du sommet à la base, la série est rythmée par les
oppositions, les jalousies, les suspicions aussi (des cylons prennent forme humaine au sein de la flotte).
Un autre point fort de BSG tient dans la diversité des thématiques abordées : des rapports pouvoir civil/militaire à la question de la liberté en temps de guerre, en passant par le questionnement de la religion et de l’identité personnelle et collective face aux cylons devenus humains, la série se penche sur tous les aspects possibles (avec plus ou moins de brio suivant les épisodes).
Pourquoi je parle de BSG (en dehors du fait que c’est une série géniale) :
1. BSG et les Etats-Unis
Il est maintenant temps d’en venir au cœur de ce qui, dans la série, intéresse ce blog : à savoir la manière dont cette série s’inscrit dans notre histoire immédiate comme dans l’identité du nouveau monde… et de l’ancien.
Effectivement, le parallèle entre l’univers de
BSG et les Etats-Unis d’Amérique est transparent : treize colonies (avec la mythique Terre) fondées après une série d’exodes, un système
politique présidentiel, une religiosité omniprésente dans le système politique et des thématiques bien américaines (avortement, religion, méfiance voire paranoïa des citoyens envers le pouvoir,
du politique envers le militaire, des journalistes envers tout le monde…). Jusqu’au genre du space opera inventé dans les années 30 et 40 aux Etats-Unis, et qui n’a jamais été qu’un moyen pour
les Américains de projeter les problématiques de leur temps dans un avenir lointain et dans un espace imaginaire aux possibilités illimitées (et pourtant longtemps explorées de manière
singulièrement
réduites dans le space opera). La diversité des thématiques dans BSG recoupe ainsi les théâtres d’affrontements politiques des Etats-Unis de l’après 11 septembre.
Laura Roslin prétant serment dans son vaisseau en perdition, peu après la destruction des Colonies. Quelque part
entre Lyndon Johnson et Hillary Clinton... minisérie
Mais BSG, c’est avant tout la série de la chute. A l’image d’une part importante de la
production cinématographique, télévisuelle et littéraire américaine[2],
BSG met en scène l’effondrement symbolique des Etats-Unis. La fréquence de ces productions révèle une obsession bien américaine : celle d’une
nation qui se conçoit comme cernée par les périls. Or, le fonctionnement de ces œuvres est toujours à peu près équivalent : l’effondrement suit de peu la perte de valeurs qui constituaient
la société. Le triomphe de l’ennemi est
moins la preuve de
l’existence du Mal que la conséquence d’un échec préalable de la société. Et seul un renouvellement perpétuel des valeurs qui sont à la base de leur système politique peut permettre aux
survivants des douze colonies (donc aux Etats-Unis) de remporter la victoire.
L’obsession de l’effondrement est donc un moyen pour les Etats-Unis de réaffirmer les fondements de leur nation. Ce qui ne peut qu’interroger de ce côté-ci de l’Atlantique. Dans une Europe pacifique et éprise de tranquillité qui semble ne plus se rappeler l’existence de dangers.
2. BSG et l’Europe
L’histoire est bien connue. Après 1945, l’Europe décida de se reconstruire, dans un élan de générosité internationaliste et d’enthousiasme pacifiste. Puisant son énergie dans la honte des crimes commis durant la seconde guerre mondiale, notre continent adopta la CECA, refusa la CED (parce que la guerre, c’est mal) et adopta dans le délire des foules la CEE puis l’Union Européenne. Tout cela nous a permis d’éviter la guerre et de vivre heureux, en ayant beaucoup d’enfants (enfin, de moins en moins quand même…).
Ce joli conte a de nombreux avantages, même si, comme j'ai commencé à le montrer ici, la véritable construction d’une unité politique de notre continent n’en fait pas partie. Une autre conséquence de la prégnance de ce conte dans les esprits est l’impossibilité dans laquelle se trouve l’Europe de s’envisager comme puissance, qu’elle soit douce (culturelle et commerciale) ou dure (politique et militaire). En toute logique, l’idéologie pacifiste à la base de la construction européenne rend d’autant plus difficile le rapport des pays les plus en pointe dans la construction envers les pays qui n’ont pas rejeté le recours à la force comme moyen d’une politique étrangère. Pays immédiatement renvoyés dans les limbes d’une barbarie de laquelle nous, Européens « qui avons tant appris de l’histoire »[3], sommes sortis par la grâce du Traité de Rome et de ses multiples avatars diplomatico-kafkaiens.
Ainsi s’expliquent en partie les réactions de rejet envers les diplomaties jugées brutales d’Etats comme les
Etats-Unis[4]
ou Israël. Rejets qui me donnent de plus en plus
l’impression que nous assistons à l’émergence de deux civilisations parallèles. D’un côté de l’Atlantique, l’Ancien Monde vit dans l’impression d’un calme universel et intemporel, paradis
postmoderne et ahistorique mis en avant par Robert Kagan[6].
Les quelques soubresauts qui l’agitent, attentats du 11 mars 2004 à Madrid ou du 12 juillet 2006 à Londres, sont vécus comme les signes isolés et
insignifiants d’une barbarie à laquelle la meilleure réponse politique à adopter est l’inaction, puisque l’action supposerait une violence symbolique et réelle qui nous mettrait au même rang que
les terroristes. D’ailleurs, les Etats-Unis qui tentent de répondre à cette menace et de l’encadrer sont le plus souvent considérés contre toute logique comme les véritables responsables des
actes terroristes.
Ainsi s’explique l’incompréhension dans laquelle nous nous trouvons devant l’accumulation de films ou de séries télévisées américaines mettant en scène l’effondrement symbolique de nations qui cherchent encore à saisir quelle est leur place dans ce monde. Et qui n’ont pas renoncé à l’habiter, quitte à rechercher des Terres mythiques, à voir l’ennemi là où il n’est pas, à commettre des erreurs ou à confier de temps en temps leur destin au hasard.
Car la Terre ne nous attendra
pas.
Nos vaisseaux sont prêts , à nous de savoir les guider...
[1] Entendons nous bien : je n’ai jamais plus de plaisir qu’en regardant un vieux space op’ délicieusement kitsh, où les vaisseaux d’odieux extraterrestres nazis/communistes explosent dans un flamboiement de gerbes électriques roses-violettes sous l’œil triomphateur du magnifique mâle blond aux yeux bleus tenant dans la puissante musculature de son bras gauche une femme sculpturale et tout juste vêtue d’un soutien-gorge en peau de bête. Mais là n’est pas la question.
[2] Sur le plan littéraire, on retiendra par exemple le tout récent et crucial Journal de nuitdans lequel Jack Womack décrit la décomposition progressive (et sans cause extérieure) de la société américaine vu par une fille de 12 ans.
[3] Citation de mémoire des propos tenus par le ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin aux Nations-Unies en 2003, peu avant l’invasion américaine en Irak.
[4] La Présidence calamiteuse de Georges W. Bush ne doit pas abuser
sur le rapport des présidents américains précédents à la force militaire : tous ont un jour eu recours à celle-ci. Les préventions de Jimmy Carter dans les années 1970 ont conduit à de
multiples échecs diplomatiques et ont contribué à sa défaite électorale de 1980. Quant aux préventions de Bill Clinton dans les années 1990, elles se sont évanouies à la fin de sa Présidence
pour laisser place au bombardement de la Serbie en réponse à l’épuration ethnique menée par cette dernière au Kosovo.
[6]
Robert Kagan, La puissance et la faiblesse, Paris,
200 ?. L’essayiste néoconservateur s’y fait le partisan d’une puissance politique et militaire européenne : l’occasion de remarquer que tous les néoconservateurs ne sont
pas les partisans cyniques d’une Europe faible. L’occasion aussi de remarquer que les deux côtés de l’Atlantique sont de plus en plus incapables de
comprendre leurs développements politiques divergents (le soutien des gauches européennes à la candidature Obama en est un signe supplémentaire).
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||
Lady Ada >>> "la présidente Roslin est une
connassepoliticienne machiavélique, mystique, jamais élue et pourtant férocement attachée à son pouvoir."Il est vrai que ce personnage est assez antipathique, par opposition notamment à celui du commandant Adama, interprété par Edward James Olmos (déjà vu, par ailleurs, dans le film Blade Runner de Ridley Scott). Cela dit...
Lady Ada >>> "Laura Roslin prétant serment dans son vaisseau en perdition, peu après la destruction des Colonies. Quelque part entre Lyndon Johnson et Hillary Clinton..."
Décidément... Faut-il voir dans la critique cette présidente Roslin - "
connassepoliticienne machiavélique" - une autre critique, à peine voilée, de Hillary Clinton ? Quelque-chose me dit que... oui. ;o)Amicalement, :-)
Hyarion.
Amicalement, :-)
Hyarion.
Ton intervention (odieuse et que je vais m'employer à démonter jusqu'à ce qu'il ne reste rien de toi ni de ce que tu as pu être, misérable vermisseau!), ton intervention donc, me permet d'aborder un point oublié dans ce court article : l'humour de cette série.
Un humour noir, très noir, basé sur le second degré en général, et le second degré référentiel en particulier. Un exemple est l'épisode "Téléchargement" dans la saison II, durant lequel le leader de la résistance à l'occupation cylon se voit sauvé par... une DS (oui oui, une vraie, comme au temps de Charlie).
Après, pour répondre plus particluièrement à ta remarque : il me serait agréable qu'une fiction française soit capable du même genre d'humour décallé, d'autant plus lorsqu'on sait l'implication du religieux et son questionnement dans BSG ;-)
"Il est vrai que ce personnage [la présidente Roslin] est assez antipathique, par opposition notamment à celui du commandant Adama, interprété par Edward James Olmos (déjà vu, par ailleurs, dans le film Blade Runner de Ridley Scott). Cela dit..."
Olmos est génial. Le personnage qu'il joue, Adama, est peut être le seul personnage d'autorité fictionnel que j'ai jamais accepté sans aucune limite, dans toutes ses erreurs, ses contradictions, ses doutes, son génie... Il est pour moi la personnification même de l'autorité dans ce qu'elle peut avoir de juste et de meilleur.
Pour Roslin, c'est plus discutable. Le rôle qu'elle joue est réellement détestable, mais absolument nécessaire. Elle est une politicienne, donc beaucoup plus "anguille" ou "caméléon" que le rocher inamovible Adama. En même temps, elle prend les bonnes décisions au bon moment, elle n'aime pas particulièrement la démocratie (de la même manière qu'un Churchill par exemple) et sait que ceux qui prétendent "adorer" la démocratie sont souvent ceux-là même qui sont le plus prêts à violer ses règles de base...
Donc, j'adore Roslin en tant que personnage, autant que je m'en méfie en tant que présidente. Y'a t-il d'ailleurs, à travers elle, "une autre critique, à peine voilée, de Hillary Clinton ?"
Probablement... la minisérie date de 2003, et il était évident alors qu'Hillary serait la candidate démocrate en 2008 et, très probablement, la future présidente des Etats-Unis...
Après, la politique étant ce qu'elle est, les Etats-Unis et la série elle-même semblent évoluer vers des directions différentes que celles attendues. C'est aussi le propre des nations vivantes.
Lady Ada (I'm Back!)
Un chef de la résistance sauvé par la voiture préférée de Charles de Gaulle... Hi ! Hi ! Effectivement, il fallait y penser... ;-)
Amicalement, :-)
Hyarion.
Coucou !
Merci Lady Ada pour ton article. Et dommage que tu ne puisses (ou que nous ne puissions) utiliser un vaisseau spatial pour abolir les kilomètres... :-))
Bon, tu m'as donné envie de regarder cette série, même si les jeux de vaisseaux et les intrigues spatiales ne constituent pas beaucoup mon violon d'Ingres... :-))
Pour l'instant, je suis assidûment (même si le programmateur de M6 est un connard qui diffuse quand il veut les épisodes) Jéricho, série à laquelle tu avais déjà consacré un post fort intéressant sur le blog de Hyarion. Je trouve cette série très métaphorique et passionnante.
Rejets qui me donnent de plus en plus l’impression que nous assistons à l’émergence de deux civilisations parallèles. D’un côté de l’Atlantique, l’Ancien Monde vit dans l’impression d’un calme universel et intemporel, paradis postmoderne et ahistorique mis en avant par Robert Kagan
Cela est en lien complet avec le nouvel essai de Jean-Claude Guillebaud que je suis en train de parcourir, Le Commencement d'un Monde (vers une modernité métisse), Paris, Seuil, Août 2008. En voici la 4éme de couverture:
" Nous sommes au commencement d'un monde. Vécu dans la crainte, ce prodigieux surgissement signe la disparition de l'ancien monde, celui dans lequel nous sommes nés. Pourtant, la sourde inquiétude qui habite nos sociétés doit être dépassée. Le monde "nouveau" qui naît sous nos yeux est sans doute porteur de menaces mais plus encore de promesses. Il correspond à l'émergence d'une modernité traditionnellement "autre". Elle ne se confond plus avec l'Occident comme ce fut le cas pendant quatre siècles. Une longue séquence historique s'achève et la stricte hégémonie occidentale prend fin. Nous sommes en marche vers une modernité métisse.
Deux malentendus nous empêchent de prendre la vraie mesure de l'événement. On annonce un "choc des civilisations", alors même que c'est d'une rencontre progressive qu'il s'agit. On s'inquiéte d'une aggravation des différences entre les peuples, quand les influences réciproques n'ont jamais été aussi fortes. Le discours dominant est trompeur. En réalité, au-delà des apparences, les "civilisations" se rapprochent les unes des autres. De l'Afrique à la Chine et de l'Inde à l'Amérique Latine, Jean-Claude Guillebaud examine posément l'état des grandes cultures en mouvement, pour décrire l'avènement prometteur - et périlleux - d'une véritable modernité planétaire. Ce rendez-vous pourrait connaître des revers et engendrer des violences. Il est pourtant inéluctable et sans équivalent dans l'histoire humaine ".
L'avant-propos du livre est un "message personnel" qui constitue un véritable exercice d'humilité, chose si rare chez les intellectuels d'aujourd'hui. L'auteur le dit: " Pourquoi ne pas le reconnaître? La longue préparation et l'écriture de ce livre m'ont changé. Profondément. Trois années de lectures et de travail ont sensiblement apaisé la crainte qui, au départ, m'habitait. Comme tout le monde, j'étais alarmé par l'immensité des changements auxquels nous devons faire face. J'y voyais les risques d'un écroulement, d'un désordre immaîtrisable. Je redoutais un engloutissement progressif des valeurs fondatrices dont la culture européenne, qu'on le veuille ou non, est encore dépositaire. L'avenir me semblait annonciateur de violences nouvelles et de barbaries renaissantes. Il est toujours difficile d'accepter l'idée qu'à l'engloutissement succède - ou peut succèder - un surgissement. Or, c'est bien ce qui se passe (...)".
Je suis en train de parcourir ce très beau livre et la sérénité, la disposition et l'ouverture d'esprit qui s'en dégage est saisissante. Jean-Claude Guillebaud est peut-être l'intellectuel le plus stimulant à lire et à méditer aujourd'hui. Sans fioritures, partageant ses idées et son regard sans l'imposer comme une vérité ou un absolu, sa parole et sa profonde analyse tranchent furieusement avec l'indigence des pseudo-discours philo à la BHL, à la Finkielkraut ou à la Onfray. S'interrogeant sur les discours actuels, l'auteur s'intéresse notamment à la modernité, d'hier et de demain.
Bref, un livre dont je vous recommande la lecture à tous !
Dante.
L'intérêt de BSG consiste plus encore en son intelligence politique frappante qu'en ses effets spéciaux particulièrement réussis. En cela, on n'est plus du tout dans une série à la Star Trek avec ses gentils personnages consensuels, ses beaux plans de vaisseaux plus ou moins dépourvus de sens et que, bon, à l'exception de l'amateur éclairé de kitcheries spatiales, je vois mal qui pourrait être séduit...
Donc, je pense que tu peux être séduit par l'intelligence vive de cette série (même si celle-ci s'exerce dans un sens réaliste sombre qui correspond entièrement à ma vision des choses et beaucoup moins à la tienne ;-)
Sinon, tant qu'à être dans les comptes-rendus de lecture, je recommande vivement le livre d'un certain Philippe Mengue, Peuples et Identités, dans lequel il pose la question "qu'est-ce qu'un peuple?" avec en filigrane le questionnement du rapport peuple/politique et émergence d'un peuple européen, tout cela sous les influences de machiavel, Spinoza, Rousseau, Sade et Deleuze...
L'essai le plus raffraichissant que j'ai lu depuis longtemps!
Lady Ada
Autant l'analyse sur les Etats-Unis est éclairante, autant l'analyse concernant l'Europe me parait un peu plaquée sans trop de liens avec la série.
Et cela laisse donc une impression génante.
Déjà je pense que tu adoptes une vision de l'Europe assez française : l'Europe serait pacifiste et impuissante, diplomate mais désunie...
Ainsi ce pacifisme, que je préfère à un bellicisme émotionnel de toute façon, ne caractérise pas toute les sociétés européennes.
Pour toute la complexité de la chose, lire par exemple "le pacifisme" de Yves Santamaria.
Par ailleurs, tu oublies que des forces de l'UE, de ses pays membres, interviennent dans de nombreux points chauds.
Enfin tu sembles sous-entendre que la politique de "guerre contre le terrorisme" couplée avec un climat de patriotisme paranoïaque, serait la voie de la puissance européenne...
Je suis sceptique..
Maintenant je suis bien d'accord que la paix est un moyen et un idéal, mais que sa limite est la justice. Gandhi disait lui-même : "A la lacheté je préfèrerais la violence."
Dans mes bras! ;-)
La série est, à mon sens, la meilleure qui soit actuellement proposée. Il est possible que Rome se hisse à son niveau par la richesse et la noirceur de son esthétique ou le charisme des personnages, mais BSG est à mon sens au dessus : les personnages sont moins archétypés (ou leur archétype me convainc plus : quoiqu'il en soit, ils sont plus convaincants), les réflexions sont mieux ancrées et moins "plaquées" sur notre réalité. Puis la musique est achement supérieure à tout ce qui se fait ailleurs. Bref, tu peux t'y jetter dessus! (la saison II tout particulièrement)
Sur l'Europe et le pacifisme :
ta critique est juste, mais selon moi inopérante.
L'Europe serait pacifiste et impuissante? Mais l'Europe en tant que communauté est pacifiste et impuissante. Peux-tu me donner les orientations diplomatiques de l'Europe?
L'Europe serait diplomate mais désunie? Mais L'Europe est désunie. Et c'est justement cette division qui constitue la grille de lecture européenne de la Chine ou de la Russie : diviser la France et l'Allemagne tout en renforçant leur antagonisme "naturel" avec le Royaume-Uni. Toutes choses que l'on pourrait juger ridicules au vu de la modestie de ces trois nations, toutes choses logiques au vu de ce que pourrait être la puissance de ces trois nations unies
Quant à l'aspect "diplomate" de l'Europe, c'est justement son côté idéologiquement ancré que je reproche. En refusant toute mention à la force, l'Europe se prive des moyens de sa diplomatie. L'Europe dissimule ainsi son impuissance sous les oripeaux de la diplomatie.
Peux-tu enfin me citer des sociétés européennes non pacifistes? (à l'exception des ex-pays de l'est alignés sur les Etats-Unis)
Enfin, je n'ai jamais dit que la politique de Bush était une panacée. La guerre en Géorgie a bien montré l'ampleur de l'affaiblissement des USA suite à cette politique aventureuse.. néanmoins, faire des erreurs, pour une société, signifie tenter de tracer sa voie. Tenter de vivre, d'expérimenter : ainsi vient l'erreur, mais ainsi vient la nouveauté. Sans Bush, pas d'Obama.
en Europe, pour nous priver de toute possibilité de faire des erreurs, nous nous sommes privés de la condition politique nécessaire à ces erreurs. Mais, par là-même, nous nous sommes privés de la possibilité d'expérimenter, et de trouver des réponses aux erreurs. Nous avons préféré nous enfermer dans les murailles d'un droit tout puissant et omniscient. Un droit si puissant que la légitimité démocratique elle-même en vient à être mise en doute lorqu'un peuple ose se révolter contre cette création désincarnée.
Donc, si, mon lien entre les Etats-Unis et l'Europe est clair ;-)
Nous devons développer notre propre voie dans le monde, avec nos particularités qui ne sont pas celles des etats-Unis.
Lady Ada
La destruction des Nations est voulue par certains lobbies, notamment celui des multinationales, pour qu'elles puissent mettre leu emprise sur le monde.
Si tu vas sur mon blog tu verras ma critique du campus de l'ump qui te montrera mon impartialité ;.)
Voilà bien une vision des choses qui ne m'a jamais convaincue, à part peut être au temps où j'étais un jeune anti-américain-anti-israelien-anti-capitaliste (et encore... à cette époque là, j'étais moi-même pour le démentelement des nations).
Le problème est que, AMHA, vous confondez ce qui tient de deux ordres des choses radicalement autres. L'ordre du politique dans lequel les Etats règnent sans partage. L'ordre de l'économique-financier dans lequel règnent les entreprises mais où les Etats jouent un rôle absolument crucial (voir l'exemple actuel des Etats-Unis).
Si bien que des multinationales souhaitant la fin des Etats-nations seraient ou bien sous l'emprise de puissances étrangères aux buts politiques et non économiques ou bien suicidaires.
Mais je pense que cette vision des choses reflète une chose tristement rèelle dans notre pays : la totale méconnaissance que nous somes des données les plus basiques de l'économie. A tel point que certains croient encore que Sarkozy a une politique économique!!
Lady Ada