Lundi 25 août 2008

C’est une forme d’expression étrange qu’un blog. A peine plus de trois semaines que j’ai débuté, et me voilà déjà à réaliser un article sous forme de droit de réponse. C’est une possibilité offerte par le blog, et que je trouve par trop inexploitée, ce qui est éminemment regrettable pour une forme d’expression dont le principal avantage est la facilité de dialogue et l’interactivité. Une manière, d’ailleurs, d’inciter à la réaction les personnes encore peu nombreuses à parcourir ces modestes lignes…

 Voici l’objet du crime, qui me pousse à faire cet article. Il est signé de Dante :

 "L'OTAN a avoué qu'elle n'avait pas arrêté de choix car les orientations inspirées de principes et de valeurs pourtant fondamentale (la paix, la démocratie...) sont reléguées au placard pour la préservation d'intérêts. C'est exactement ce qui caractérise le projet européen : un glissement d'une communauté de valeurs à une communauté d'intérêts." (extrait d'un commentaire à l'article "Nouveau siècle, même Europe")

Je suis en désaccord avec Dante là-dessus, et je vais essayer d'expliquer clairement pourquoi (l’idéal inaccessible… ;-)

 
Illustration : Richard Gall, Kafka



Tout d’abord, l’opposition entre valeurs et intérêts :

 Elle me parait sans fondement. Et elle est la plupart du temps instrumentalisée dans le cadre d’enjeux politiques précis.

 Je prends l’exemple de la guerre d’invasion anglo-américaine en Irak de mars-avril 2003 :

 Le principal argument des opposants à la guerre d’Irak de 2003 était que les Américains faisaient cette guerre pour acquérir le pétrole irakien. Argument de l’intérêt opposé à la valeur : les Américains vont amener la mort (valeur) pour gagner de l’argent (intérêt). Le principal argument des pro-guerre était en revanche que la préservation de la dictature de Saddam Hussein était insoutenable alors qu’un président américain proposait d’en débarrasser le monde. Ceux qui étaient contre cette guerre avaient forcément des intérêts (Chirac baigné par le pétrole irakien) qui les forçaient à « soutenir » le régime irakien. Cette fois aussi, c’est l’argument de l’intérêt opposé à la valeur : les Américains font la guerre pour la liberté (valeur), les Français s’y opposent pour se réserver le pétrole irakien (intérêt). D’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, l’opposition symétrique intérêt/valeur permettait de discréditer un adversaire accusé d’avilir ses valeurs dans un intérêt vulgaire.

 L’un des rares à préserver son sang-froid dans cette triste affaire (triste pour tout le monde, à part peut être les islamistes) fut Tzvetan Todorov qui prouva avec flegme et efficacité que les motivations des acteurs de cette guerre étaient idéologiques. L’enjeu pétrolier n’était ici qu’une toile de fond relativement accessoire quoique nécessaire : en clair, les néoconservateurs ont lancé la guerre parce qu’ils croyaient en des valeurs (le terme « valeur » pris en son sens le plus strict : les nazis avaient des valeurs qui n’étaient pas les nôtres) tout en sachant qu’ils avaient d’autant plus de chance de la lancer que l’Irak était un pays pétrolier dans lequel les intérêts américains étaient très forts. Sans intérêt, pas de lutte pour les valeurs. Mais sans valeurs, pas de lutte pour les intérêts.

 Je ne reviendrai pas sur le coût réel (exorbitant) de la guerre pour les Etats-Unis, sans même parler du coup porté à l’mage de la puissance américaine dont la guerre russe en Géorgie est certainement l’une des lointaines conséquences.

 

 Cela étant dit, l’opposition entre valeurs et intérêts me parait encore plus fausse en ce qui concerne l’UE :

  Pays européens membres de l'OTAN au 1er janvier 2008

Le problème de l'UE est précisément qu'elle est une entité non politique, incapable donc de faire les choix qui imposeraient l’existence de valeurs. De même, son absence de vision politique du reste du monde la conduit à adopter un rapport de partenariat/concurrence avec les pays étrangers,  schéma bien plus proche de celui des grandes entreprises que des Etats. La notion d’intérêt stratégique, corollaire de la volonté de défendre un territoire et une population, est donc une absurdité aux yeux des serviteurs d’une UE qui entend justement bâtir un nouveau cadre international apolitisé et déterritorialisé.

Aussi, la dichotomie valeurs/intérêts s’applique encore moins pour l’Europe que pour les autres pays.


Je rappellerai d’ailleurs que l’UE reste de très loin le plus gros contributeur mondial d'aide au développement et le plus gros financeur de l'ONU et de tous les organismes internationaux possibles et imaginables (l’idée même de l’organisme international allant dans le sens de la philosophie des Pères Fondateurs de l’UE). En revanche, les grands projets au service d’intérêts stratégiques européens que furent Airbus ou le programme spatial Ariane se sont faits en dehors de l’UE puisqu’ils sont le résultat d’accords internationaux entre Etats européens (la France en tout premier lieu).

L’échec ou les retards à répétition des projets Galileo, concurrent du GPS, ou Nabucco (gazoduc qui permettrait d'alimenter l'Europe en gaz à partir des gisements de la Caspienne, et en contournant la frontière russe) prouvent l'incapacité de l'Europe à défendre ses intérêts... Alors ses valeurs !

 

L'OTAN est un cas différent. D'après la Charte Atlantique, elle est censée défendre les valeurs "occidentales" de la démocratie et des libertés fondamentales (dans le principe hein... après, on peut toujours rentrer dans le débat "oui mais l'Espagne de Franco" ou "oui mais la Grèce des colonels", débat qui n'est pas l'objet de cet article et qui est d'ailleurs obsolète de nos jours). Elle les défend sous l'angle le plus clair qui soit : l'angle militaire. En tant que tel, l'OTAN est une Institution politique au sens fort du terme. Son incapacité est donc conjoncturelle (impuissance américaine surtout), et non structurelle. C'est à cause de cette incapacité et de la complexité des relations avec la Russie que l'OTAN n'est pas intervenue. Enfin, je ne pense pas que l'OTAN ait préservé ses intérêts en ne venant pas en aide à une démocratie menacée (il faudrait différencier intérêts à court et long terme et défense des valeurs à court et long terme)...


A la différence de l'OTAN, l'UE est dans l'incapacité permanente d'agir politiquement envers la Russie.

 

 La notion d’intérêt bien compris, où pourquoi j’ai parlé d’une capitulation de l’Europe :


Soyons clair : je n'ai pas parlé d'intérêt dans l'article suivant, mais uniquement d'intérêt bien compris. L'intérêt au sens fort est à l'origine d'une politique qui s'affirme comme telle, comme je l’ai explicité plus haut.

Par exemple : en promouvant Galileo, l'Europe assure son indépendance vis à vis des Etats-Unis. L'intérêt au sens fort obéit aux règles du clivage et de l'affirmation, il est donc pleinement politique.

J'ai au contraire parlé d'intérêt bien compris, c'est à dire d'un intérêt non affirmé : c'est en général le propre des politiques qui ont honte d'elles-mêmes. Ce n’est pas un mal en soi, aucun pays ne peut assumer toutes les responsabilités du monde et défendre ses valeurs ou ses intérêts partout…

 

En Europe, en revanche, cela prend un aspect beaucoup plus kafkaien.

 Effectivement, comme le sait le Kremlin, la construction européenne n'a jamais supprimé les rivalités nationales et les enjeux de puissance intra européens (sur ce point, le FSB est plus avancé que nos politiques, ce qui a tout de même quelque chose d'assez savoureux). Ainsi, l'UE qui n'a pas de politique étrangère propre peut devenir le paravent officiel de prises de positions politiques « honteuses ».

 L’UE incapable de défendre des intérêts devient ainsi le porte drapeau d’une volonté majoritaire des Etats-nation (l’apaisement en ce qui concerne la Russie, et à l’exception des ex-pays de l’est) qui défendent leur intérêt de manière d’autant plus hypocrite qu’ils sont masqués.

 Et c’est précisément ici qu’entre en jeu l’UE.

 


L’UE dans le conflit, où l’Europe version Kafka (et, bon, là, je cesse de répondre à Dante pour entrer dans la quatrième dimension) :

 
Justifier l’abandon en rase campagne de la démocratie géorgienne au nom d’une incapacité politique et militaire provisoire (à l’exemple des Etats-Unis) est une chose. Réussir à faire croire que cet abandon est un gage de paix et de stabilité auréolé d’une brillante réussite diplomatique est tout de même un comble pour qui ne comprend pas les arcanes du fonctionnement de l’UE[1].

 C’est pourtant logique de la part d’une Institution qui dissimule les rivalités nationales européennes sous sa chape normative. Cette même chape normative qui proclame la paix, l’unité dans la diversité, la fin de la nation, la prééminence du droit sur le politique comme autant de réalités alors même que ce ne sont là que mots vides de sens.

 

Illustration : Francois Schuiten - Kafka

  Cette proclamation qui, en tant que pur idéal, ne peut aller de pair qu’avec la déformation d’un réel mis au service de la nouvelle réalité « alternative » montée de toute pièce par quelques dictateurs de la norme. Sorte d’« orwelisme » du pauvre, cette recomposition de la réalité s’accompagne de la propagation d’une novlangue européenne dans laquelle l’abandon d’un pays allié est transformé en brillante réussite diplomatique. Daladier n’aurait osé en rêver.

   Cette novlangue politique européenne a pour l’instant à son actif quelques « réussites », notamment dans les grandes oppositions qu’elle met en place :

- diplomatie/guerre

- valeurs/intérêts

- droit/rapport de force

 Oppositions parfaitement artificielles, mais qui ont l’avantage de conforter la discours de la soit-disant construction européenne de la même manière que les grands contes de fée que j’ai déjà pu dénoncer dans un article précédent.

 Cela n’aurait pas tant d’importance, et serait même bien ridicule en fait si le discours normatif européen n’avait pas infiltré si profondément les strates politiques de nos nations, et en tout premier lieu la notre.

 Je pense, et plus encore depuis que j’ai vu à l’œuvre le fonctionnement de l’UE dans le conflit russi-géorgien, je pense donc que la construction européenne et le discours dont elle s’accompagne représentent un danger crucial pour la pérennité de l’Europe. En fait, j’en viens même à considérer que la fin du processus et le retour à des Etats-nations parfaitement indépendants serait moins délétère encore (quoique parfaitement ridicule au vu des potentialités offertes par une véritable fédération européenne) que la continuation d’un processus aussi insensé.



Lady Ada



[1] Alors qu’une UE qui prétendrait clairement : « je prends position pour les Russes parce que : les Géorgiens ont des petites bites/les Géorgiens mangent les enfants/j'ai toujours ri aux blagues de Poutine (rayez la mention inutile) »  affirmerait de manière claire « je prends position pour le plus puissant puisque j'ai plus d'intérêts à m'en faire un allié qu'à défendre mes valeurs dans l’immédiat ». Cela serait choquant sur un plan moral, mais justifié sur un plan politique.

 

Par Lady Ada
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Dimanche 17 août 2008


Avertissement 
: l’auteur de ces lignes tient à signaler à l’honorable assistance que le contrôle de cet article lui a définitivement échappé, et ce malgré tous les efforts employés en vue de limiter les tendances anarchisantes de son traitement de texte. Aussi, il vous est chaudement recommandé de ne pas tenir rigueur de l’aspect composite de certaines parties de l’article qui va suivre. D’avance, merci.

                                                                                                                      Ada.

 

 

« Depuis la chute de l'Union soviétique en 1991, il n'y a pas eu un seul conflit interétatique en Europe : la guerre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan n'a jamais éclaté, pas plus qu'un conflit ouvert entre la Russie et l'Ukraine. Certes, cette région a toujours été considérée comme faible, portant nombre de conflits en germe, mais les Européens persistaient à croire que ces conflits étaient gelés, et qu'il existait une bonne volonté collective de tout résoudre pacifiquement. Mais ce rêve que nous avions d'une Europe où n'importe quel conflit pourrait être soit ignoré, soit résolu dans la paix, est aujourd'hui brisé. »[1]

 

Cet article résume bien la situation particulière de l’Europe actuelle.

Inutile de revenir sur le conflit en lui-même : la totale supériorité militaire russe, la finesse de sa stratégie et le côté tigre de papier de cette puissance rénovée sur lesquels je me suis déjà largement exprimé dans l’article précédent.

 

C’est à l’accord de paix négocié par Nicolas Sarkozy, en tant que président de l’Union Européenne, que je vais m’intéresser. Car cet accord représente bien les qualités et les limites de toute diplomatie faite au nom de l’UE.

 

 


Un accord au nom de l’UE :

 

 

 

  Voici les « six points » du texte proposé, mardi 12 août, par Nicolas Sarkozy à ses interlocuteurs russe et géorgien :

 

 


1. Ne pas recourir à la force.  

2. Cesser les hostilités de façon définitive.

 

3. Donner libre accès à l’aide humanitaire.

 

4. Les forces militaires géorgiennes devront se retire dans leurs lieux habituels de cantonnement.

 

5. Les forces militaires russes devront se retirer sur les lignes antérieures au déclenchement des hostilités. Dans l’attente d’un mécanisme international, les forces russes mettront en œuvre des mesures additionnelles de sécurité.

 

6. Ouverture de discussions internationales sur les modalités de sécurité et de stabilité en Abkhazie et en Ossétie du Sud.


 

 

 

Remarquons tout d’abord l’absurdité des deux premières conditions : quel Etat peut prétendre se priver du droit – définitif !- de recourir à la force ? (à part l’Etat qui accepte que sa souveraineté soit limitée « de facto », comme le soulignent les Russes)

 

Remarquons ensuite cette expression : « les forces de paix russes mettront en œuvre des mesures additionnelles de sécurité ». Pour rappel, ces "forces de paix russes" sont les mêmes qui bombardaient la Géorgie au moment où Sarkozy vantait son accord. De plus, cette clause annule d’emblée celle qui la précédait : l’armée russe aura beau jeu de prétendre qu’en vertu de l’accord, elle ne peut se retirer du territoire géorgien tant que les « mesures additionnelles de sécurité » n’auront pas été « mises en œuvre ». Ainsi, l’occupation de la Géorgie est légitimée par l’accord.

 

Il y’a, bien évidemment, la clause obligée sur l’« aide humanitaire » dont on sait toute la futilité en temps de guerre (les Géorgiens ont moins besoin de sacs de farine que de chars, sans même parler des cas où « l’aide » est accaparée par l’agresseur).

 

Enfin, on peut imaginer tout le bien que les Russes peuvent penser du dernier point (d’ailleurs, aucune date ni aucune condition de négociation sont prévues).

 

Char russe mettant en oeuvre les "mesures additionnelles de sécurité" dans les environs de Gori.



Voici d’ailleurs un point intéressant, et qui n’a pas été abordé par la communauté internationale à la juste mesure des dangers qu’il va provoquer :

« Le document a été validé mais pas signé par M. Saakachvili, et il pourrait rapidement devenir lettre morte. En effet, en annonçant mardi son retrait de la Communauté des Etats indépendants (CEI), la Géorgie s'est désormais réservé la possibilité de déclarer l'ensemble des forces russes présentes en Abkhazie et en Ossétie du Sud comme "troupes d'occupation". Le mandat de la "force de paix" russe en Abkhazie relève d'une décision de la CEI prise dans les années 1990 : si la Géorgie n'est plus membre de cette organisation, la légitimité de ce contingent, en toute hypothèse, disparaît. »[2]

 

Bref, vous l’aurez compris, l’action de Sarkozy m’a rempli d’enthousiasme[3]. Peut être d’ailleurs me trouverez-vous injuste… Car l’intervention de l’Union Européenne, via Sarkozy, a au moins eu le mérite de faire cesser les hostilités.

 




Je vous rappellerai alors l’enchaînement diplomatique ayant précédé le 12 août :


Acte I : le conflit se déclenche le vendredi 8 août. Les négociations de paix menées par Nicolas Sarkozy ont lieu le mardi 12 août. Entre ces deux dates, aucune réunion n’a été organisée au niveau européen, que ce soit entre ministres des affaires étrangères, de la défense, ou entre premiers ministres.

Acte II : Dimitri Medvedev stoppe officiellement l’offensive russe avant l’arrivée de Sarkozy en Russie, après avoir demandé au même Sarkozy de reporter sa « médiation » du lundi au mardi.

 

Il est évident pour moi, au vu du rapport de force sur le terrain, que les Russes ont simplement fait preuve d’amabilité envers Sarkozy et d’une mansuétude temporaire pour la Géorgie. Ce sont des considérations stratégiques russes qui ont fait baisser le rythme des hostilités, et aucunement l’intervention de l’UE[4].

 

En revanche, le plan de paix proposé par l’UE risque bien de graver dans le marbre institutionnel une domination russe et une amputation de souveraineté d’un Etat indépendant inconnues depuis la fin de la Guerre Froide (en dehors des guerres américaines), comme le signale cet article plutôt pessimiste du Monde déjà cité plus haut : « Or l'accord obtenu par M. Sarkozy repose sur l'idée centrale que la Russie va être en mesure de conserver, avec un sceau d'approbation internationale, son déploiement militaire dans les régions séparatistes, sous couvert d'opération de maintien de la paix, et en interdisant aux forces géorgiennes de ne plus jamais y retourner ni d'employer la force. »

D’emblée, ces six points annoncent donc le pire de ce que peut proposer la diplomatie européenne.

 

 


Ce que cet accord reflète de la diplomatie européenne :

 

 

 

                                    Chronique d'une situation militaire qui n'a pas changé, malgrès l'accord de paix



Un mot, et un seul, a dicté l’intervention de Nicolas Sarkozy : la « paix ».

 

Je me suis déjà longuement étendu ici sur le rapport fallacieux qu’entretient l’UE avec l’idée de la paix, et les conséquences fâcheuses que la focalisation des élites européennes sur la paix peuvent avoir sur la pérennité politique de notre continent.

 

Cet accord en est une preuve de plus.

Parce qu’il est le paravent d’une capitulation européenne devant les exigences russes.

Plus grave encore : parce qu’il ne permet pas d’atteindre le seul et unique but que nous nous sommes fixés, à savoir la promotion d’une paix durable.

 

Effectivement, la paix et la guerre ne sont pas simplement des conditions juridiques. Ce sont avant tout des conditions politiques très particulières, dont la pérennité dépend de processus et de rapports de force politiques, militaires, identitaires extrêmement complexes. L’Etat qui souhaite intervenir dans la résolution d’un conflit devra donc saisir ces rapports de force et chercher à les influer afin que cesse le processus délétère qui conduit à l’affrontement. C'est-à-dire qu’il disposera de sa puissance politique et militaire jusqu’à ce qu’il estime que les conditions qui permettent une paix durable sont réunies. En clair, l’Etat qui intervient impose la paix.

 

Car l’UE (qui n’est pas une puissance impérialiste) cherche, en toute logique, une résolution véritable de ce conflit. C'est-à-dire un accord de paix qui ne sera pas la justification d’une guerre future, comme le fut le funeste Traité de Versailles[5] par exemple. Car il est des traités de paix qui sont des fléaux pire encore que les combats auxquels ils étaient censés mettre fin.

Or, le désir de paix immédiate de l’UE, désir issu des bases légitimes de l’architecture européennes, conduit ici à ce triste cas de figure. En promouvant un plan de paix ambigu aux fonctionnements pervers, on crée les conditions de conflits à venir.

 

Mais accuser le seul Sarkozy de tout cela serait déplacé. Car Sarkozy est contraint par des mécanismes institutionnels qui le dépassent. Mécanismes d’une institution, l’UE, qui en se fondant sur l’idée d’un dépassement du politique et du militaire par le seul droit, s’est rendue incapable de faire de la politique, c'est-à-dire précisément d’influer sur les mécanismes qui conduisent au déclenchement du conflit. Incapacité qui se double d’une tendance pathologique à réduire les problèmes politiques complexes en des problèmes juridiques résolubles par la seule transcendance de l’accord et du droit.

 

Ainsi, au lieu d’imposer la paix, l’UE se contentera de la décréter. En espérant, bien entendu, que des pays capables d’envoyer des milliers d’hommes à la mort pour des bouts de territoire insignifiants soient frappés par la grâce divine et acceptent cette volonté descendue des cieux juridiques. En cela, l’UE est d’ailleurs très proche de l’ONU, le « machin » méprisé par De Gaulle.

Il n’est donc pas étonnant qu’ « en satisfaisant les demandes russes, les conseillers diplomatiques de M. Sarkozy pensent avoir préparé le terrain à un vote à l'ONU, où aucun texte n'a pu être adopté depuis le déclenchement du conflit. Mais rien ne dit que Moscou accepte une résolution qui s'écarterait de son interprétation de l'accord de mardi, ou qui comporterait des éléments n'y figurant pas. »

Sachant que la Russie dispose du droit de veto, c'est-à-dire qu’aucune résolution ne peut être approuvée sans son approbation complète, on peut mesurer le soutien réel que Sarkozy et ses conseilleurs apportaient à la Tchécoslovaquie Géorgie en essayant de faire signer ce « document de paix » à Mickael Saakashvili.[6]

 

Une diplomatie qui permet finalement, et en toute logique, de ménager nos relations avec le voisin russe puisque, « en entrant dans une phase de diplomatie, la Russie continue sans difficulté d'échapper à une condamnation par l'Union européenne de son invasion partielle - avec des milliers de soldats - du territoire d'un Etat voisin. »


Quelle est cette expression déjà... ah oui, elle me revient : allier l’utile à l’agréable.

 

Lady Ada



[1] Extrait de : Piotr Maciej Kaczynski , "Les pays européens ont su faire preuve de cohérence dans la gestion du conflit". Propos recueillis par Chine Labbé, Le Monde, 13/08/08 (article dont, par ailleurs, je ne partage pas les conclusions).

[2] Extrait de : Natalie Nougayrède, « L’accord pourrait vite devenir lettre morte », Le Monde, 13/08/08 (comme toutes les autres citations qui vont suivre)

[3] Comme, apparemment, la gauche française qui s’est abstenue de verser dans l’antisarkozysme primaire à cette occasion. Preuve qu’il faut toujours tabler sur « l’axiome Sarkozy » de la gauche : plus l’erreur de Sarkozy sera grosse, moins la gauche la critiquera (et vice versa).

[4] Remarquons d’ailleurs que l’intensité des hostilités avait diminué dès mardi 12 au matin. En revanche, les coups de main militaires se sont poursuivis avant comme après l’approbation du plan de paix par les deux parties. Enfin, la signature de l’accord n’est intervenue que le soir du 15 août pour Saakashvili et le matin du 16 août pour Medvedev

[5] Signé en 1919, ce traité réussit l’exploit de donner à la fois les arguments qui permirent la victoire du nazisme en Allemagne (les « réparations ») et les conditions qui permirent à ce pays de s’emparer sans coup férir de l’Europe centrale et orientale (dépècement de l’Empire austro-hongrois). Mais suis-je bête, Sarkozy est avocat et non historien…

[6] Comme le prouve cette lettre d’anthologie dans laquelle Sarkozy demande à Saakashvili de ne pas s’inquiéter du fait que les troupes russes stationnent maintenant à 40km de Tbilissi…

Par Lady Ada
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Recommander
Mercredi 13 août 2008

 

                     Pix peinture Acanthe de Kabuki, 2005

Parfois, en visitant un musée, on tombe sur une œuvre qui nous force à nous asseoir, à prendre notre temps afin de fixer chaque détail, chacune de ces circonvolutions desquelles on essaie, souvent désespérément, de dégager un sens. Quelque chose qui puisse expliquer notre fascination, l’impossibilité dans laquelle nous sommes de détacher le regard de cette œuvre qui semble nous posséder. Après quelques temps passés devant le tableau, on se lève enfin tout en espérant que cette impression pourra s’intégrer dans un ensemble plus vaste, quelque chose qui puisse donner une base un petit peu plus solide à notre vie, un nouveau paysage intérieur sur lequel poser notre regard ensommeillé…

 

Parfois, bien que très rarement, il en est de même des évènements politiques.

Mais aux impressions extrêmes et exaltantes suscitées par l’art (impressions parfois contrastées à l’extrême comme le prouve encore la tragédie grecque), la politique, elle, laisse place à une fascination où se mêlent l’admiration et la terreur devant l’incroyable puissance de l’Etat, la consternation voire l’écoeurement devant les désastres que provoque son déchaînement, et l’humilité nécessaire devant les calculs que dissimule la violence de la guerre, ces « plans derrière les plans » qu’il faut tenter de distinguer au-delà des flammes et de la fureur. Tout en sachant que les premiers et seconds degrés de lecture dissimulent toujours des troisièmes et quatrièmes degrés dont les conséquences à long terme transforment ceux qui étaient pris pour des fous la veille en génies visionnaires le lendemain…

 
C’est donc avec autant de recul que possible que j’aborderai dans cet article la journée sans pareille du 08 août 2008, et les implications pour l’Europe des évènements survenus durant cette journée.

 
Ils semblent se répondre, ces deux évènements.

D’un côté, une fête prévue de longue date : l’ouverture des XXIVeme Jeux Olympiques des temps modernes, organisés cette année à Pékin. D’un autre côté, l’évènement tragique par excellence : une guerre. Une guerre aux mobiles complexes et livrée pour le contrôle d’une province au nom barbare, l’Ossétie du sud. La guerre et la fête du 8 août 2008, deux évènements qui semblent une réponse d’une cruelle ironie à cette croyance chinoise selon laquelle le « 8 » est un chiffre porte-bonheur.

 

Nous dirons : un chiffre qui laisse des traces.

 


Et tout d’abord : la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin.

 


La cérémonie d’ouverture de ces jeux des temps (post)modernes vient de s’achever, et me voilà pris d’une impression bizarre : qu’est-il donc advenu des cérémonies maoïstes kitshissimes ? De ces évènements mi-grandioses mi-grotesques où le sourire flamboyant du grand Timonier semblait renvoyer la joie de tout un peuple satisfait de mourir de faim pour la grandeur du communisme. Autant de sourires carnassiers ou terrifiés suivant le côté où l’on se trouvait, et qui dispensait la terreur bien plus sûrement que toutes les marches militaires de la Fête nationale (alors que le même style d’évènement en Roumanie par exemple ne suscitait qu’un éternuement poli : les Chinois ont toujours su maîtriser la force du nombre).

 Au contraire, la cérémonie d’ouverture a retracé avec talent les grandes phases de l’histoire chinoise, dans un format proche de ces évocation nationales standardisées pour l’export jusqu’aux moindres détails (paix, harmonie mondiale, diversité culturelle, innocence de l’enfant). Enfin, le choix de ne pas évoquer les 50 dernières années est instructif du rapport du PCC à son histoire. Nonobstant les commentaires stupides du préposé de France 2, ce fut donc, force est de l’avouer, un grand spectacle à la Zang Yimou.

 

Grande fête mondialisée donc, mais grande fête mondialisée au service d’un Etat et non d’un ordre économique, d’un pays qui cherche à montrer la toute puissance de son modèle face à ses détracteurs occidentaux.

 

Petit rappel : la répression des révoltes tibétaines de mars 2008 pose des questions aux dirigeants occidentaux sur leur participation à cette cérémonie d’ouverture. Nicolas Sarkozy, président français qui s’apprête à prendre la présidence de l’UE en juillet 2008, fait durer le suspens sur sa participation, non sans provoquer des tensions avec le régime chinois. Cette attitude aurait honoré Sarkozy s’il n’avait pas refusé de rencontrer le dalai-lama en parallèle sur injonction chinoise et s’il n’avait pas finalement décidé de se rendre à la cérémonie d’ouverture alors même que la Chine se lançait très officiellement dans une campagne antifrançaise. En clair, la « politique des droits de l’homme » (je consacrerai un article à ce slogan) de Sarkozy n’est rien de plus qu’une politique de la lâcheté, dans laquelle le président se contente d’obéir aux injonctions du plus puissant.

 

 


Deuxième évènement : la guerre entre la Fédération de Russie et la Géorgie
 :

 

Dans la nuit du 7 au 8 août, la Géorgie lance une attaque massive contre l’Ossétie du sud, une province en état de sécession et soutenue par la Russie. La conquête rapide ne laisse à la Géorgie qu’un temps très bref pour fêter sa victoire : dès le lendemain, la Russie lance ses troupes contre l’armée géorgienne afin de « venir en aide » à l’Ossétie du sud dont la majorité des habitants sont citoyens russes. Les combats entre les deux armées tournent à l’avantage des russes et l’armée géorgienne doit reculer, abandonnant l’Ossétie du sud aux Russes dès le matin du 9 août, non sans demander un cessez-le-feu à son puissant voisin. Mais la Russie pousse son avantage militaire et organise un blocus de la Géorgie dont elle bombarde les principales bases militaires terrestres et navales du 9 au 11 août. Le 12 août à la mi-journée, la Russie interrompt son intervention militaire. La Géorgie accuse la Russie de se lancer dans une guerre de conquête aux motivations stratégiques majeures (contrôle des approvisionnements gaziers de l’Europe, reconquête d’un espace de domination impérial). La Russie accuse la Géorgie de s’être lancée dans une campagne d’épuration ethnique en Ossétie du sud, allant jusqu’à lancer le mot de génocide.

 

Afin de mieux comprendre les motifs des combats, un petit point historique s’impose : depuis 1991 et l’éclatement de l’Union Soviétique, la Géorgie a pris son indépendance sous le contrôle étroit de la Russie. Deux provinces ont elles-mêmes fait sécession de la Géorgie à la même époque sans être reconnues internationalement : l’Abkhazie et l’Ossétie du sud (voir la carte). Ces deux provinces se gouvernent de manière totalement autonome sans que la Géorgie n’intervienne mais elles ne cherchent pas à être reconnues internationalement. Tout se passait « bien » jusqu’en 2004, époque où le dictateur géorgien Chevardnadze est renversé par une coalition démocratique et se voit remplacé par Michael Saakachvili, élu triomphalement le 4 janvier 2004. Or, celui-ci se trouve être un pro-occidental déterminé à sortir son pays de l’orbite russe pour rejoindre l’OTAN et l’Union Européenne. Le soutien inconditionnel d’une présidence Bush auréolée de sa victoire irakienne et le mutisme de la Russie lui donnent l’assurance qu’il pourra tout se permettre. Ou à peu près tout.

 

Tout commence à changer à partir de 2006. La présidence Bush tourne au désastre : l’armée américaine s’enlise en Irak et l’Iran belliciste cherche à développer l’arme nucléaire. La Russie de Vladimir Poutine a quant à elle restauré son image de grande puissance, aidée par ses exportations d’hydrocarbures, ses milliardaires inondant les capitales européennes et ses dépenses militaires en hausse de 20% par an. Or, les élites russes ont très mal vécu la période 2003/2004 durant laquelle les anciens pays du bloc de l’est ont adhéré à l’OTAN et à l’UE et durant laquelle l’Ukraine et la Géorgie, deux des principaux ex-satellites russes, ont glissé dans le camps occidental. Depuis 2006, la Russie s’oriente donc vers une politique de plus en plus agressive envers ses deux anciens satellites, et notamment la petite Géorgie. Ruptures « accidentelles » des livraisons de gaz en plein hiver, embargos sur de nombreux produits d’export géorgiens, pression violente sur la communauté géorgienne de Russie, reconnaissance officielle en avril 2008 des provinces sécessionnistes d’Abkhazie et d’Ossétie du sud… les pressions russes se font de plus en plus fortes.

 

Aussi, et au-delà de la surprise et de l’indignation des premiers jours, force est de reconnaître que ce conflit s’inscrit dans une véritable logique d’ensemble qui voit la Russie réaffirmer sa puissance dans son ancien pré carré impérial. En ce sens, l’usage de la force armée par Medvedev n’est que la suite logique de la diplomatie musclée de Vladimir Poutine. Et ce d’autant plus que la conjoncture est particulièrement favorable : les Etats-Unis sous une présidence Bush finissante et plus impopulaire que jamais, sont englués dans les soubresauts de l’occupation irakienne et la toile d’araignée de la diplomatie iranienne[1]. L’Europe de l’est et le Royaume-Uni n’agiront pas sans les Etats-Unis. L’Europe de l’ouest… autant ne pas en parler.



 En quoi cette guerre représente une modification brutale :


Mais la guerre menée par la Géorgie est tout autant une rupture qu’une continuité. A la différence de la Tchétchénie ou du Daguestan, la Géorgie est un Etat souverain particulièrement proche des Etats-Unis. En se lançant dans cette offensive, la Russie prenait le risque d’un affrontement avec la première puissance mondiale. Le mépris évident des Russes pour ce risque prouve la piètre considération dans laquelle ils tiennent la superpuissance et la faiblesse du discours présidentiel américain. Cette attitude de défi de la part d’un grand Etat (en dehors des cas ubuesques de l’Irak de Saddam ou de la Corée du Nord) constitue une rupture cruciale dans l’ordre des relations internationales établi depuis 1991 et l’avènement de l’« hyperpuissance » américaine. Et la rupture est d’autant plus grande que les Etats-Unis sont réellement dans l’incapacité de venir en aide à la Géorgie, comme le prouve l’attitude de Bush et les annonces de Condoleeza Rice dont la rhétorique ne tente même pas de dissimuler le lâchage en rase campagne de la Géorgie. Rappelons qu’il y’a une semaine tout juste, cet Etat était présenté comme l’un des plus solides alliés des Etats-Unis par le président Bush lui-même.

 

En clair, il y’a pour la première fois depuis 1989 une reconnaissance quasi officielle par les Etats-Unis de leur incapacité à intervenir dans une région du monde pour défendre leurs valeurs et leurs intérêts. L’« Empire » doit désormais laisser place à de nouvelles puissances qui, en 2001, auraient été considérés comme des « rogue states » mais peuvent désormais modeler leur espace proche dans leur seul intérêt et selon leur propre échelle de valeur, y compris si ceux-ci sont en contradiction avec la politique américaine. Bien entendu, la faiblesse des Etats-Unis est conjoncturelle et ne doit pas faire illusion : ce pays reste et restera pendant encore longtemps la seule grande puissance mondiale. Qui plus est, la force retrouvée de la Russie est bâtie sur un prix des matières premières qui peut s’effondrer du jour au lendemain… La Chine, quant à elle, se fait une place dans le jeu mondial qui reste néanmoins à trouver. Une chose est claire quant à la Chine : elle ne sera jamais l’hyperpuissance que furent et sont encore les Etats-Unis. Néanmoins, ces réserves faites, il faut remarquer que pour la première fois depuis le Vietnam, les Etats-Unis ont abandonné un pays allié.

 

Voici pour conclure l’analyse de cette guerre par Marie Jégo dans un article du Monde : « En prétendant défendre les indépendantistes abkhazes et ossètes – une aberration quand on songe au prix payé par les indépendantistes tchétchènes -, la Russie cherche en fait à regagner son rôle perdu au moment de l’implosion de l’URSS. L’enjeu dépasse de loin le petit territoire ossète. Il s’agit pour Moscou de reconquérir une région importante à trois titres : énergétique, politique, géostratégique.

Ces dernières années, la Géorgie, traversée par plusieurs oléoducs et gazoducs, est devenue le carrefour des hydrocarbures de la Caspienne en route vers l’Europe. Plus largement, toute la région s’est muée en une zone de fracture entre deux axes : l’axe Moscou-Erevan-Téhéran faisant face à l’axe Washington-AnkaraTbilisssi-Bakou. Le moment de l’affrontement a été bien choisi. Moscou mise sur l’immobilisme des Européens et sur le fait que les Américains sont pris dans leurs affaires internes.

Alors que la candidature de la Géorgie à l’OTAN sera réexaminée en décembre, la guerre risque de compromettre les chances de Tbilissi. En intervenant militairement sur le territoire géorgien, Moscou, opposé à l’adhésion de la Géorgie aux valeurs occidentales, cherche à ruiner les espoirs de Tbilissi. Chacun avance ses pions sans qu’il soit possible de dire quelle sera l’issue du conflit. La partie de go entre la Russie et l’Occident vient à peine de commencer. »[2]





Une Conclusion qu'elle est à moi et que je la revendique :

  Enfant géopolitique observant la naissance de l'homme nouveau, Dali, 1943

Aussi dur que ce soit à dire et à admettre, la Chine et la Russie jouent leur rôle dans le monde. Nous pouvons hurler au loup face à leurs régimes politiques
[3] ou les guerres qu’ils mènent, mais ces deux Etats ont au moins le mérite de se doter des moyens de leur politique et de l’assumer pleinement. Reste à savoir si le rôle qu’ils entendent jouer dans les relations internationales sera stabilisateur ou délétère à long terme.

 

En revanche, et comme en écho, on ne peut que constater l’assourdissant silence européen face au non-respect des droits de l’homme en Chine ou face à la guerre que mène la Russie en Géorgie, à travers la voix soudain bien discrète de l’actuel président de l’Union Européenne Nicolas Sarkozy. Evidemment, il est beaucoup plus facile de se répandre en gesticulations moralistes devant un parterre de jeunes pop’ que devant la figure cadavérique de Poutine. Nous voyons donc, dans ces deux affaires, l’expression d’un problème avec lequel nous devrons désormais composer en toute connaissance de cause : à savoir la lâcheté de Nicolas Sarkozy. Une lâcheté qui tend à discréditer la voix de la France en Europe comme celle de l’Europe dans le monde.

 

Mais une fois faite cette constatation, on ne peut que se poser la question : quelle est vraiment la marge de manoeuvre de la France seule face au futur géant chinois ? De qu el moyen de pression pouvons-nous disposer face à la puissance militaire russe rénovée ?[4]

Si la lâcheté sarkozienne est une donnée conjoncturelle, la faiblesse des nations européennes divisées est en revanche une donnée structurelle, dont les Chinois et les Russes sauront profiter au nom d’intérêts qui ne sont pas les nôtres. Le tout est de savoir si les nations européennes veulent se présenter couchées devant les deux géants ou, au contraire, tirer leur épingle du grand jeu mondial.

 

Le 8 août 2008 constitue sans doute aucun la réponse au 9 novembre 1989. Le 11 septembre 2001 constitua une sorte de prélude qui eu l’heur de nous rappeler la fragilité des Empires et l’idiotie parfaite (ou la dangerosité) de l’idée du « dividende de la paix »[5]. Il y’a quelques jours, le monde ahistorique et postmoderne théorisé par Fukuyama et incarné politiquement par la présidence Clinton s’est éteint. Courte parenthèse de même pas 20 ans, dans laquelle certains ont cru voir la possibilité d’un « dépassement du politique et du militaire » incarné par l’UE en même temps que d’autres passaient leur temps à vilipender l’« Empire » et l’odieux monde globalisé et uniformisé qui, ironie du sort, nous apparaîtra désormais comme un âge d’or.

 

Le monde du XXIeme siècle s’organise, lentement mais sûrement. Chine, Inde, Russie, Brésil organisent et structurent de plus en plus leur espace proche selon leurs intérêts agricoles, énergétiques, militaires ou simplement identitaires. Sans congrès de Vienne, l’ordre ou le désordre mondial à venir se met en place dans une tectonique des plaques géopolitique qui laisse parfois échapper de tragiques soubresauts.

 

Et il est désormais temps pour nous, Européens, de savoir si nous souhaitons transformer mille ans d’héritage civilisationnel en une grande Suisse enfermée dans sa repentance et ouverte à toutes les prédations ou en un agrégats de petits Etats-nation velléitaires, impuissants et placés sous la dépendance de tel ou tel Hegemon.

 

Ou si, au contraire, nous entendons léguer cet héritage au monde et à nos enfants en reprenant enfin la place qui est la notre.

 

Lady Ada

 

 
PS :  Cet article était terminé lundi soir. La situation n'ayant pas évolué à mon sens, je ne traiterai de la capitulation médiation européenne assurée par Nicolas Sarkozy que dans un prochain article spécialement consacré au rôle de l'Europe dans ce conflit.
 



[1] Les Etats-Unis et Israël ont d’ailleurs besoin de la Russie pour faire pression sur l’Iran au Conseil de Sécurité de l’ONU. Ils veulent aussi s’assurer que la Russie ne vendra pas d’armes offensives trop puissantes à l’Iran, raison pour laquelle Israël a subitement décidé de respecter l’embargo russe sur les armements géorgiens alors même qu’il était l’un de ses principaux fournisseurs depuis 2004 (le figaro 09/08/08)

[2] Marie Jégo, « Ossétie du sud : un confetti de l’empire devenu une enclave séparatiste pro-russe en Géorgie », Le Monde, dimanche 10-lundi 11 août.

[3] Il est d’ailleurs assez remarquable que ceux qui ont les mots les plus durs contre la Russie de Poutine sont souvent ceux qui n’avaient jamais assez de louanges pour l’URSS de Brejnev…

[4] L’éditorial du Monde des 10-11 août 2008 est d’ailleurs un vrai modèle d’appel à la capitulation.

[5] Idée formulée par Laurent Fabius à la fin des années 1980, et bâtie sur l’idée officielle que la fin de la guerre froide autorisait la baisse drastique des budgets défense. Idée officielle qui reposait elle-même  sur le présupposé politique lâche, ou stupide, d’une volonté de désengagement tous azimuts.

Par Lady Ada
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Dimanche 3 août 2008

La paix.
Evoquée en 1919, après le terrible carnage de la Première Guerre Mondiale.

Se fissurant dans les années 30, elle sombre à partir de 1939 dans l'océan glacé des « promesses » de l'Allemagne nazie.

La période qui s'étend de 1914 à 1945, et qui ne constitue in fine qu'une seule et même grande guerre civile européenne, explique largement l'importance du mot « paix » en 1945.
[1] C’est ainsi que les volontés d’une construction européenne ré-émergent en 1945 sur la base de l’idée d’une paix perpétuelle, devenue bien plus forte à l’échelle européenne qu’en 1919. Et c’est ainsi qu’émergea la construction européenne qui vint à bout de la guerre sur le sol européen. Du moins, tel est le conte de fée dans lequel tous les médias, les politiques[2] ou les manuels d’histoire en France semblent heureux de nous bercer depuis.

 


affiche pour la campagne en faveur du Traité de Maastricht (1992). Associer guerre et vote "non" : un acte de courage et de discernement politique.


Or, un petit recadrage historique s’impose :

 

L’Europe en 1945 est toute entière un champ de ruines. Il ne reste plus d’autres armées que celles des vainqueurs américain et soviétique. D’ailleurs, il n’y a plus de système politique constitué pour diriger d’éventuelles armées dans les années qui suivent la guerre.

 

Les gouvernements d’union nationale des pays de l’est de l’Europe sont un à un renversés par les partis communistes entre 1945 et 1948. L’Europe de l’est dans son ensemble glisse du côté soviétique[3] : l’URSS y garantie donc la paix par la terreur. L’Europe de l’ouest, elle, est constituée de démocraties libérales (France, Royaume-Uni, RFA à partir de 1949) ou de dictatures à la puissance insignifiante (Espagne, Portugal). Les Etats-Unis y garantissent la reconstruction économique et culturelle par des financements massifs, et la reconstruction politique de l’Allemagne de l’ouest par l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants antinazis. Dès 1948, les tensions croissantes entre URSS et Etats-Unis conduisent à la guerre froide : les deux superpuissances savent qu’elles ne peuvent s’affronter directement et « préparent » donc des terrains d’affrontement indirect.

 

Or, l’URSS en 1949 se dote de la puissance nucléaire. Les Etats-Unis garantissant de leur « parapluie nucléaire » les pays de l’ouest européen, l’URSS en fait de même pour les pays de l’est. Si bien que l’attaque d’un seul pays de l’est ou de l’URSS contre un seul pays de l’ouest conduirait à la guerre nucléaire par riposte immédiate et massive des Etats-Unis contre l’ensemble du bloc communiste. La conséquence politique de cet état de fait militaire est évidente : à partir de 1949, toute guerre sur le territoire européen est rendue impossible par ce qui est déjà nommé l’équilibre de la terreur.

 

« L’Europe de la paix » est donc fille de la bombe nucléaire et de l’Alliance atlantique, et non de la construction européenne. Cette dernière n’étant que la conséquence de la paix, elle n’est en aucun cas sa cause.

 

 

 

Dès lors se pose une question : pourquoi nous infliger cette version lénifiante et mensongère de l’histoire de la construction européenne mère de la paix ?

 
L'Europe dans l'histoire, l'Europe hors l'histoire


Pour deux raisons, l’une et l’autre ayant leur justification mais toutes deux à l’origine des blocages que nous connaissons depuis.


- la première raison tient dans la volonté des acteurs européens de l’époque de se réapproprier leur destin collectif. Le poids de la « république impériale »
[4] à l’ouest et du « grand frère soviétique »  à l’est, ainsi que la dépendance dans laquelle l’Europe de l’ouest se trouve vis-à-vis des troupes de l’OTAN rend difficile l’identification des Européens à l’Europe. Il est donc important au début des années 1950 de redonner une identité collective à une Europe réduite à son expression géographique, puisque l’économie (plan Marshall), la politique (affaire de Suez) et la culture (…) sont sous dépendance américaine.

 

- la seconde raison est une conséquence directe de la première. L’Europe n’est pas unifiée politiquement, et elle est sous dépendance. En deux mots, elle est dispersée et faible. Dès lors existent deux possibilités pour quiconque ne se satisfait pas de la situation : impulser l’unification et l’émergence d’une Europe-puissance ou faire ce qui a été fait par les « Pères Fondateurs ». Les deux options n’ont évidemment pas la même ambition, ni les mêmes conséquences. Mais surtout, elles ne se placent absolument pas dans le même champs d’action.

 

En encourageant la fondation d’une Europe puissance, on se place dans le champs des rapports de force politiques, économiques, culturels… c'est-à-dire dans l’histoire. En encourageant l’émergence d’une unité européenne par le commerce et par le seul droit, on encourage tout au contraire le règne du consensus par le droit et la négation des rapports de force politiques qui, seuls, offrent la possibilité d’une unité politique.

 

L'Europe hors l'histoire : une déformation de la logique du Droit :

Historiquement, le droit est l’attribut des grandes puissances politiques qui cherchaient à civiliser et officialiser leur domination par la loi (selon la formule de Mirabeau, « on peut conquérir le trône par les baïonnettes, mais on ne peut pas s’y asseoir dessus ») : ce fut notamment le cas des Romains, certainement les plus grands génies politiques de l’histoire. Mais le droit peut aussi être invoqué par les dominés afin justement de rééquilibrer par la force du droit ce que le strict rapport de force armé ne leur permet pas de conquérir. C’est la raison pour laquelle les faibles Etats-Unis du XIXe siècle invoquaient sans cesse le droit international face aux puissances coloniales d’une Europe sûre de sa force armée, donc de son bon droit. Kagan fonde sa thèse sur cette réalité des rapports entre puissant et faible et pense donc que l’appel au multilatéralisme et au droit international de l’Europe actuelle n’est que la conséquence de sa faiblesse politique et militaire. Ce qui est en partie vrai, mais pas seulement.

 

En tant que tel, le droit n’a de sens que s’il est la juste consécration d’un rapport de force clairement établi au sein de la société (pour le droit national) ou entre Etats (pour le droit international). La juste mesure du droit est celle qui permet de le rendre aussi proche que possible de la réalité des rapports de force ou, du moins, de la volonté des acteurs dont les rapports seront régis par ce droit commun. Pour autant, il existe une réalité de l’usage du droit bien différente : celle qui consiste non pas à fonder le droit sur la reconnaissance des rapports de force, mais sur leur négation.

 

L'Europe après le Traité de Vienne (1815) : l'équilibre entre puissances savamment reconnu par les négociateurs a contribué à façonner le long siècle pacifique qui s'est étendu de 1815 à 1914. Ce sont justement les nationalismes, non-reconnus dans l'édification de l'ordre international de l'après Vienne, qui ont condamné cet ordre à l'échec.


Cela peut sembler impossible à priori : lorsqu’il s’agit de droit national, le législateur doit rendre des comptes au peuple et ne peut donc pas légiférer contre une réalité qui le rappellerait à l’ordre lors des élections. Dans le droit international, la puissance dominante veut garantir la position de force que lui donne sa supériorité militaire/économique/politique.

 

Pour autant, c’est sans considérer la principale motivation à la base de la construction européenne : le désir de paix de l’Europe après 1945. Ce désir de paix aurait pu être contrarié par le développement de la guerre froide et la remilitarisation qu’elle imposait. Mais c’était sans prendre en compte le fait que ce sont les Etats-Unis, à travers l’OTAN, qui assuraient désormais la défense de l’Europe[5]. Les Pères fondateurs pouvaient donc librement imaginer une construction européenne « libérée » des contraintes militaires et diplomatiques. Libérée, donc, de la contrainte de l’Etat. Libérée, aussi, de la contrainte du réel.

 

Les deux conditions de l'Europe hors l'histoire :


Bien entendu, l’une des conditions pour assurer le succès de la vision pacifiste mais faussée du monde imposée par les idéalistes Pères Fondateurs fut-elle la haine distillée de la guerre pour elle-même. Le plus grand mythe fondateur de la construction européenne naquit ainsi : la mal, c'est la guerre donc l'Europe, c'est la paix. Peu importent les guerres multiples et terriblement meurtrières qui dévastaient l'Europe depuis le Xeme siècle, n’empêchant aucunement le développement politique, économique, et l’incroyable floraison artistique de notre continent. Foin de tous ces Bonaparte, ces Turenne, ces Wallenstein. Foin de ces châteaux forts et ces forteresses de Vauban. D’ailleurs, tout un chacun sait que Louis XIV n’a fortifié nos frontières que pour voir son œuvre classée à l’UNESCO. Bref : tout à coup, nous apprenions que l’Europe, la véritable Europe, c’était la paix. Point.

 

A personne ne vint l’idée que les idéologies dévoyées et non la guerre étaient à l’origine des malheurs contemporains de l’Europe, puisque la guerre ne trouve pas sa justification en elle-même mais dans les nationalismes dévoyés pour la Première Guerre Mondiale et dans le nazisme pour la Seconde[6].

 

                                                                                    L'Europe, c'est la paix.


La seconde condition qui permit d’assurer le succès de la vision pacifiste de l’Europe fut la manière même dont fut conçue la construction européenne. Dépourvue du besoin d’Etat ou d’armée, les Pères fondateurs purent imposer une vision de l’Europe idéaliste dans laquelle le droit comme négation du réel devint la norme, en même temps que la seule finalité politique.

En clair, on supprima la possibilité d’une Europe politique en promouvant une Europe dans laquelle le droit s’érige en finalité. L’Europe tant vantée des Pères fondateurs conduit donc tout naturellement à l’émergence d’un espace apolitique, hors du temps et hors du monde : une Europe hors-sol que Robert Kagan[7] désigne comme « Europe postmoderne »[8]. En clair, pour supprimer la guerre, nous avons supprimé la condition de la guerre. A savoir la politique.

 

Pour une Europe dans son temps :

Nicolas Sarkozy, dans son "discours de dakar", accusait les Africains de n'être point encore entrés dans l'histoire. Quelle ironie alors même que c'est l'Europe qui a volontairement choisi de sortir de l'histoire depuis 1945. Il est donc plus que temps pour nous de cesser s'anoner "l'Europe, l'Europe" (que ce soit pour la défendre ou l'accuser) à chaque évènement. De cesser d'en appeler à "l'Europe sociale", à "l'Europe de la défense" alors même que la condition de tout cela est l'existence d'une Europe politique. Et alors que c'est la construction européenne elle-même qui détruit les bases d'un possible retour du politique en Europe.

Il est donc plus que temps d'en appeler au retour de l'Europe dans le grand champs de l'histoire, et de regagner enfin le grand territoire des batailles politiques fui depuis si longtemps.

Bref, il est temps d'en appeler au retour du politique, dans le cadre d'une Fédération européenne!


Lady Ada


 

 

 



[1] Mot dont l’importance ne peut être exagérée non plus : la France se lance en 1945 dans 18 ans de guerres coloniales…

[2] Ainsi dans un discours fameux prononcé à Louvain en février 1996, l'ancien chancelier Helmut Kohl menaçait: "l'Union européenne est une question de guerre et de paix".

[3] La Tchécoslovaquie est le dernier pays à être intégré par la force dans le bloc de l’est en mars 1948.

[4] Le terme est de Raymond Aron

[5] « Les Etats-Unis, puissance européenne » selon la terminologie de Jean-Sylvestre Mongrenier. « L’Europe et le bouclier antimissile américain : impolitique et désillusions du projet européen », Herodote n°128.

[6] Attention : je ne suis ni militariste ni belliciste ! La guerre est une invention parmi les plus atroces et le monde se portera bien mieux le jour où cette modalité de la politique sera éteinte (bien que je doute fort qu’elle le soit un jour). Il ne faut cependant jamais oublier les causes derrière les actes : à condamner la guerre en bloc, nous condamnons la France et l’Angleterre de 1939 au même titre que l’Allemagne de la même époque.

[7] La puissance et la faiblesse, Plon Omnibus, 2003.

[8] Il est évident, à mon sens, qu’aucun des processus politiques en cours dans l’UE (à part peut être dans les pays les plus eurosceptiques) ne peut s’expliquer indépendamment de ce fait.

Par Lady Ada
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires - Recommander
Samedi 2 août 2008



    Dans sa psychanalyse des contes de fée, Bruno Bettelheim démonte un à un les principaux contes qui accompagnèrent et accompagnent encore les soirées de tant d’enfants (Blanche Neige…). Il y montre que chaque conte a ses buts avoués (distraire, stimuler l’imaginaire) et ses buts véritables (éduquer à la mort, à la confrontation rêves/réalités…). Pour autant, le conte de fée est-il critiquable dans ses buts ? Non, bien entendu. Le bien-fondé d’un conte se mesure à sa capacité à édifier les générations en leur transmettant les codes affectifs et la capacité d’imagination qui permettent d’affronter les épreuves de la vie.

 

    C’est à cette aune que se sont transmis –ou non- les grands contes de l’Europe moderne ou les grands mythes des Grecs antiques. C’est aussi à cette aune que l’on peut mesurer le bienfait ou les méfaits de nos grands mythes politiques contemporains. Et si le mythe du Farwest révèle beaucoup de l’esprit américain, le mythe de la construction européenne révèle beaucoup de l’esprit que des idéalistes déconnectés aimeraient bien voir affubler les Européens depuis 1945.

 

    Et si les grands évènements sont toujours affublés de leurs doubles grotesques, il en est de même des contes de fée. Bettelheim montre en effet que certaines versions des contes sont bien plus instructives que d'autres. Un conte modifié peut ainsi se révéler une source de problèmes, de refoulements et non le nécessaire instrument de formation à la vie qu'il devrait être pour l'enfant. Il en est de même pour les contes de fée politiques qui peuvent édifier les sociétés ou en sapper les fondements. Dans cette suite d'articles, je vais donc me lancer dans une courte analyse politique de quelques mythes constitutifs de ce que l'on ose encore nommer la "construction européenne" de l'après 1945.
 

   

Et dans un premier article, je traiterai du principal et premier argument de cette construction : le grand mythe de « la construction européenne, c’est la paix ».








illustrations : Le petit chaperon rouge par Gustave Doré, L'enlèvement d'Europe par Guido Reni.




Par Lady Ada
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Lundi 21 juillet 2008

Bienvenue sur mon blog paneuropéen !

 

Il y’a presque deux années de cela, je me lançais dans l’écriture d’un modeste article qui échappa bien vite à mon contrôle pour devenir le pataquès que vous pouvez encore voir ici.

 



Je souhaitais le mettre en ligne sans pour autant en faire le point de départ d’un quelconque lieu de discussion politique où l’on s’amuse à disséquer la dernière boutade lancée par Ségolène Royal sur RTL ou la énième mouture présentant aux yeux ébahis des grands et des petits la gloire/dangerosité de Nicolas Sarkozy. La forme du blog ne me convenait donc pas. Il s’agissait d’un tout qui ne souffrait pas la discussion, et que je mis en ligne sur un hébergeur de blog tout pourri par facilité, sans aucunement me soucier de son devenir.

 

Presque deux années se sont écoulées.


Et avec elles des constantes : mon attachement paneuropéen, et la consternation permanente dans laquelle me plonge l’apolitique de l’Union européenne comme l’évolution politique de notre continent. Pendant que les institutions européennes déconstruisent l’Europe politique plus qu’elles ne la construisent, les nations, une à une, succombent à la grande crise identitaire. De la Belgique à la France, en passant par les Pays-Bas ou l’Italie, les pays qui tinrent à bout de bras le rêve européen pendant 50 ans s’effondrent avec une rapidité foudroyante, terrassés qui par le fantasme de la menace islamique et/ou néolibérale, qui par la bien réelle menace nationaliste, qui par un replis xénophobe sidérant de brutalité.

 




Mais aussi un changement majeur : ma participation, en tant que commentateur, à un blog aux relents politiques douteux  (voire parfois déviants), mené de main de maître par Hyarion, et qui a eu le grand intérêt d’évacuer l’appréciation moyennement positive que j’avais du blog politique à cette époque.

 

Bref, tout ceci fait qu’il est plus que temps pour ma voix paneuropéenne de se faire entendre (quel que soit son intérêt d’ailleurs : il y’aurait beaucoup à fouiller pour les psychanalystes dans l’esprit des blogueurs, comme dans l’esprit des gens qui s’intéressent à la politique d’ailleurs). Ce blog traitera donc de sujets de politique européenne, où que j’estime reliés à la politique européenne. Les articles pourront s'appuyer sur des faits de politique brute comme sur des manifestations culturelles de la déliquescence politique de notre continent. Aussi la Belgique, le cinéma, la littérature et même (j’en vois déjà qui rient) les Jeux Olympiques y auront toute leur place.

 

Je préfère éviter la grande présentation de mes options politiques. Disons que je me situe à gauche, que je suis libéral (y compris sur les questions économiques) et parfaitement indifférent (tendance fou-rire suivant mon humeur) sur les questions sociétales. Je crois en la légitimité historique des Etats, tout comme en la dangerosité qu’il y’a à la remettre en cause.

 

C’est précisément au nom d’une légitimité supérieure que je souhaite voir les Etats européens confier la destinée de nos nations à une Fédération d’Etats-nation. Non pour en nier les richesses et les singularités. Mais précisément parce que l’Etat-nation a joué dans le passé le rôle d’intermédiaire entre le peuple et l’universel (liberté, égalité) qu’il n’est plus capable d’assumer aujourd’hui.

 

Enfin, mon pseudo :

Lady Ada est le personnage central d’un livre de Bruce Sterling et William Gibson, La machine à différence. Uchronie dans laquelle l’Angleterre du XIXeme siècle est dirigée par des ordinateurs (les machines à différence) inventés par Charles Babbage et sa fille, Ada. Un pays soumis à la dictature scientiste et dans lequel Lord Byron est un grand industriel (accessoirement premier ministre), au sein d’un livre écrit à la va-vite et assez peu saisissable, mais aussi l’une des mes plus grandes émotions littéraires (et l’origine de mon amour du siècle idiot). Voilà pour l’anecdote et l’introduction…

 

Une dernière chose avant de débuter :

Je serai parfaitement fasciste envers toute forme de com moralisateur ou d'intervention à la va-vite qui n’a pas la justification du trait d’humour ou du mauvais goût fièrement arboré. Après, c’est liberté de ton totale !

 

Bon voyage en Europe !
Bon voyage dans notre avenir...

Par Lady Ada
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander

Présentation

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus