Samedi 31 janvier 2009

   Encore une fois, le petit bloggueur paresseux que je suis va s'effacer devant la plume de Dante qui nous livre ici son analyse du film Le Président, d'un certain Henri Verneuil (je vous parle d'un temps que les gens nés après 1983 ne peuvent pas connaître ;-). En même temps, je ne peux que féliciter les efforts de Dante qui, comme le bon docteur Frankestein qu'il est, tente de réscussiter mon pauvre blog longtemps endormi suite à la paresse coupable de son auteur originel.


    Je vous laisse donc en compagnie du film politique Le Président, et des jésuitismes très "IVeme République" qu'il entend dénoncer, non sans oublier que ce furent précisément les arrangements minables entre groupes parlementaires communistes et gaullistes, sous l'oeil bienveillant des gouvernements court-termistes de cette république, qui enterrèrent définitivement le seul projet véritablement politique de construction européenne : la Communauté Européenne de Défense.



 





     Il est des films dont la justesse et la précision continuent de vous habiter au-delà de la première vision. Ces films reviennent régulièrement dans votre lecteur dvd car ils ne cessent jamais de vous révéler leur force, leur puissance, ce qui fait qu’ils nous bouleversent et s’inscrivent en nous. Le Président, d’Henri Verneuil, est de ceux-là.

     Sorti sur les écrans parisiens le 1er mars 1961, Le Président est adapté d’un roman de Georges Simenon. La réalisation est d’Henri Verneuil et les dialogues de Michel Audiard. Le Président met en scène un ancien Président du Conseil, Emile Beaufort, qui égrène les souvenirs de sa vie politique en rédigeant ses mémoires. Campé par un Jean Gabin grandiose, Le Président rend compte de toute l’ambiance politique de la IVe République et de ses débats, en particulier sur la question européenne.

 


Le Président est-il un film politique ?

 

     Certains estimeront que la réponse est dans la question. C’est pourtant loin d’être aussi évident. Cela dépend à la fois de la définition du fait politique, du film politique tel qu’on l’entend, de son contenu et de ses implications.

     Sur le fait politique proprement dit, les appréciations de chacun étant variables, il s’avère difficile de pouvoir le définir dans toutes ses implications. Il serait en réalité bien long, de surcroît, d’en détailler toutes les composantes. Retenons simplement des éléments généraux qui nous permettront de répondre à l’interrogation initiale. La politique, du grec politikos (littéralement : « de la Cité ») est ce qui constitue l’investissement, la gestion et le gouvernement des affaires de la cité, de la polis. La politique est relative au gouvernement d’un Etat ou d’un autre échelon territorial, et désigne également la science ou l’art de gouverner, de gérer les affaires publiques.

    

    Pris dans cette très simple acceptation, la présence du politique au cinéma peut être néanmoins identifiée, même si tout film peut être « politique ». Je réserve ce débat sur la présence du politique dans l’art à des commentaires annexes, m’attachant ici à répondre à une problématique. Tout film pourrait être considéré comme « politique » même s’il arbore très haut le drapeau blanc du divertissement, pour qui se donne la peine de le décoder. Il faudra donc se contenter de définir le film politique comme un genre cinématographique qui traite explicitement du gouvernement de la cité et de l’exercice du pouvoir, de sa conquête et de la dénonciation de ses excès.

     Le Président répond à cet ensemble de critères, mais le pourquoi de la problématique apparaît ici : Le film politique est-il un genre à proprement parler ou un thème récurrent qui inspira particulièrement les années 1960 et 1970 ? Dans son ouvrage Ecoles, genres et mouvements au cinéma [1], Vincent Pinel indique que cette question reste « ouverte ». Elle se pose d’autant plus que le film politique possède, selon beaucoup, deux bras armés : le film de propagande et le film militant. Il faudra donc envisager ici le film politique sous l’angle de la fiction. Et en cela, Le Président se révèle palpitant et un vrai film politique.

Une très brève histoire du film politique

 

     Il est à ce titre intéressant de noter que le cinéma éprouva longtemps une certaine répugnance à évoquer la politique si ce n’est sur le mode anecdotique, sentimental, ou sous la forme de portraits d’hommes ou de femmes de pouvoirs (Napoléon d’Abel Gance en 1927, L’Impératrice rouge de Josef Von Sternberg en 1934, Ivan le Terrible de Sergueï M. Eisenstein en 1946 ou encore Viva Zapata de Elia Kazan en 1951). Deux grands classiques du muet, deux films novateurs dans leur forme, abordèrent de façon très particulière des thèmes politiques : La Naissance d’une nation [2] de David Wark Griffith en 1915 exalta l’unité nationale ; Métropolis de Fritz Lang en 1927 aborda avec anticipation l’interrogation sur la modernité et le modèle de la ville [3]. Des comédies aussi bravèrent ce qui relevait presque de l’interdit (M. Smith au Sénat de Frank Capra en 1939) ou avec une violence et une acuité burlesques (Soupe au canard des Marx Brothers en 1933, Le Dictateur de Charles Chaplin en 1940).

    

    Les années 1960 et surtout 1970 furent prolixes en la matière. La plupart des films politiques de cette période traitent de la dénonciation d’abus et de scandales des différents pouvoirs, de Tempête à Washington de Otto Preminger en 1962 et Main basse sur la ville de Francesco Rosi en 1963 à L’Homme de marbre de Andrzej Wajda en 1977 en passant par les thrillers politiques de Costa-Gavras, de Z en 1969 à L’aveu en 1970. D’autres, pour échapper aux ciseaux de la censure, utilisèrent les ressources de l’allégorie, de l’apologue ou de la parabole : Miklos Jancso en Hongrie communiste avec Les Sans-espoir en 1966, Glauber Rocha dans le Brésil de la dictature militaire avec Terres en transes en 1967, Carlos Saura dans l’Espagne de Franco avec Anna et les loups en 1972 et La cousine Angélique en 1974, Théo Angelopoulos dans la Grèce des colonels avec Le Voyage des comédiens en 1975. Signalons enfin que le cinéma asiatique n’est pas avare en la matière, en particulier le Japon : Le Héros sacrilège de Kenji Mizoguchi en 1955 constitue un véritable plaidoyer pour la modernité, le héros n’étant sacrilège que vis-à-vis d’un ordre déjà dépassé, et Kagemusha de Akira Kurosawa en 1980 qui s’interroge sur l’identité du Japon. Force est de constater que le film politique, s’il est aujourd’hui en recul, continue d’être décliné dans des œuvres aussi différentes que complexes.

    

     Barthélémy Amengual distingue, dans son ouvrage Clefs pour le cinéma [4] deux directions majeures du cinéma politique : un « cinéma insurrectionnel ou insurgé » (militant) et un « cinéma civique qui mobilise les consciences sur les problèmes immédiats de la réalité politique et sociale ». Le propos généreux du film politique est donc d’aider, avec une efficacité vraiment modeste, à la prise de conscience des enjeux, de la réalité politique, des faits et des actes qui touchent les affaires publiques. Le Président est pleinement un grand film politique en ce sens.

 


Le Président, la conception et la pratique du pouvoir

 

     Le film recrée l’ambiance de la IVe République, faîte d’instabilité et de marges de manœuvres politiques limitées. Mais Le Président est avant tout une réflexion sur la pratique du pouvoir et l’art de gouverner. La scène qui précède celle à l’Assemblée est assez remarquable. Un Député, ancien camarade de classe du Président du Conseil vient le voir pour lui demander un service :

 

 

-         « J’ai besoin d’un service (…) Il y a le mois prochain une adjudication pour le port de Bordeaux. Or il se trouve, comme par hasard, que mon beau-frère dirige une importante affaire de construction, dans laquelle je suis plus ou moins associé…

-         Non.

-         Comment ça, « non » ?

-         Vous me demandez d’intervenir auprès du service des adjudications pour faciliter une affaire à laquelle, vous, conseiller général, êtes associé. Alors je dis non, c’est tout.

-         Mais j’ai juste besoin d’un petit coup de main ! Tu peux tout !

-         C’est précisément pour ça que je ne peux pas tout me permettre ».

 

Outre qu’elle dénonce le népotisme en vigueur dans le monde politique, la scène avance l’idée d’une certaine éthique du pouvoir. Ce thème se retrouve notamment décliné dans les conceptions politiques de Pierre Mendès-France.

     D’autres scènes mettent en lumière cet art de gouverner lorsque la décision de la dévaluation et de la fixation de son taux interviennent. Mais c’est dans les dernières scènes qu’est dépeint un certain machiavélisme. L’ancien secrétaire d’Emile Beaufort, Philippe Chalamont, est pressenti pour devenir Président du Conseil car son parti est susceptible de détenir une majorité. Or, au moment de l’épisode de la dévaluation, Philippe Chalamont avait communiqué le taux et la décision à son beau-père, un banquier, qui avait ainsi amorcé des prises de positions dans les bourses et fait perdre 3 milliards aux épargnants français. Emile Beaufort lui avait alors fait rédigé une lettre d’aveu [*] mentionnant sa responsabilité dans l’échec de la dévaluation. Lorsqu’il est pressenti au poste de Président du Conseil, Philippe Chalamont vient demander son accord et son appui à Emile Beaufort. La scène est grandiose, puise dans la psychologie et le machiavélisme politique :

 

-         Bonsoir M. Le Président. Vous m’attendiez ?

-         Je vous attends depuis vingt ans.

-         Qu’est-ce que vous regardez ?

-         Cela. Je ne pensais jamais revoir cette maison. C’est étrange. Je m’attendais à une sorte de gêne ou de honte, en tout cas de malaise.

-         Vous vous surestimez.

-         Peut-être, oui. Je n’éprouve finalement que de l’émotion, c’est presque agréable.

-         Asseyez-vous.

-         J’ai cru à un moment que vous refusiez de me recevoir. Je suppose que vous me haïssez toujours.

-         Oh, vous savez, j’ai 73 ans.

-         Ça n’empêche pas les sentiments.

-         Ça les atténue. A mon âge, on vit en veilleuse. On peut encore marcher, manger, aimer, haïr, mais à condition de faire ça doucement (…) En ce qui vous concerne, la surprise ne joue pas. Je vous ai souvent vu à la télévision. Vous étiez fort brillant. Ce qui laisse le plus à désirer, chez vous, ça n’a jamais été le style. Je vous ai également vu et entendu ce matin, mais là, le style était plus évasif. Il s’agissait je crois d’une réponse à donner au Président de la République. Vous auriez pu économiser du temps en la donnant tout de suite.

-         A condition qu’elle soit négative, n’est-ce pas ? Et vous prétendez que la haine s’atténue ? Je trouve, moi, que vos sentiments n’ont pas variés.

-         Ce qui n’a pas varié c’est ma notion de ce que doit être un chef de gouvernement. Cette notion-là ne variera jamais ».

 

     La suite de la scène reprend des thématiques du Prince de Machiavel dans la technique pour la prise personnelle du pouvoir. Jouant sur le ressort psychologique, Philippe Chalamont utilise la carte de l’éthique politique pour obtenir l’approbation d’Emile Beaufort. Ensuite, il aborde le jeu des réalités politiques pour le convaincre :

 

-         Je vous admire. Car ma notion à moi a bien changé. Votre attitude, lorsque vous étiez au pouvoir, m’a souvent heurté mais aujourd’hui j’agirais de même. Voyez-vous, Président, je pense que si la croissance s’arrête de bonne heure, un homme ne cesse jamais de grandir. C’est ce que j’ai longtemps refusé de comprendre mais qui m’apparaît aujourd’hui comme une vérité première. A partir d’un certain degré de réussite, un homme d’Etat fait abstraction de son orgueil  et de ses intérêts personnels pour devenir le prisonnier de la chose publique.

-         Vous avez découvert ça quand ?

-         Quand ? Je ne sais pas. Après ma première élection ou après ma nomination au Conseil monétaire, je ne sais pas. Mais ma conviction est faîte. Me permettez-vous de vous poser une question ? Voyez-vous parmi les hommes politiques d’aujourd’hui un chef de gouvernement qui s’impose et qui rende ma candidature superflue ?

-         Non.

-         Voyez-vous un parti plus apte que le mien à dénouer la crise ?

-         Non.

-         Pensez-vous que je sois capable, et là mieux qu’un autre, de résoudre les problèmes syndicaux et d’éviter la grève générale qui nous menace ?

-         Oui.

-         Estimez-vous que je possède la technique, l’expérience, en un mot la stature d’un homme d’Etat ?

-         Oui.

-         Bon, alors dans ce cas, levez-vous votre veto ? »

 

Après une hésitation, Emile Beaufort parvient à comprendre la motivation réelle de son ancien secrétaire. Lorsque Philippe Chalamont lui déclare qu’il compte gouverner avec son agrément et son appui, lui demandant une « coopération secrète mais totale », Emile Beaufort revient sur sa position initiale, dictée par sa conception de l’exercice du pouvoir :

 

-         Ce que vous venez de me dire me flatte Chalamont. Pour des raisons personnelles je vous ai longtemps pris pour un salaud et je constate avec plaisir que là aussi j’avais quinze ans d’avance. Et dire que vous avez failli m’avoir. Vous êtes intelligent Chalamont, comme tous les salauds d’ailleurs. Vous savez qu’il y a des gens que l’on peut acheter avec des billets ou des enveloppes. Moi, vous avez essayé de m’avoir par la vanité. Ce que vous venez de faire est ignoble. (…) Vous venez d’être de la plus grande lâcheté, celle de l’esprit. Et c’est pour ça Chalamont que je ne vous laisserez jamais prendre le pouvoir. Parce que c’est une saloperie de venir au pouvoir sans avoir une conviction à y appliquer.

-         Je ne serais pas le premier !

-         Savez-vous pourquoi je vous ai fait écrire cette fameuse lettre [*] et pourquoi je l’ai gardé ?

-         Oui, je le sais figurez-vous. Par vengeance. Pour humilier un homme que vous n’aimez pas !

-         Non, pour préserver un pays que j’aime bien !

-         Alors pourquoi disiez-vous tout à l’heure que j’étais un gouverneur possible ? En tout cas pas plus mal qu’un autre…

-         Pas plus mal qu’un autre ? Décidément, vous êtes plus ambitieux pour vous que pour votre pays ! Voilà tout ce que vous lui souhaitez : « un homme pas plus mal qu’un autre ». Mais quand on a cette ambition là, on ouvre un bazar, on ne gouverne pas une nation ! (après d’autres échanges) Foutez le camp, Chalamont. Dîtes au Président de la République que vous renoncez, enveloppez ça dans le bobard que vous voudrez, allez ! vite !

-         Avant, laissez-moi regarder le dernier dépositaire de la France ! Et vous parlez d’ambition ! Vous savez ce que vous aurez à la Présidence du Conseil ? Un Marcel Ferchoux, un crétin, et un crétin honnête comme les aimez !

-         Et ben ça sera déjà ça ! Vu ce que ça rapporte d’être honnête ! »

 

Ici s’affronte deux visions de l’exercice du pouvoir. Le mérite du film est de souligner les contradictions de part et d’autre : le déni d’une conviction dans l’exercice du pouvoir s’appuyant sur les opportunités conjoncturelles et la défense d’une certaine éthique qui la fait prévaloir sur des réalités politiques. L’échange illustre ici à merveille un débat sur la conception politique.

 

Le Président et l’Europe

    

     De surcroît, Le Président retranscrit un pan de l’histoire politique européenne. La plus grande scène du film demeure le débat à l’Assemblée sur le projet d’union douanière. Cela permet de situer historiquement l’extrait du film après les années 1930, postérieur à la création de l’U.D.E (Union Douanière Européenne) en 1927, suite au Traité de Locarno de 1925. Dans le manifeste du Comité français de l’U.D.E se retrouve les buts libres-échangistes, l’objectif d’un désarmement douanier progressif, par paliers et par ententes régionales, devant contribuer à affermir la paix européenne. De manière plus plausible, l’action se déroule après la 2nde Guerre Mondiale, même si l’usage de la fiction brouille volontairement quelques pistes. Bien des répliques font penser que la première guerre mondiale est déjà un souvenir éloigné…

     Cette scène monumentale donne tout d’abord à voir le discours souverainiste qui n’a pas changé d’un iota depuis, discours centré sur l’inutilité de l’Europe.

L’extrait se trouve ici :

 

http://www.dailymotion.com/relevance/search/Le%2BPr%25C3%25A9sident%2B%2528Jean%2BGabin%2529/video/x5178q_le-president-jean-gabin-bernard-bli_shortfilms

 

     Ensuite, vient le tour des Indépendants Républicains, opposés eux aussi au projet d’Union douanière :

 

http://www.dailymotion.com/relevance/search/Le%2BPr%25C3%25A9sident%2B%2528Jean%2BGabin%2529/video/x5178q_le-president-jean-gabin-bernard-bli_shortfilms

 

     Enfin, vient le discours du Président. Ce dernier est habité tout entier par la conviction européenne, et dénonce l’Europe que prévoit certains. Un grand moment, assurément :

 

http://www.dailymotion.com/relevance/search/le%2Bpr%25C3%25A9sident%2B%2528jean%2Bgabin%2529/video/x517op_le-president-jean-gabin-bernard-bli_shortfilms

 

     Les clivages suscités par la question européenne démontrent leur importance sur les clivages et les alliances parfois inattendus des partis politiques nationaux. La question européenne est ici traitée aussi bien sur sa configuration que sur ses implications. Donnant à voir la vigueur des débats de la IVe République, Le Président est assurément un grand film politique. Plongeant dans les arcanes de l’exercice du pouvoir et de l’art de gouverner, traitant des conceptions et de questions alors primordiales, Le Président offre l’illustration d’un cinéma constructif, pertinent et grand public. Autant de paramètres rarement réunis et qui font pourtant les grands films.

    

 

 

[1] PINEL Vincent, Ecoles, genres et mouvements au cinéma, Paris, Larousse, Collection « Reconnaître », 2000.

[2] A l’époque, le film de David Wark Griffith provoqua à la fois la reviviscence du racisme dans le sud (non voulue par Griffith) et une exaltation de cette unité nationale que Lincoln avait souhaitée non raciste. Le film véhicule des idéologies contradictoires, qui n’ont plus qu’un intérêt historique, et passa inaperçu en Europe en 1921. Pour Vincent Pinel, le film « exalte l’action du Ku Klux Klan ».

[3] Pour Vincent Pinel, qui reconnaît le génie de Fritz Lang, Métropolis « vante la prétendue réconciliation du capital et du travail par la médiation du cœur », [Ibid, p.172]. Si par certains aspects, cette superproduction anticipe ce que sont devenues nos villes aujourd’hui, elle témoigne d’abord d’une interrogation sur ce que doit être la ville. Il faut « un médiateur entre le cerveau et les mains, et ce médiateur doit être le cœur ». On a souvent vu dans cette parole de Maria une parabole chrétienne, alors que, plus radicalement, c’est le développement de la Cité occidentale en tant que tel qui est repensé : comment éviter l’apocalypse ? En fondant à nouveau la ville-mère sur une tripartition harmonieuse, répond à sa manière le film de Lang. Dès sa sortie, Métropolis a frappé par la hardiesse de ses décors et de ces prises de vues. Plus de soixante dix ans plus tard, c’est encore là que réside sa profonde modernité.

[4] AMENGUAL Barthélemy, Clefs pour le cinéma, Paris, Seghers, 1971.

 
Par Lady Ada
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Samedi 10 janvier 2009


C’est LA grande affaire de ce début d’année. LE grand sujet sur lequel nous nous devons d’avoir un point de vue, profondément indigné bien sûr, sans quoi nous ne sommes probablement que des citoyens irresponsables (puisque la capacité politique d’un citoyen se mesure désormais à la seule force de son indignation).

 

Je parle évidemment de l’offensive menée depuis le 26 décembre par l’Etat d’Israël contre les forces du Hamas dans le territoire de Gaza.

Il est peu d’évènements qui donnent lieu à un tel déluge de réactions stupides et caricaturales aux quatre coins de l’Europe, comme à un tel nombre de manifestations de soutien au Hamas. En fait, il est peu d’évènements qui déclenchent un tel lot de réactions épidermiques à l’échelle du continent que ceux liés de près ou de loin à ce trou désertique et minuscule : Israël.

 

Et c’est justement à quelques réactions entendues en Europe, et à elles seules, que je m’intéresserai ici.

Je ne traiterai pas du conflit israelo-palestinien, ni dans sa profondeur historique, ni dans ses manifestations actuelles, me contentant de quelques constatations évidentes :

- un conflit, ça fait des morts, et pas toujours combattantes. En fait, depuis la seconde guerre mondiale, les conflits font systématiquement plus de morts civiles que de morts combattantes. Or, le taux de morts civils dans l’offensives actuelle à Gaza ne se monte qu’à 30%, d’après les sources palestiniennes.

- cela relève d’ailleurs du miracle (on l’appellera la « magie » technologique et tactique), dans la mesure où la population de gaza est composée pour plus de 50% d’enfants (la population gazaoui ayant l’une des fécondités les plus élevées au monde).

 

Il s’agit donc bel et bien d’une guerre, mais qui n’est ni une « guerre sale » (j’aimerai bien que ceux qui emploient cette expression m’expliquent ce qu’est une « guerre propre » : des attaques suicides d’enfants, peut-être ?), ni une « guerre d’extermination », ni un « génocide » (le bon goût impose de ne pas en détailler les raisons).

 

Pour ce qui est de la « guerre d’agression », je serais aussi très heureux qu’on explique le terme. Ou, plus précisément, qu’on me cite l’exemple d’une guerre qui ne soit pas une guerre d’agression… Imaginez franchement le cas : « bonjour, en raison de nombreux désaccords, et en conséquence des désagréments subis suite à la présence de nombreux groupes terroristes sur votre territoire, j’ai l’obligeance de vous demander la permission de mener une guerre sur tout ou partie de votre territoire national. Pourriez-vous, s’il vous plait, faciliter le déplacement de mes troupes et favoriser autant que possible l’accueil de celles-ci en ordonnant aux vôtres de ne pas leur tirer dessus ? Merci. »

Tu te diras, cher lecteur, que j’omets par là la grande distinction qui peut être faite entre guerre d’agression et guerre défensive, ou encore entre guerre juste et guerre injuste.

 



I. Qu’est-ce qu’une guerre d’agression ?

 

 

En fait, la volonté de rechercher un agresseur dans une guerre est née avec la Première Guerre Mondiale. Au XIXeme siècle, il n’y avait pas d’agresseur, juste des puissances qui usaient légitimement de leur droit régalien. La guerre, depuis le XVIIeme siècle et ses rois tout-puissants, était justifiée par la raison d’Etat. Cette « raison » elle-même s’appuyait sur l’idée d’un Etat souverain telle que développée théoriquement par Hobbes et mise en pratique dans sa forme absolutiste en France et dans sa forme libérale en Angleterre. Toute la théorie politique du XVIIeme siècle a tendu à montrer qu’il existait des voies d’action propres aux Etats (dont les guerres), et qui n’obéissaient à aucune norme morale commune.

 


Les Etats, dans leur rapport avec les autres Etats, ont en quelque sorte leur raison que la raison ignore. Ou, plus précisément, les raisons qui peuvent conduire à un conflit tiennent souvent de mobiles si complexes, si imbriqués, qu’il est parfaitement vain d’essayer de trouver l’ensemble des raisons qui conduisent à une guerre, et encore plus d’essayer de trouver qui, de tous les Etats en guerre, est le plus responsable de la situation conflictuelle
[1]. Aussi Louis XIV, et ses descendants jusqu’au XIXeme siècle, s’en tiennent-ils à une raison d’Etat qui permet finalement de limiter l’impact des guerres.

 

Aussi, pour les théoriciens classiques de l’Etat, s’il est sain de dire que la guerre est un mal, il est en revanche vain d’essayer d’en faire un argument de paix. L’Etat qui déclenche une guerre le fait pour accroitre sa puissance, ce qui est le but de tout Etat. S’il réussit, tant mieux pour lui, et si ses adversaires essayeront de l’amputer de ses conquêtes lors des négociations de paix afin d’amoindrir leur défaite, ils ne lui reprocheront en aucun cas d’avoir essayé de s’accroître ou d’y avoir réussi. S’il échoue, tant mieux pour ses adversaires qui essayeront certainement de pousser leur avantage lors des négociations de paix, mais, encore une fois, ne lui reprocheront pas d’avoir tenté d’augmenter sa puissance.

 

Tout bascule en 1914 : le fratras idéologique qui sous-tend ce conflit fait sortir les Etats européens de leurs gonds. Le nationalisme exalté à une échelle jamais vue, la xénophobie, permettent à la logique guerrière de se mettre en place jusqu’au point où elle se nie elle-même, envoyant à la mort des millions d’individus sans qu’aucun critère d’efficacité tactique, voire de victoire à long terme, puisse clairement être dégagé.

A la fin de cette monstrueuse absurdité, dans un continent transformé en musée des horreurs, il fallu bien faire quelque chose qui ressembla à une paix : on fit donc le Traité de Versailles.

Mais comme le savait bien Talleyrand, et, avec lui, toute la grande tradition diplomatique européenne, on ne négocie pas un Traité avec les trippes. Et, de même que la haine de Bonaparte face à la Prusse et à l’Angleterre ne pouvaient mener qu’à sa chute, la haine des négociateurs français face à l’Allemagne ne pouvait mener qu’à l’échec de Versailles.

 

Première conséquence de cette haine, et probablement la plus importante : l’Allemagne fut considérée comme seule responsable du déclenchement de la guerre en 1914.

Seule responsable : oubliés l’entêtement des Russes, le nationalisme des Serbes, la légèreté des Anglais, oubliés les systèmes d’alliances dangereux, oubliées les erreurs d’interprétations entre chancelleries, toutes ces petites erreurs et ses aléas insignifiants  mais qui, s’accumulant, aboutissent à la catastrophe finale. Oubliées les leçons des classiques sur la complexité du réel, la multitude inextricable des responsabilités. Non : il fallait un responsable. Plus : il fallait un coupable !

Evidemment, ce fut l’Allemagne. On connaît les suites de ce procès, et je ne m’étendrais pas dessus.

 

Il est donc évident qu’il y’a, à la base de l’accusation de « guerre d’agression », en elle-même parfaitement absurde, quelque chose qui tient plus du procès et de la singerie morale que de la recherche de causalité et d’explication qui, seuls, permettraient de qualifier correctement un évènement.

Une guerre d’agression, c’est donc le nom que l’on donne à une guerre que l’on n’approuve pas.

 



II. Qu’est-ce qu’une guerre défensive ?

 

Commençons par un exemple, impliquant, encore et toujours, le sémillant Etat d’Israël : la Guerre des Six Jours.

Cette guerre commence le 5 juin 1967 à 7h45. A cette heure là, l’aviation israélienne qui volait à très basse altitude pour échapper aux radars attaque l’aviation égyptienne clouée au sol et l’anéantit en moins d’une demi-heure (309 des 340 chasseurs et bombardiers détruits). Dès lors, disposant d’une supériorité aérienne totale, les Israéliens auront tôt fait de conquérir le Sinaï, le Golan et la Cisjordanie contre l’Egypte, la Jordanie et la Syrie coalisées, et ce en 6 jours seulement.

 

De toute évidence, et comme le pensera De Gaulle, il s’agit d’une guerre d’agression. Israël a lancé l’attaque, prenant au dépourvu l’Egypte. Et pourtant, c’est faire fi du contexte que de penser cela : les pays arabes, et en premier lieu l’Egypte, mobilisaient leurs troupes depuis plusieurs jours. Les discours de Nasser appelant à l’éradication d’Israël, la remilitarisation programmée du Sinaï, les attaques syriennes depuis le Golan et, enfin, le blocus du détroit de Tiran montrent assez clairement aux israéliens que, s’ils ne prennent pas l’initiative de l’attaque, ce sont leurs ennemis qui la prendront. Dans ce cas là, quelle est la juste limite entre attaque et défense ? Israël n’est-il vraiment qu’un pauvre Etat se défendant pour survivre ? Assurément pas, puisqu’il lance l’attaque et conquiert d’immenses territoires, comparativement à sa taille minuscule. En même temps, ces territoires (Sinaï et Gaza, Golan, Cisjordanie) sont autant de zones tampon censées assurer à Israël une profondeur stratégique en cas d’attaque de ses ennemis (restés belliqueux, comme le prouvera la guerre du Kippour). Ils sont donc un glacis défensif. Mais ils sont aussi et surtout des conquêtes guerrières.

 

Où s’arrête la guerre défensive et où démarre la guerre de conquête ?

En ce qui concerne Israël, la question est d’autant plus sujette à débat qu’une partie de ceux qui mènent le débat ne reconnaissent pas la légitimité de cet Etat. C’est une chose propre à Israël et qu’on ne retrouve pour aucun autre pays. La conséquence sur la perception qu’on peut avoir des guerres israéliennes est énorme : n’ayant pas le droit à l’existence, toute guerre qu’Israël mène pour se défendre est injuste, et donc agressive. Cela est très visible dans une partie de la gauche européenne qui semble s’être fait une spécialité dans la critique systématique des guerres menées par Israël.

 

Qu’est-ce donc qu’une guerre défensive ? Comme vous l’aurez deviné, essentiellement une guerre dont on partage les intérêts (comme Cicéron l’avait prouvé, lui qui considérait que Rome n’avait jamais mené que des guerres justes).

 

Intéressons-nous donc maintenant à la question suivante :

 



III. Pourquoi les gauches européennes détestent-elles Israël ?


 

J’ai déjà abordé ce problème ici. Je ne vais donc pas m’étendre outre mesure. Israël se trouve au centre d’un faisceau de tout ce que la gauche européenne (à la notable exception de la gauche allemande, pour des raisons évidentes) considère comme horrible :

- Israël est un Etat-nation. Pire, il en est fier quand il devrait s’en sentir coupable. Il a son propre destin d’Etat-nation, ne dépend de personne et ne se sent de culpabilité envers personne ni envers aucune partie de son histoire.

- Israël est un Etat qui, horreur, n’a pas le moins du monde axé son identité sur les suites de la Shoah. Ainsi, au lieu d’agir comme tout bon palestinien et passer son temps à pleurer sur le passé et revendiquer que les Européens payent pour ce qu’ils lui ont fait, il vit très convenablement, sans emmerder personne, et en ayant les meilleurs rapports du monde avec l’Allemagne.

- Ce qui tombe mal, puisqu’Israël, du fait de son statut d’Etat juif, a un devoir d’exemplarité démocratique. Et selon la bonne vieille règle de tout stalinien qui se respecte selon laquelle il faut être modéré avec les durs et dur avec les modérés, nos bons gauchistes ont tôt fait de noter toutes les erreurs israéliennes quand celles des 80 dictatures arabes qui entourent l’Etat hébreux leur passent encore sous le nez.

- Israël a du chasser des populations arabes pour maîtriser son territoire en 1948, et les israéliens ne passent pas leurs journées à s’autoflagéler à cause de ça. Ce n’est assurément pas la page la plus glorieuse de son histoire : pourtant, peut-on trouver beaucoup d’Etats dans le monde qui, dans leur premier temps et lorsqu’ils affrontaient des périls extrêmes, n’ont pas agit de la manière la plus violente pour sauvegarder leurs intérêts ?

- enfin, le dernier problème, et le plus important : Israël mène des guerres. Quoi, mais comment Israël peut-il rester un Etat civilisé en menant des guerres ?

 

Derrière les petites pointes, j’aimerai revenir sur un point précis qui, me semble-il, constitue le cœur des critiques que la gauche européenne adresse à Israël : la pleine intégration du fait militaire dans la politique et la société.

Celle-ci est réelle, et se voit à plusieurs niveaux : la forte présence d’anciens généraux dans la classe politique (Ehoud Barak aujourd’hui), le maintien du service obligatoire de 2 ans, la forte mobilisation des réservistes en cas d’appel (plus de 100% cette année, c'est-à-dire que même des non-appelés s’engagent) ou encore la facilité avec laquelle les décisions militaires sont disséquées et discutées dans les médias, y compris en temps de guerre.

 

Cela reflète une compréhension du fait militaire qui n’existe plus en Europe, puisqu’on a choisit de le rejeter radicalement en 1945. Contre les classiques qui nous ont enseigné l’opposition existant entre l’état de droit régissant les rapports des citoyens à l’intérieur des Etats (libertés, droit civil, Constitutions) et l’état de nature régissant les rapports entre Etats (guerre et paix), nous nous sommes plus à croire que, désormais, l’état de droit régirait aussi les relations entre Etats. C’est ainsi que nous avons entendu vaincre la guerre en Europe. Même si cela n’est qu’un mythe, nous nous plaisons à croire que la guerre a été bannie du monde comme elle l’est de l’Europe, et que les Etats dans le monde qui y ont encore recours ne sont que des formes régressives obéissant à l’état de nature. C’est pourquoi le « phénomène Israël » nous est incompréhensible, à nous, bons Européens. Pourtant, nous aurions tort de croire que les relations entre Etats sont passées partout, uniformément, à l’état de droit. Ce n’est pas, et ce ne sera probablement jamais le cas. Tant qu’il y’aura Etats, il y’aura tensions.

 

 



IV. Pourquoi aimons-nous autant les Palestiniens ?

 

Dans son Antichrist, le philosophe allemand Fredrich Nietzsche (1844-1900) démontait la toile complexe de l’amour chrétien. Il montrait que derrière cet « amour » résidait en réalité la plus féroce haine jamais inventée : la haine de soi. Les évangélisateurs (et, en premier lieu, Paul de Tarse) ont promu, contre l’enseignement de Jésus, une haine de soi et une haine de la vie qu’ils ont vendue comme un renoncement à toute chose matérielle, et un renoncement à cette vie contre la « vraie vie » que chaque bon chrétien connaîtra… après sa mort, bien sur. Ainsi, pour Nietzsche, il n’est pas un domaine de la pensée chrétienne qui ne soit épargnée par ce qu’il considère comme la perversion suprême des esprits : l’amour de l’autre comme haine de soi, l’amour de Dieu comme haine des hommes, la vie sainte comme haine du corps et de la vie et, plus encore, la vérité comme haine du réel, comme déformation d’un fait mis au service de la logique pervertie du christianisme.

 

Il y’a, dans l’amour immodéré de certains pour ces pauvres Palestiniens, bien plus de la haine de soi que de l’amour de l’autre.

Pour aimer, pour aimer réellement, il faut être généreux. Il faut donner, gratuitement, de sa propre force vitale, il faut illuminer. Le véritable amoureux du peuple palestinien pleure et se désole de le voir voter pour le Hamas, car il sait que ce mouvement n’est que la sangsue qui va vivre et prospérer sur le malheur de son peuple. En même temps, le véritable amoureux aime son peuple dans ses erreurs, c'est-à-dire dans sa complexité : il saura qu’on n’attribue pas les responsabilités simplement et, s’il se révoltera contre l’attaque israélienne, c’est surtout parce qu’elle retardera encore le moment où, enfin, le peuple palestinien pourra se tenir droit, avoir sa reconnaissance internationale, son Etat, et vivre normalement comme tous les autres peuples.

 

En revanche, l’amoureux « haïsseur » du peuple palestinien ne l’aime qu’en tant qu’il est une victime. Il ne souhaite pas, au fond, que le peuple palestinien accède à son Etat : cela le priverait d’une victime à plaindre et, partant, d’un coupable à haïr. Que le peuple palestinien soit la proie de déchirements internes, que ses dirigeants soient de sombres brutes et/ou des incompétents finis ne l’intéresse pas le moins du monde. Le Palestinien n’existe pas pour lui comme réalité historique, mais seulement comme essence morale au service de ses fantasmes politiques. Or, une essence n’a pas de complexité, elle n’a pas de goût ni d’odeur, elle est une et indivisible. Le pire cauchemar du haïsseur est évidemment que le peuple palestinien devienne un peuple comme les autres. Ainsi, le gauchiste européen moyen pourra t-il aisément devenir un allié objectif des gens du Hamas. Et il n’est que nos petits chéris de communistes français pour s’étonner de se retrouver aux côtés de Jean Marie Le Pen dans le grand combat contre « l’impérialisme sioniste ».

 

Ce d’autant plus que l’amour immodéré envers les palestiniens va de pair avec une haine, tout aussi tranchée, pour Israël. Encore une fois, cette haine ne se base pas sur ce que fait cet Etat, mais sur ce qu’il est. Sachant que « ce qu’il est » se résume à un ensemble de fantasmes. Israël est devenu la figure immorale suprême de notre temps, le grand Lucifer déchaîné armé de ses tridents et de ses buchers, et, est-il besoin de le signaler, détachée de toute réalité matérielle, historique et de tout sens commun. Peu importe l’instabilité ministérielle, la fragmentation parlementaire, les manifestations pacifistes à Tel-Aviv, les critiques de la presse israélienne (elle est libre, c’est d’un mauvais goût !). Israël est le mal, ne le voyez-vous donc pas ldans les JT ??

 

On a ainsi, mis en scène aux quatre coins de l’Europe, le combat entre deux fantasmes. Il faut vraiment que les gauches européennes s’ennuient, ou qu’elles soient désespérése, ou un brin nihilistes peut-être, pour se laisser aller à ce genre de mise en scène grotesque dans lesquelles elles s’auto-instrumentalisent en faveur du Hamas et de ses alliés.

 


En attendant, malgré tous ces micro-évènements de notre petite province européenne, le monde continue à suivre son cours, et Israël continue son petit bonhomme de chemin, sous les regards des médias du monde.

Qui sait, peut-être un jour, réapprendrons-nous comment on fait l'histoire. Ce jour là, c'est alors de là-bas qu'ils nous regarderons. ;-)

Lady Ada



[1] Il n’est qu’à voir l’extrême précaution et les multiples  niveaux de causalités auxquels Thucydide recourt au début de son Histoire de la Guerre du Péloponnèse pour comprendre l’extrême perspicacité et le recul prodigieux nécessaires à ce genre d’exercice.


Par Lady Ada
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Mercredi 7 janvier 2009


Que de temps!

Déjà 4 mois que ce modeste foyer paneuropéen est en repos, lui qui semble plus, ironie du sort, avoir été le journal de cette guerre russo-géorgienne qui s'est emparée de toute mon attention durant l'été 2008 que le journal de combat paneuropéen que j'entendais mettre en place au départ.


Depuis, une activité professionelle qui prend du temps, de l'attention. Mais surtout des lectures nombreuses, tenant de la politique et de la philosophie politique. Foucault, Manent, Gauchet, Popper... Et toutes ses lectures, si elles enrichissent ma perception de la politique et l'enracinent dans la terre solide de la grande tradition européenne, loin des marécages de la postpolitique, de la posthistoire, et autres fumisteries portées à grand cri "d'écologie", de défense des "minorités opprimées" et d'autres "mouvements alternatifs et citoyens", ne forment pas encore un tableau assez clair, assez cohérent dans mon esprit pour que je puisse en faire quelque chose.


C'est pourquoi ce blog, que j'ai pris un plaisir sans mélange à rédiger, est au repos après une brêve et intense activité cet été.


Mais, dès lors, pourquoi donc faire un nouvel article? me demanderas-tu, ô lecteur éclairé.

Pour la bonne et simple raison que, comme tout bon parasyte sachant vaillament profiter du travail d'autrui tout en s'en attribuant le mérite, je n'ai pas eu à rédiger cet article. De cela, c'est un commentateur de blogs nommé Dante qui s'en est chargé.

Et il a commis un exploit, réussissant en effet à traiter, sans s'endormir, des institutions de l'Union Européenne. Non pas les traiter à coup de raccourcis faciles ou de rodomontades, mais entrer dans leur complexité pour en retirer la substantifique moelle bureaucratique et kafkaienne.


Le Parlement européen à Strasbourg



Logique contradictoire d'un organisme qui n'est rien de plus qu'un compromis entre Etats souverains, mais que ces mêmes Etats tendent à transformer en quasi Etat fédéral ou en simple parasyte suivant leurs intérêts du moment. Logique contradictoire d'une Union forcément non démocratique, puisque, pour qu'elle soit démocratique, il faudrait encore qu'elle fut un Etat.


Je vous laisse donc, chers lecteurs, découvrir l'article de Dante :




UN SECOND MYTHE DE LA CONSTRUCTION EUROPEENNE :

LA DEMOCRATIE

 


 

     Qu’il me soit tout d’abord permis de remercier Lady Ada pour accepter la publication sur son blog d’un article dont le sujet me tient à cœur. Cette confiance qui m’est témoignée incarne la clé d’un véritable dialogue et il convient de la souligner avec la gratitude requise. Ayant peu l’habitude de l’exercice du blog, qu’il me soit pardonné les maladresses ou les imprécisions que cet article comporte.

     Conscient de l’esprit de ce blog qui vise à convaincre, je voudrais toutefois préciser la démarche de cet article. Il n’a d’autre prétention que celle de proposer un regard sur un élément constitutif du discours et de la construction européenne. Il sera donc à la fois une suite de l’exploration des mythes de la construction européenne, initié autour du thème de la paix, et à la fois une modeste contribution, venant d’un autre regard (idéaliste qui plus est, mais personne n’est parfait :-)), au débat.

      En dépit des graves réserves et critiques que je serai amené à formuler, je reste un pro-européen car le projet européen me paraît nécessaire, lucide et réaliste. Aussi durs, aussi acides que puissent être mes propos à l’égard de la construction européenne telle qu’on l’a connu ou telle qu’on la connaît aujourd’hui, mon but est de demander plus d’Europe, et en premier lieu une Europe politique qui s’inspire des principes et des valeurs démocratiques sur lesquelles elle a longtemps prétendue se fonder.

           Le principal écueil qui met l’Europe en faillite est le refus d’associer les peuples à la vie de l’Union Européenne. Il convient ici, une fois n’est pas coutume, de préciser de quoi nous parlons, à savoir de démocratie [1]. Lorsque nous avons été à l’école, nous avons appris que la démocratie était le passage d’une époque où tous les pouvoirs émanent du roi, de droit divin, à une époque où tous les pouvoirs émanent du peuple. Selon le Larousse, la démocratie se définit comme un « régime politique où la souveraineté est exercée par le peuple ». Sur la base de ce principe, cette notion s’exerce par des pratiques et des modalités précises telles que la liberté (individuelle et collective), la séparation des pouvoirs, le contrôle de conformité (afin de pouvoir exercer un contre-pouvoir).

      La démocratie est en soi un concept et l’examiner à l’échelle de l’Europe dans la perspective d’une constituante mythologique forme un défi. Il convient pourtant de le relever.

 

POURQUOI POSER LA QUESTION DEMOCRATIQUE EN EUROPE ?

 

     1/ Tout d’abord parce qu’il est temps de redéfinir la nature profonde et la place que nous accordons à la démocratie. La sacralité dont elle se pare pour les partisans acharnés de « tout référendum » interroge aussi bien que son contournement pur et simple par de multiples acteurs. Elle révèle un motif de résistance et l’espoir d’un consensus. Dans une époque où l’appel à la nuance passe soit pour de l’indifférence – voire du centrisme mollasson – soit pour de la bonne conscience, parler de démocratie semble incongru. Pourtant, nous n’avons jamais été aussi nombreux et notre sentiment d’unité n’a jamais été aussi rare. La question démocratique est donc au cœur des enjeux pour assurer le vivre ensemble. Qu’elles que soient les modalités que nous envisageons à un projet de société, le sens et la place de la démocratie sont déterminants.

     2/ Ensuite, ce défi mérite d’être relevé pour que la pratique démocratique se donne les garanties d’une existence et d’une pérennité. Le constat, en ce qui concerne l’Europe et son histoire en rapport à la démocratie est d’une terrible ambigüité. Tant, que les responsables européens eux-mêmes en sont conscients. Beaucoup s’accordent à dire que si l’Union Européenne en tant que telle, à l’image d’un pays demandant à entrer dans l’Europe, demandait à y entrer, elle ne le pourrait pas car elle n’est pas démocratique. Cette « blague » qui circule rend compte de la terrible acculturation à la fatalité d’un système qui se complaît dans sa bureaucratie et qui n’en sortira probablement jamais, sauf sursauts. Si les citoyens sont aussi responsables que leurs représentants en la matière, ils ont un vrai rôle à jouer pour redonner à la pratique démocratique sa place fondamentale dans le projet européen et la conduite d’une véritable politique commune.

     3/ Enfin, le défi doit être relevé car il en va de notre définition même de l’Europe. A quoi pensons-nous lorsque nous parlons de l’Europe ? Ou plutôt : A quoi devrions-nous penser pour bâtir un destin collectif qui se donne les moyens de sa politique ?

 

DEMOCRATIE EN EUROPE : REALITES ET MYTHES

 

     On ne construit pas une idée sur des abstractions, disaient certains européens à la fin de la 2nde Guerre Mondiale. Aussi critique qu’il faut l’être à l’égard de la construction européenne actuelle, reconnaissons que ce « mythe démocratique » repose sur une réalité. La majorité des citoyens espèrent la poursuite du projet européen initial : il s’agissait de prévenir le retour de la peste brune du fascisme et d’amener les peuples européens à faire société. Le généreux projet de départ, rapidement rattrapé par des préoccupations davantage d’ordre économique que politique, entendait contribuer au plein exercice de la démocratie.

     Mais les pétitions de principe, aussi belles soient-elles, ne font pas les réalités. Au mieux, elles les influencent. Mais les récentes évolutions de la construction européenne (si tant est que le mot « construction » puisse s’appliquer) nous invitent à un simple constat : l’Europe se gargarise d’idéal démocratique mais s’avère incapable d’en faire le plein exercice et de le défendre, aussi bien dans ses territoires que dans le reste du monde.

 

1/ Textes et pratiques élitaires et élitistes

 

     Un des aspects les plus problématiques de l’Europe est qu’elle ne s’adresse pas à ses citoyens. Comment, dès lors, s’étonner de ce que les experts appellent dans leur jargon politiquement correct « la crise de confiance » ? Robert Cox, ancien fonctionnaire européen, dit dans un texte : « Que manque-t-il à l’Europe ? Il lui manque le soutien de son opinion publique. Malgré ses discours, l’Union Européenne n’a jamais été une Europe des citoyens [2] ». Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, les thèmes de l’identité et de la citoyenneté européennes ont été mis en avant. Mais avec quels résultats ?

     Les différents traités européens, et notamment les derniers en date, transpirent le langage technocratique. Il est compréhensible que les éléments techniques et complexes soient gérés par les responsables politiques et les experts, mais il reste incompréhensible que l’on soumette aux citoyens européens des textes élaborés dans un langage juridique difficile d’accès sans expliciter avec honnêteté les tenants et les aboutissants. Combien de citoyens européens ont lu, par exemple, le Traité Etablissant une Constitution pour l’Europe avant d’être amenés à se prononcer ?

     Comme d’habitude, on fait comme si. Mais on donne la parole sans créer les conditions pour que cette parole puisse s’exprimer avec responsabilité. Comme si on créait un droit sans créer les conditions qui permettent de l’exercer. Sans crier au complot, il est toutefois permis de penser que les élites européennes misent très fort sur le fait que les citoyens ne lisent pas les textes. C’est d’autant plus vrai qu’avec le Traité Modificatif (dit de Lisbonne), les décideurs ont tout fait pour que les citoyens ne puissent pas le lire. Il est à ce jour impossible de lire le Traité Modificatif tel quel car on en a pas fait une version coordonnée, c’est-à-dire un texte qui met en parallèle le texte ancien avec ce qui est modifié. Ce qui est disponible sur le site des institutions européennes, par exemple, est la chose suivante : « article 3, amendement au paragraphe 2, libellé comme suit » et il faut aller chercher le texte précédent auquel il est fait référence. L’Assemblée Nationale a d’ailleurs été obligé d’élaborer un texte coordonné pour que nos élus puissent comprendre quelque chose, de même qu’un collectif de juristes de l’université de Bruxelles. Spontanément, le texte n’est pas mis à notre disposition.

     Quant aux pratiques, elles confirment l’esprit de confidentialité qui couronne certaines prises de décision. Connaissez-vous, par exemple, le Comité 133 ? Ce Comité est composé d’un expert par pays (donc 27 experts actuellement). Ce sont des hauts fonctionnaires qui assistent un commissaire européen. Ce sont eux, en réalité, qui donnent ou pas le feu vert. Les réunions du Comité 133 se tiennent à huis clos et les ordres du jour sont confidentiels. Les documents du Comité 133 ne sont pas publics et il n’y a pas de procès-verbaux. Au sein du Comité 133 se décident pourtant des projets de société selon des chercheurs qui ont pu récupérer certains de ses textes. Ce système là ne change pas et les parlementaires européens, par exemple, ne peuvent pas avoir accès à ces textes. Pourtant, ces textes ne sont pas secrets pour les lobbies. Des réunions se sont tenues, par exemple, entre le Comité 133 et le Forum européen des services, c’est-à-dire le lobby européen qui regroupe toutes les firmes privées prestataires de services.

     Dernière illustration de ces pratiques, l’élaboration du Traité Etablissant une Constitution pour l’Europe (T.C.E). Le titre de ce traité est déjà en soi un oxymore, qui n’a aucun sens sinon celui de la communication. La rédaction du T.C.E, à valeur constitutionnalisant selon l’article 6 qui établit une hiérarchie des normes, a été confiée à une Convention convoquée par la déclaration de Laeken en décembre 2001 et qui a mené ses travaux du 28 février 2002 au 18 juillet 2003, date à laquelle son président, Valéry Giscard d’Estaing, a officiellement transmis au Conseil Européen le « projet de traité établissant une Constitution pour l’Europe ». Notons d’emblée que ce n’est pas ce qui lui avait été commandé. En effet, selon la déclaration de Laeken, les missions principales de la Convention consistaient à présenter des propositions pour simplifier et unifier les traités européens (« sans en changer le sens »), améliorer l’efficacité des processus de décision et démocratiser les institutions. La Convention s’est donc octroyée un droit qu’elle n’avait pas en érigeant son travail comme la Constitution pour les peuples d’Europe. Rappelons que les membres de cette Convention, aussi respectables soient-ils, sont des personnes cooptées, donc ni élues, ni représentatives du suffrage populaire. Pour couronner le tout, la Convention était composée à 60% de responsables politiques issus de la droite libérale. Allant à l’encontre de ce que prescrit la communauté internationale pour établir une Constitution (vote d’une Assemblée Constituante, présence de cahiers de Doléance) et à l’encontre des principes démocratiques, ce texte a cantonné la liberté d’expression à la simple ratification. Et encore fallait-il que cette ratification se fasse d’une manière aussi hétérogène qu’incohérente.

 

2/ Une Commission Européenne qui détient le monopole de l’initiative législative

 

      Depuis 1957, la Commission Européenne bénéficie du monopole de l’initiative législative. Cela signifie que seule la Commission européenne peut proposer un texte. Ni le Parlement, élu au suffrage universel, ni le Conseil des ministres, composés de gens qui ont des comptes à rendre, n’ont le droit de faire des propositions. Le Traité Etablissant une Constitution pour l’Europe, sanctionné par le « non » français et hollandais en 2005, et le Traité Modificatif (dit de Lisbonne) n’ont fait que confirmer cet état de fait. L’ensemble de ce dispositif implique que si le Parlement demande à la Commission de faire un texte sur un sujet et que la Commission refuse, il n’y a pas de proposition. Cela signifie qu’une institution composée de personnes qui ne sont pas élues et qui n’ont pas de compte à rendre peut s’opposer aux institutions issues du suffrage universel. Ce principe a été mis en pratique puisque, par exemple, à 6 reprises, le Conseil des Ministres ou le Parlement, voire même les chefs d’Etats et de gouvernement, ont demandés à la Commission Européenne d’élaborer un texte sur la question des Services d’Intérêt Economique Général. Et à 6 reprises, la Commission a refusé. La Commission peut donc s’opposer à une législation, contre l’avis des élus ou de ceux qui ont des comptes à rendre. La force du suffrage universel est ainsi altérée et le demeure.

 

3/ Un Parlement ou une Assemblée d’élus européens ?

 

     Tout cela nous amène à poser cette question volontairement provocatrice : le Parlement Européen, dont les membres sont élus au Suffrage Universel depuis 1979, est-il digne d’être appelé Parlement ou Assemblée d’élus ?

     Au niveau institutionnel, les principes démocratiques sont occultés. Un des articles, par exemple, déclare : « Le Parlement européen exerce conjointement avec le Conseil [3], les fonctions législatives et budgétaire. Il exerce des fonctions de contrôle politique et consultatives conformément aux conditions prévues par la Constitution. Il élit le président de la Commission[4] ». Deux éléments sont à retirer de la lecture de cet article : il n’y a pas séparation des pouvoirs et le parlement n’est pas, comme cela devrait être le cas en démocratie, la source de l’exécutif. En effet, sur l’élection du président de la Commission européenne, l’article 27 vient contredire l’annonce faite à l’article 20 : « En tenant compte des élections au Parlement européen, et après avoir procédé aux consultations appropriées, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose au Parlement européen un candidat à la fonction de président de la Commission (…) [5] ». Le Parlement dit oui ou non, à travers l’élection, mais ne peut pas proposer un candidat. Le Traité Modificatif (dit de Lisbonne) a entériné cette dérive.

     Certains diront : « arrêtez de noircir le tableau ! Il y a des points positifs ». Cela est vrai. Le Parlement qui ne pouvait décider que sur 32 matières va pouvoir le faire sur 80 ; les parlements nationaux sont davantage associés à la possibilité de réagir à des propositions de la Commission européenne ; le Parlement pourra voter tous les budgets. Mais, et là nous entrons dans le surréalisme le plus adéquate à la bureaucratie telle qu’elle se pratique avec excellence en Europe, le Parlement Européen ne peut non seulement pas voter toutes les dépenses, mais il ne peut pas non plus voter les recettes. Comment dès lors proposer et mener une politique européenne ? Comment mettre en place des politiques économiques ambitieuses sur la recherche, par exemple, si le budget de l’Union reste « intégralement financé par des ressources propres [6] », ce qui exclut les emprunts, sans lesquels avec un budget plafonné à 1,27 % du PIB l’Union ne peut entreprendre aucune politique d’envergure ?

 

DEMOCRATIE ET QUESTIONS POLITIQUES    

 

     Nous l’avons vu, les réalités de l’Europe en matière de démocratie sont loin de correspondre à la vaste mythologie démocratique montée en mayonnaise pour accompagner le buffet froid de la politique. Ni la Commission européenne, ni le Conseil européen, l’un et l’autre comme collèges, ne sont comptables de leurs choix politiques devant les citoyen-ne-s ou leurs représentants, et ne peuvent être ni confortés, ni désavoués pour ces choix. La preuve ? Aux élections européennes du 13 juin 2004, avons-nous eu la possibilité de dire à l’équipe de Romano Prodi si nous étions contents ou pas de son travail ? Avons-nous eu le pouvoir de déclarer à l’organe qui par essence décide [7] si nous étions satisfaits ou pas ? Le 7 juin 2009, pour les élections Européennes, avons-nous ces mêmes possibilités face à l’équipe de José Manuel Barroso ? Non. Rien de tout cela. Il s’agit juste de confirmer une pratique, d’élire des représentants, et par la même d’entériner les orientations sans pouvoir les discuter. Qu’est-ce qu’une démocratie dans laquelle les citoyens ne peuvent ni conforter ni modifier les décideurs ?

     La question de la démocratie, outre qu’elle pose une interrogation fondamentale sur l’association des peuples à la construction européenne, introduit aussi des questions politiques importantes. Comment définir, par exemple, les domaines pouvant relever de politiques communautaires ? Comment équilibrer les responsabilités en laissant à chaque échelon politique la possibilité de jouer un vrai rôle politique ? Comment concilier les orientations générales et les dynamiques singulières ? Il serait bien long de répondre à ces questions et les réponses sont multiples. Mais prenons un exemple concret de l’articulation entre l’exercice de la démocratie et de la politique à travers la Banque Centrale Européenne afin de voir en quoi la démocratie est une vraie question politique qui dépasse son statut de valeur et de principe.

 

La démocratie comme question politique

 

    A Toulouse, nous sommes bien placés pour savoir que l’euro fort provoque des prises de position d’EADS qui va désormais faire construire des airbus hors zone euro. De telle sorte que les actionnaires d’EADS ne soient pas pénalisés. Quant au personnel, il essaiera d’aller travailler plus pour gagner moins ailleurs. C’est la conséquence de ce qui se dit déjà depuis le Traité de Maastricht. Il faut modifier le statut et les missions de la Banque Centrale Européenne. Il n’existe nulle part ailleurs un organe émetteur, une banque centrale, qui est totalement indépendante.

     Le Traité de Maastricht, en effet, a prévu au détours d’un de ses articles, que la Banque Centrale Européenne soit indépendante dans l’exercice de ses fonctions. Rappelons brièvement qu’à ce moment-là, cette disposition a été concédée par François Mitterrand au Chancelier allemand pour compenser la perte du Deutsch Mark. L’Europe est donc la seule entité politique internationale où le président de la banque centrale n’a de compte à ne rendre à personne et n’est pas sous contrôle. Son collègue américain est régulièrement convoqué par la commission des finances du Sénat des Etats-Unis pour expliquer la politique qu’il mène : « je bloque les taux d’intérêts, je les baisse, je les augmente et j’explique pourquoi ». Il rend compte. M. Trichet ne rend pas compte des politiques qu’il mène, et certainement pas à ceux qui ont des comptes à rendre aux citoyens européens. Sur les objectifs : la mission unique de la Banque Centrale Européenne est la stabilité des prix, donc la lutte contre l’inflation. La Banque fédérale des Etats-Unis se fixe comme ambition la stabilité des prix mais aussi la croissance économique et le plein-emploi. Le responsable de la gestion de la monnaie aux Etats-Unis, lors des décisions qu’il prend, tient compte de ces 3 objectifs. Le responsable de l’euro, lui, ne tient compte que d’une priorité : celle du monétarisme pur sucre.

     Cette indépendance de la banque centrale européenne fait débat. Elle est soutenue et critiquée aussi bien par des gens issus de la droite libérale que par des sociaux-démocrates. L’un d’eux, Jacques Delors, est convaincu de la nécessité d’un tel principe. Mais aujourd’hui, dans un contexte de fluctuations des valeurs de l’euro et du dollar, le système montre clairement ses limites. La Banque centrale européenne est aujourd’hui tellement indépendante qu’elle n’est même pas tenue de rendre publique ces délibérations ! Les citoyens européens, et surtout leurs représentants, n’ont pas le droit de savoir ce qui justifie les décisions qui gouvernent le coût de leurs crédits, la croissance et le chômage de leur pays.

     Ainsi, cet exemple pose une question essentielle : l’exemption de la démocratie ne mène-t-elle pas à une dissociation de l’économique et du social dans la pratique politique ? Comment construire une cohérence et une complémentarité entre des prérogatives purement économiques et financières et des politiques issues de la volonté des peuples européens si cette dissociation persiste ? Pourquoi cloisonner ainsi les objectifs alors qu’une société, en tant qu’entité politique, fonctionne sur l’articulation entre l’économie et le social ? Ici se trouve sans doute un point de départ intéressant pour le débat.

 

LA DEMOCRATIE PASSE PAR LA RESPONSABILITE

 

     La question démocratique associée à celle de l’Europe révèle les éternelles contradictions et les perpétuelles ambigüités des valeurs : sont-elles uniquement un idéal qui doit orienter les actes et les choix politiques ? Ne risque-t-on pas, à suivre sa logique jusqu’au bout, de piétiner le concept au lieu de lui donner vie et garantie de pérennité ? La démocratie, comme tout principe, ne doit pas être sacralisée, mais entretenue comme inspiration essentielle, comme guide pour appréhender le réel et y agir. Force est de constater que l’Europe en a fait un mythe sacralisé qu’elle a pourtant sacrifié sur l’autel du renoncement et de l’impuissance. Dans ce protocole de l’inaction et son repli cynique, l’Europe a oublié que la démocratie se pratique et se défend. Elle occulte non seulement de faire de la politique mais par-dessus tout l’esprit de toute responsabilité. C’est aussi par cette nécessaire reconquête de la responsabilité que la démocratie peut s’exercer et conjuguer l’égalité dans la liberté. En tant que question politique, la démocratie n’a pas besoin d’être érigée en mythe mais d’être une réalité qui n’a pas peur du conflit et du débat. Ainsi l’Europe pourra à nouveau porter, défendre des valeurs et faire de la politique.

 

 

 

[1] De « dêmos » (peuple) et « kratos » (puissance, pouvoir). Littéralement, la démocratie signifie le gouvernement par le peuple.

[2] Collectif les Amis de l’Europe, Prélude au débat 2001-2004 : à quoi sert l’Union européenne ?, septembre 2001, p.8

[3] Il s’agit du Conseil des ministres et des chefs d’Etats, c’est-à-dire du Conseil Européen.

[4] Traité Etablissant une Constitution pour l’Europe, Partie I, Titre IV « Les institutions et organes de l’Union », Chapitre I- Le cadre institutionnel, Article I-20, § 1.

[5] Traité Etablissant une Constitution pour l’Europe, Partie I, Titre IV « Les institutions et organes de l’Union », Chapitre I- Le cadre institutionnel, Article I-27, §1.

[6] Traité Etablissant une Constitution pour l’Europe, Partie I, Titre VII – « Les finances de l’Union », Article I-54, §2.

[7] C’est-à-dire le Conseil européen, conformément à la doctrine de l’Union Européenne : la Commission européenne propose et le Conseil décide.

Par Lady Ada
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Mercredi 24 septembre 2008

La nébuleuse du coeur et de l'âme


Continuons à sillonner la voie tracée dans les éthers, avec une série d’articles sur la politique spatiale européenne et ses implications dans la construction européenne.[1]

Mais avant de me lancer plus avant dans la politique spatiale européenne elle-même, un tour d’horizon mondial s’impose afin de te donner, à toi aimable lecteur, les moyens de comparaison qui s’imposent.

 

Legs de l’histoire de la « conquête spatiale », les Etats-Unis restent largement en tête des politiques spatiales puisqu’ils cumulaient en 2005 plus de 70% du budget mondial avec près de 30 Milliards de dollars par an (dont la moitié pour la NASA). L’Europe, arrivait en seconde position avec seulement 6 Milliards (dont la moitié pour l’Agence Spatiale Européenne – ESA, soit cinq fois moins que l’agence américaine). Le Japon, la Chine et l’Inde arrivaient après, avec des budgets modestes mais en rapide augmentation. Enfin, il faut souligner l’effondrement de la Russie dont l’effort spatial ne repose plus que sur des initiatives privées.

 

Des rapports à l’espace… pour le moins divers[2] :

 


Les Etats-Unis, une « civilisation orbitale » ?

 

Le poids des Etats-Unis dans le budget spatial global ne doit pas tromper : la politique spatiale américaine est en crise depuis les années 1970. Ayant bénéficié d’un engouement populaire aux motivations diverses et d’un soutien politique sans faille durant les années 1960, le (très onéreux) programme spatial américain perd sa légitimité et son sens une fois passé l’alunissage de 1969. A cela une raison très simple : l’alunissage signant une victoire symbolique totale sur l’URSS, la justification politique du programme spatial disparaît. Une raison plus complexe aussi, et tenant plus des mentalités américaines : le soutien populaire tenait en partie du rapport spécial que cette nation entretient avec l’espace, exutoire fantasmé d’une « destinée manifeste » par trop à l’étroit sur terre. Or, la crise d’identité profonde que le pays traverse dans les années 1970 (Vietnam, Watergate) émousse l’idée de la destinée manifeste et par conséquent la popularité de la politique spatiale.

 

Derrière le faste, la réalité : l'un des derniers lancements de la navette...


Le budget de la NASA ne permet donc plus les « folies » des années 1960 et se trouve drastiquement contrôlé par le Sénat. Les missions humaines dans l’espace sont largement désapprouvées au profit de missions automatisées beaucoup moins coûteuses et plus longues. D’autres parts, la NASA est progressivement dessaisie des programmes militaires confiés au Pentagone. Ainsi, l’agence spatiale américaine se voit-elle de plus en plus réduite à des rôles purement scientifiques et administratifs, sous les yeux d’un Sénat et d’une opinion publique intransigeants.

 

Une des conséquences futures de cet état de fait est l’impossibilité dans laquelle seront les Américains d’assurer des vols spatiaux habités entre 2009 et 2014. En effet, la NASA a été sommée d’interrompre les vols de la navette spatiale en 2009 alors que son prochain transporteur, la fusée Arès accompagnée de la capsule Orion, ne sera opérationnel qu’en 2014. Entre temps, les Etats-Unis devront demander aux Russes des lanceurs Soyouz pour pouvoir remplacer leurs équipes de la Station Spatiale Internationale (ISS) : en ces temps de grand froid diplomatique, il en est beaucoup à la NASA pour souligner l’absurdité de la politique spatiale de Washington. Mais la réalité est peut-être plus cruelle : l’Etat se désinterresse des missions habitées et de l’ISS, au point de pouvoir interdire de fait la présence d’Américains dans l’ISS si les Russes refusent de prêter leur lanceur Soyouz…

 

Si l’Etat se désintéresse de la « conquête de l’espace » en elle-même (station spatiale, missions lunaires ou projets martiens), il s’investit en revanche massivement dans le militaire spatial. De l’initiative de Défense stratégique[3] à la défense antimissile mise en place par Bush (le W), les Etats-Unis cherchent de plus en plus clairement à militariser l’espace orbital ou, du moins, à le contrôler afin d’en empêcher l’accès à d’éventuels rivaux.

 


Pour autant, cette volonté ne doit pas elle-même faire illusion : les Etats-Unis n’ont pas, et n’auront pas avant longtemps la capacité technologique de contrôler l’orbite terrestre. Ainsi, la première puissance mondiale est-elle pour l’instant dans la situation contradictoire d’un pays qui investit lourdement dans l’espace sans qu’aucune stratégie claire ne soit adoptée. Et le discours ambitieux de Bush prononcé en janvier 2004 ne doit pas tromper : en promettant l’installation permanente de l’homme sur la lune comme premier pas d’une future expédition vers Mars, il ne fait qu’honorer une tradition de la conquête spatiale américaine quelque peu désuète aujourd’hui[4].

 

Néanmoins (et là, c’est une extrapolation purement personnelle), les tendances actuelles semblent nous amener vers une disparition à long terme de la NASA, dont les activités militaires seront confiées au Pentagone, les activités scientifiques aux instituts de recherche normaux et les activités civiles à des entreprises privées. La NASA conservera peut être un rôle de police spatiale américaine comparable aux autorités portuaires ou au garde-côte. Cette évolution aurait d’ailleurs tout un sens : l’espace proche, puis de plus en plus lointain, se verrait intégré aux activités « normales » (scientifiques, militaires, commerciales) sans qu’aucune distinction ne soit faite avec la Terre, signant l’émergence d’un système politique et économique à l’échelle d’un système solaire colonisé.

 

Mais revenons des vertiges des siècles à venir pour nous intéresser brièvement aux politiques des autres puissances spatiales.

 

 



La Russie, un effondrement tous azimut :

 

Première puissance spatiale dans les années 1950-1960, l’URSS s’est ensuite progressivement désengagée de l’espace au fur et à mesure que se désagrégeait le système communiste. Les années 1970 voient encore quelques sondes soviétiques apporter des connaissances scientifiques à la communauté internationale[5] mais la fin de la guerre froide et les changements politiques apportés par la Perestroika mettent fin au programme spatial soviétique avant même l’effondrement de l’URSS. Depuis, les difficultés ont continué à s’accumuler : la station orbitale Mir, bien que merveilleux accomplissement technologique, est allée de difficulté en difficulté. Le site de lancement soviétique de Baïkonour n’appartient plus à la Russie mais au Kazakhstan (la Russie a néanmoins de grandes facilités dans le cadre de la CEI). Enfin, les lanceurs Soyouz qui faisaient la gloire de l’URSS dans les années 1970 sont eux-mêmes vieillissants quoique très fiables. A tout point de vue, l’effondrement économique des années 1990 a eu de graves conséquences sur le spatial russe. Et la restauration de la grandeur russe entreprise par Vladimir Poutine s’est pour le moment exclusivement axée sur l’armée, et aucunement sur le spatial. En 2005, le budget spatial russe était cinq fois inférieur à celui de la Chine avec seulement 0,4 Milliards de dollars.

 

                                                la mythique fusée Soyouz



La Chine, nouvel acteur du spatial :

 

Nous connaissons la démocratie depuis si longtemps que nous en venons à critiquer ce qui, pourtant, en est une des principales qualités. A savoir le trop plein d’informations qui nous submerge et constitue une esthétique propre, un système autogéré développant de lui-même sa propre puissance médiatique et symbolique, voire même ses propres formes d’art.

 

Nous y sommes à ce point habitués que nous en oublions qu’il existe encore des Etats dans lesquels l’information se distingue par son manque et non par son trop plein.

 

Ainsi, la Chine entra dans le club très fermé des nations à pouvoir envoyer seules un homme dans l’espace en 2005, et ce dans une atmosphère de secret. Un homme dans l’espace en Chine s’appelle un taïkonaute. Le petit côté playmobil de ce nom correspond bien à l’ambiance très kitsh dans laquelle nous renvoyait cet « accomplissement » pour le moins désuet. L’atmosphère de secret ayant entouré ce lancement (qui n’a été divulgué qu’après son succès) ne fait évidemment rien pour arranger l’image d’emblée plutôt dévaluée qu’on pouvait se faire de « l’exploit ». Et c’est bien dommage pour la Chine, comme pour nous. Car cette immense nation vient ainsi d’entrer dans la grande histoire d’une conquête spatiale qu’elle risque fort de bouleverser à coup de volontarisme kafkaïen mais efficace.

 

Tous les conditionnels devaient être utilisés en 2005 puisque les dépenses spatiales chinoises, pas plus que l’avancement des technologies, n’étaient vraiment connues. Néanmoins, les choses évoluent et la Chine tend à faire plus de publicité autour de son programme spatial : en témoigne cette mission qui doit conduire trois hommes dans l’espace, propulsés par le lanceur Longue Marche et la capsule Shenzhou VII. Ces taikonautes pourraient même tenter une sortie extravéhiculaire ce 25 septembre. Le budget chinois en 2008 est évalué à un peu plus de 4 milliards de dollars.

 

 

Enfin, d’autres puissances spatiales émergent comme le Brésil ou l’Inde (lanceurs à vocation militaire notamment). L’avenir dira quel est le rôle réservé à ces nations émergentes…

 

 

Plusieurs traités internationaux existent et réglementent certains aspects des activités spatiales :

 

Le traité le plus important est le Traité sur l’espace extra-atmosphérique. Conclu le 27 janvier 1967, il entre en vigueur le 10 octobre de la même année. Ce traité consacre l’espace extra-atmosphérique (orbite terrestre et principaux corps célestes) comme « patrimoine commun de l’humanité » et y interdit toute activité militaire.

 

Deux autres traités importants existent : l’accord sur le sauvetage dans l’espace (tout pays doit apporter assistance aux astronautes retombés accidentellement sur son territoire) et la convention sur la responsabilité (tout pays est responsable des dégâts provoqués dans un pays tiers ou dans l’espace par un de ses lanceurs ou satellite).

 

Ces traités ont été signés par la majorité des Etats et par toutes les puissances spatiales.

 

Relative faiblesse américaine, effondrement russe, premiers succès chinois et indiens : le paysage du spatial est en pleine recomposition et laisse à l’Europe une chance incomparable à saisir… Après ce tour d’horizon global, je me lancerai dans une approche de la politique spatiale européenne avec des articles sur l’ESA, sur le rôle central de la France dans le programme spatial européen et, bien entendu, dans les implications politiques de ce programme.

 

L'ouragan Ivan vu depuis l'ISS, septembre 2004.


[1] La plupart des données et des analyses sur lesquelles je me baserai dans ces articles sont issues du dossier (très documenté et complet) « L’espace : l’ultime frontière » tiré de Diplomatie n°16, septembre/octobre 2005.

[2] Je ne traite ici que des politiques spatiales des Etats. Aussi l’exploitation commerciale de l’espace à travers le tourisme de luxe, qui devrait connaître une rapide croissance très prochainement, ne fait pas partie du sujet… « En route vers le Cosmos », Ibid.

[3] Le fameux projet « guerre des étoiles » de Reagan qui prévoyait notamment des satellites de surveillance et d’interception munis de lasers. Quelque peu ubuesque au vu des moyens technologiques de l’époque, ce projet  (adapté aux réalités) est finalement ressorti des cartons sous l’impulsion des néoconservateurs après l’arrivée de Bush junior au pouvoir.

[4] Puisque cette conquête spatiale dépendait du contexte de la guerre froide aujourd’hui révolu. Il est peu probable que le prétexte de la rivalité chinoise soit suffisant pour justifier une expédition de plus de 1000 milliards de dollars, et dont les chances de réussite sont assez moyennes. Le plus probable pour une mission martienne est la coopération internationale, du fait même de son coût exorbitant. L’homme ira sur Mars et finira par coloniser le système solaire durant les prochains siècles. Mais chaque chose en son temps…

[5] Notamment grâce aux sondes Venera sur Venus.

Par Lady Ada
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Samedi 20 septembre 2008

Dans les forums, sur internet, il y’a une expression pour désigner ce que je fais en ce moment : un hors-sujet, ou HS.

Néanmoins, et puisque je me suis prononcé dès le départ de ce blog en faveur d’une forme politique aussi autogérée et décentralisée que possible, je m’en vais joyeusement poursuivre ce hors sujet et dérouler le fil du rapport présent-passé selon le filtre mille fois glorieux (quoiqu’un peu lointain pour l’instant) de l’émergence d’un peuple européen.

 

C’est une objection du dénommé Hyarion (que les Moires livrent son âme aux enfers) qui me servira ici de base. Voici ce que l’impudent personnage osa déclarer dans son commentaire concernent la Marie-Antoinette de Sofia Coppola : « Je comprends ton point de vue dans le sens où les films historiques, quels qu'ils soient, offrent la possibilité de nous divertir et de nous faire réfléchir, tout en nous faisant sortir de notre quotidien - y compris médiatique -, et moi-même, je ne vais pas au cinéma pour autre chose... Néanmoins, à la limite, je trouve que l'on ne va pas assez loin... Si le but n'est pas de respecter à la lettre la vérité historique, pourquoi ne pas construire des récits de fiction qui aillent au-delà des références historiques reconnues, et mettre en scène des époques complètement imaginaires, mais avec un fond de références historiques, puisqu'il faut bien partir de ce que l'on connait ? […] c'est compliqué à expliquer comme ça, rapidement... mais songes, par exemple, pour prendre un exemple dans la science-fiction que tu connais bien ;-), que les noms, les décors, et les costumes du film Dune de David Lynch contiennent des références historiques (héritées pour parties des livres originaux de Frank Herbert) sans que le film soit un film historique, puisqu'il s'agit d'une fiction "pure"... Tu vois ce que je veux dire ? »

 

Ayant entamé l’article sur Marie-Antoinette dans un but précis, je m’en vais continuer et approfondir l’exploration de ce but en répondant point par point à la riche problématique que tu as soulevé ici (c’est génial, j’ai l’impression d’être un Otto Lidenbrock de la mémoire et de l’identité de ma chère nation).

 

Tout d’abord, trois petites remarques :

- Je m’excuse d’emblée pour le caractère lourd de réflexions que je développe petit à petit, en autodidacte et sans aucunement pouvoir en appeler à une formation dans tous les domaines que j’aborde !

- je ne voudrais pas vous donner l’impression de disséquer tel un maniaque compulsif (que je le sois ou non n’est pas la question) chacun de vos propos. Simplement, voilà, des fois, vos propos provoquent en moi des réactions en chaine et je préfère autant tout livrer à l’écrit plutôt que de les garder en mon for intérieur –ce que j’ai fait durant trop longtemps d’ailleurs-

- en fait, je ne conçois pas de parler de politique sans mettre en avant les idées en tant qu’elles sont strictement soumises à la réalité. L’idéologie fait pleinement partie du politique et, comme le dit bien Hayek dans Droit, législation et liberté, seuls les déçus du socialisme peuvent croire à la fin des idéologies (ou des « paradigmes »), ce qui leur permet ainsi de nier la singularité de l’échec du socialisme en universalisant paresseusement son effondrement aux autres idéologies. Pour tout dire, je ne serais jamais membre d’un parti politique : leurs querelles feutrées, leur ambiance de consensus mou, leur culte bêlant pour le chef ou, pire encore, la croyance selon laquelle un parti peut se passer d’une direction solide… Sans même parler de cette croyance très française qui consiste à refuser l’idée du rapport de force et du combat au profit d’un idéalisme de bon ton dans les salons du Rotary mais peu à sa place dans les arènes du politique…

 

Comme si les idées s’imposaient d’elles-mêmes ! Aussi, je me vois obligé d’entrer dans la chair des idées de notre époque, et dans la chair de certains mécanismes politiques.

 


Donc, première de tes affirmations :

 

 

« Je comprends ton point de vue dans le sens où les films historiques, quels qu'ils soient, offrent la possibilité de nous divertir et de nous faire réfléchir, tout en nous faisant sortir de notre quotidien - y compris médiatique -, et moi-même, je ne vais pas au cinéma pour autre chose... »

 

Je pense qu’il faut aller bien plus loin. Le cinéma a un rôle absolument majeur à jouer dans l’avenir de nos sociétés européennes, tout comme la littérature et la musique. Je vais m’en expliquer.

 

 

Premier degré : qu’est-ce que le film (et un peu le livre aussi) dans la société ?

 

 

L’art comme mutation des mentalités

 

Le film, comme toute œuvre d’art, est ce qui crée une petite part de réalité parallèle. Mais le parallélisme n’a de sens que s’il permet des « contacts » suffisamment signifiants pour que le spectateur puisse s’y retrouver. En effet, l’acceptation d’une œuvre par un public ne peut fonctionner que si cette œuvre use de référents culturels répandus (la mythologie collective ou ce que Mengue nomme la fabulation d’un peuple). En effet, aucune œuvre d’art totalement « autre » (qui en appellerait à des mythologies et des conceptions du monde radicalement différentes aux nôtres) ne pourrait séduire autrement que par son étrangeté même, sa singularité totale. En un mot : son exotisme. Cette œuvre serait ainsi réduite au rôle de « bel objet » (ou pas…), dont le rôle se limiterait à ses qualités décoratives ou à l’appel d’une vague nostalgie des amateurs d’art goûtant la poétique de l’inconnu. Or, l’artiste en tant qu’il veut séduire (ou choquer), se voit condamné à faire appel à cette force de fabulation des peuples, et donc à ce qui constitue le fondement de « notre » réalité.

  Le Yin et le Yang, symbole d'une philosophie taoiste qui nous échappe largement, et qui n'est largement réutilisée qu'au nom de significations parfaitement étrangères au taoisme (l'opposition bien/mal par exemple)

 

 

Pour autant, le but de l’œuvre d’art ne peut s’arrêter à cet appel à la fabulation collective : l’artiste soumettrait son art à la seule fin politique de la préservation d’un « être commun » idéalisé. Le résultat ne serait donc qu’une copie de copies se plaçant au sein d’un référentiel académique suranné. Seules les sociétés fossilisées (Grèce hellénistique) ou paralysées par la dictature (France napoléonienne) peuvent en arriver à un rapport à l’art aussi stérile, puisqu’il vise seulement à la reproduction d’un « même » idéalisé à tout jamais (cas de la poésie ou du théâtre français avant les romantiques), ce « même » artistique en appelant à un « même » de l’identité d’un peuple intemporel à préserver dans son éternité monolithique.

 

Aussi, le véritable artiste, qui travaille dans la seule optique de son art, cherchera à entrer dans les fables d’un peuple pour l’accrocher (le séduire ou le choquer, cela importe peu). Mais il serait vain de croire qu’un artiste qui fait appel à cette fabulation le fait innocemment, et sans conséquence.

Des thèses récentes en biologie attribuent une part non négligeable des mutations génétiques qui ont contribué à la diversification des espèces à l’action des virus. Ceux-ci pénètrent dans les cellules et se reproduisent en fusionnant un brin d’ARN (une moitié d’ADN) avec un brin d’ARN cellulaire, créant ainsi un virus parfaitement identique avec, comme prix à payer, la mort de la cellule infectée. C’est pourquoi nous sommes affaiblis lorsqu’un virus réussit à infiltrer massivement notre organisme. Or, des découvertes récentes semblent indiquer que les virus occasionneraient de temps en temps des mutations génétiques au sein de la cellule infectée, mutations qui pourraient se transmettre au reste de l’organisme puis à sa descendance…

 

Le rôle de l’artiste dans la société pourrait être comparé à celui du virus dans l’organisme : en voulant séduire son public, il touche à ses fables et à ce qu’il a de plus cher. Il peut le faire avec ou sans la volonté consciente de transformer cette fabulation mais, quelles que soient ses volontés, il les transforme.

 

Aussi, avant de vous insurger contre cette hideuse comparaison, pensez que le virus, même malgré lui, pourrait être à l’origine de l’incroyable diversité du vivant. Le rôle de l’artiste est ainsi celui d’un agent de diversification qui provoque l’éclosion de nouvelles voies pour nos sociétés par la mutation de telle ou telle donnée de leur fabulation. C’est ainsi le rôle le plus éminemment positif qui puisse exister au sein d’une société. Pour prendre exemple sur la littérature, la qualité du roman au XIXeme siècle réside dans ce qu’il y’a d’universel dans les personnages que créé le romancier : non pas d’universel en tant qu’ils représentent un type d’humain intemporel et éternel mais, au contraire, universel par la manière dont ces personnages s’inscrivent dans leur temps avec toutes leurs contradictions, leur (absence de) goût. La manière dont ces personnages sont les grands types historiques du siècle. C’est pourquoi Mme Bovary, Fabrice Del Dongo ou le père Grandet sont des universels du XIXeme siècle : en créant ces personnages, Balzac, Flaubert et les autres entrent dans les mentalités et les représentations du brave bourgeois français du XIXeme siècle, décodent et participent à l’évolution de ces mentalités, permettant ainsi d’enrichir et de complexifier la force de fabulation de notre nation. Eux et leurs confrères russes sont les virus du XIXeme siècle.

 

Le rapport de l’artiste à l’identité collective d’un peuple est particulièrement exploré par un écrivain comme Don Delillo aujourd’hui, comme il le fut par Andy Warhol dans les années 1960.

Delillo écrit sur tous les grands mythes qui façonnent l’identité américaine (la terreur, la mort de Kennedy, la paranoïa envers le pouvoir) dans un contexte de chute de l’économie postindustrielle vers l’irréel et de remise en cause perpétuelle de cette identité.

Warhol, lui, s’interrogeait sur l’immersion dans l’imaginaire collectif (donc dans ce qui fait le collectif) de publicités qui devenaient ainsi les nouveaux référents, le nouveau « même » à imiter de manière inconsciente, qui venaient ainsi jouer le rôle que l’art antique occupait depuis la Renaissance.

Les deux participent donc à l’évolution de la fabulation américaine en même temps qu’ils la dissèquent : ils sont les virus de notre époque.

 Le Ché pénétrant les esprits comme objet commercial en série. Warhol montre ainsi que le vrai corrosif des années 60 n'est plus le communisme mais la pénétration des esprits par l'empire du commercial.

 

 

L’art comme érosion de l’Un et acceptation du multiple

Une conséquence de ce que je viens de décrire est qu’on peut ainsi repérer les rôles de l’artiste (qui crée le multiple) et du politique (qui crée l’Un). Et les deux se servent de la force de fabulation dans des optiques si différentes qu’elles peuvent être opposées :

 

Aussi, Fredrich Nietzsche a-t-il partiellement raison lorsqu’il déclare que « la Culture et l’Etat sont antagonistes : « Etat civilisé », ce n’est là qu’une idée moderne. L’un vit de l’autre, l’un prospère au détriment de l’autre. Toutes les grandes époques de culture sont des époques de décadence politique. »[1] Pour autant, ici le philosophe n’entend la politique que sous son acception de puissance brute (voire brutale) telle que propagée par le Reich.

 

 

Il y’a du vrai dans ce qu’il dit, en ce sens que l’art débute là où s’arrête la politique. La frontière entre les deux doit être nettement tranchée, où la société court le risque de voir le politique se fragmenter sous l’érosion de l’art (victoire du multiple sur l’un) ou, au contraire, l’art se diluer dans le tout-politique (dilution du multiple dans l’Un totalitaire). Bien entendu, il n’existe pas de modèle parfait et toute société pousse le curseur dans un sens ou dans l’autre suivant sa propre histoire, ses mentalités…

Pour prendre exemple sur l’Antiquité, les Grecs poussèrent totalement le curseur du côté de l’art, les Romains totalement du côté du politique.

 

Pourtant, une autre conséquence du statut de l’art viendrait à la fois servir le raisonnement de Nietzsche et le remettre en cause, à mon humble avis : l’art est à la fois force de corrosion et possibilité de dépassement de cette corrosion. En tant que dépassement, il peut offrir au politique de nouvelles possibilités d’actions sur les mentalités puisque il trace des voies nouvelles de fabulation pour un peuple.

 

 

 

Je m’explique :

L’artiste vient inoculer à doses violentes quoique non létales les virus de notre siècle[2]. Il le fait évidemment sans le moindre sens de la mesure (serait-il un artiste sinon ?) mais ne peut, à lui seul, influer assez sur la société tel que le ferait un chef religieux. C’est d’ailleurs le propre de l’artiste que d’être assez fou pour à la fois croire à la force de son art et inspirer au commun de la population la saine méfiance qui, seule, le maintiendra strictement dans son rôle d’artiste. C’est pourquoi une personne pourra se soumettre volontiers à la force corrosive contenue par l’œuvre pendant son écoute ou sa lecture mais s’en dégagera vite une fois cette écoute finie. Sachant qu’il lui restera ce petit morceau de corrosion, telle une bombe désamorcée quelque part dans le cerveau.

 

Sachant aussi que la bombe dépend de l’époque : la fin d’un monde dominé par « la race blanche », la peur du communisme et la crise économique furent les bombes des années 30 tant en Europe qu’aux Etats-Unis. L’explosion des mœurs et de la famille, le sexe, la drogue, la chute de la religion, les droits civiques des noirs aux Etats-Unis furent les bombes des années 60-70. La dissolution de la nation et de l’individu dans la mondialisation et l’islamisme sont les bombes actuelles en Europe et, quoique moins, aux Etats-Unis.

 

A chacune de ses époques a correspondu une forme d’art qui a su se construire sur ces périls, les exploiter pour les désamorcer. Pour cela, les artistes ont su explorer les limites de la réalité en extrapolant les tendances délétères de leur époque : ce furent des auteurs comme Lovecraft ou Howard aux Etats-Unis dans l’Entre-Deux-Guerres, qui surent transfigurer leur racisme (latent pour Howard, pathologique pour Lovecraft) et leur peur ou leur mépris d’un monde moderne décadent en des œuvres littéraires d’une portée extraordinaire. En faisant cela, ces écrivains substituent notre représentation du réel à la réalité « objective ». Ils subjectivent ainsi ce qui n’est que hasard et aléa (le déclin de l’occident, la faillite de l’idée de la race blanche : aujourd’hui on pourrait dire les délocalisations, les attentats) afin de nous faire toucher du doigt ce qui nous paraissait être issu d’une fatalité, hors d’atteinte. Or, en faisant cela, l’artiste désamorce certaines voies désormais minées par l’évolution des choses en même temps qu’il trace des voies de fabulation nouvelle. Et plus il cherchera à toucher ce peuple, et plus il jouera des cordes de cette fabulation afin d’imprimer la musique qu’il entend nous faire écouter. Il n’est pas étonnant que l’Europe, qui n’a pas su développer de réponse artistique viable face à ses démons soit sombrée dans la politisation totalitaire de ces enjeux dans les années 30.

 

Cthulhu, le Grand Ancien créé par Howard Philips Lovecraft pour montrer à l'homme blanc à quel point sa petitesse rend ridicules ses prétentions. Adoré par des hommes dégénérés, Cthulhu reprendra sa place en instaurant un règne de terreur.

 

 

Ce fut par la musique et le cinéma que les grandes tendances délétères des années 60 furent elles-aussi désamorcées (on y reviendra).

 

Il va sans dire que la suite logique de cette hypothèse est la suivante : la société la plus prompte à faire de l’art est aussi celle qui oscille le plus près de sa propre dissolution. Et les grandes époques d’art étant les époques où de nombreuses « bombes » doivent être désamorcées sont aussi les époques de grande instabilité politique.

 

Et c’est là que le politique peut entrer en action : ces bombes désamorcées pourront être utilisées par le politique pour élargir la sphère d’unité de la nation, en lui donnant les bases nouvelles de formes d’expression, de religiosité, de rapport à l’autre au départ liés à un mouvement excentrique et corrosif mais qui, ayant été peu à peu désamorcés, sont maintenant déliés de leur aspect corrosif et peuvent être réutilisés par qui veut faire l’Un. S’il y’a réellement incompatibilité entre une cosmologie (le politique) qui repose sur la pérennité de l’ordre et une autre (l’artistique) qui profite de son érosion, on a pu néanmoins voir que les deux peuvent jouer l’un après l’autre leur rôle au sein de la société.

 

Maintenant que le rôle de l’art en général a été éclairci, intéressons-nous aux formes d’art en particulier, afin d’en venir au rôle du cinéma en particulier

 

 (la suite en dessous : l'occasion de dire un grand merci à over-blog)



[1] Fredrich Nietzsche, Le crépuscule des idoles, GF Flammarion, 1985, p. 122. Et pour faire plaisir à un anti-bismarckien notoire, je cite la suite (on est en 1889) : « Au moment où l’Allemagne s’élève comme grande puissance, la France gagne une importance nouvelle comme puissance de culture. Aujourd’hui déjà, beaucoup de sérieux nouveau, beaucoup de nouvelle passion de l’esprit a émigré à Paris ; la question du pessimisme par exemple, par exemple, la question Wagner, presque toutes les questions psychologiques et artistiques sont examinées là-bas avec infiniment plus de finesse et de profondeur qu’en Allemagne, - les Allemands sont même incapables de cette espèce de sérieux. »

[2] J’emprunte la belle expression à Don Delillo, dans son Mao II.

Par Lady Ada
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Samedi 20 septembre 2008

 Des formes d’art différentes, des conséquences identiques.


- L'art peut explorer les limites de notre réalité en se jouant des tendances délétères de notre société. Ce fut par exemple le cas de la musique dans le monde anglo-saxon des années 1970.

Des groupes tels que les Pink Floyd, Siouxsie and the Banshees, le Velvet Underground ont profondément marqué leur époque en usant des codes répandus comme la drogue, le sexe ou la violence. C'est-à-dire qu’ils ont utilisé les principales forces de corrosion de l’identité américaine de l’époque pour en faire la base de leur musique. Effectivement, les années 1970 ont correspondu à la faillite du système politique américain, à la remise en cause de leur mode de vie, voire de leur identité, par nombre d’Américains. Cette tendance délétère, dont les effets se sont aussi manifestés par une hausse vertigineuse de la criminalité ainsi que par la fréquence et la violence des émeutes raciales, s’est accompagnée d’un mouvement parallèle d’une puissance équivalente : la floraison musicale et cinématographique. Combien de grands groupes, de grands mouvements, de chanteurs dont la plupart (sinon l’intégralité) des artistes actuels continuent à se réclamer ? Combien de films phare (et pas seulement sur le Vietnam) qui font encore référence aujourd’hui ? La musique fut bien le grand art de la « chute » et de la corrosion de la société américaine.

 

- L’œuvre d’art peut explorer les limites de notre réalité en poussant les tendances délétères de notre société, de notre culture (…) à leurs pires conséquences (Children of Men en est un bon exemple cinématographique, 1984 de Orwell ou les Possédés de Dostoïevski de bons exemples littéraires. L’art contemporain – dans ses aspects graphiques ou infographiques dont l’esthétique doit beaucoup aux jeux vidéos- explore lui aussi beaucoup cette voix « réaliste dure »). Le genre fantastique et le film d’horreur explorent cette voie d’une manière un petit peu différente : ils font littéralement dériver notre réalité vers une réalité alternative dont la logique n’est plus que la caricature horrifiante de certaines logiques à l’œuvre dans la notre (commerce du vivant, déshumanisation et machinisation, isolement croissant de l’individu).

 

Quelle est la différence entre ces deux formes d’expression dans leur rapport à la société, me demanderez-vous ? L’une agit en conscience grâce à sa finesse d’expression, l’autre en inconscience et en puissance d’expression. Ainsi, là où la musique suggèrera plutôt inconsciemment et elliptiquement quoiqu’avec une puissance d’émotion sans égale (d’où son rapport avec la poésie qui reste à mon sens plus proche de la musique que de la littérature), la littérature suggèrera en entrant dans une complexité impossible en musique, elle sera l’affirmation consciente et le monument posé à une cause. En même temps, la littérature n’atteindra pas la puissance émotionnelle et la résonnance collective phénoménale de la musique. En résumé, la musique fonctionne sur l’extériorisation des sentiments, la littérature sur leur intériorisation.

 

Il n’est pas étonnant, dès lors, que la première soit la forme d’expression privilégiée du XXeme siècle à la recherche de nouvelles formes « d’être collectif » quand la première fut la forme privilégiée du siècle de l’individualisme bourgeois.

  Le groupe d'artistes russes AES+F explore la manière dont la violence des jeux vidéos reflète la vision de la violence dans les sociétés occidentales.

 

 

L’apparition d’une forme d’art mixte : le cinéma

Or, voici que le XXeme siècle marque l’apparition d’une nouvelle forme d’art : le cinéma. Avec lui émerge le film, une toute nouvelle forme d’expression qui mêle les particularités de la musique et celles de la narration littéraire. Cela peut donner le pire si le film conjugue les faiblesses possibles de la musique (manque de finesse) avec celles de la littérature (manque d’expression). Mais cela peut donner le meilleur dans un film qui allie la finesse et la puissance d’expression.

 

Il est donc évident pour moi que le cinéma est, potentiellement, la forme d’art la plus à même d’influer grandement sur l’évolution des mentalités de notre époque. Le cinéma est un petit peu la tragédie grecque de notre temps.

 

 

 

Second degré : la réponse à Hyarion

 

« Je comprends ton point de vue dans le sens où les films historiques, quels qu'ils soient, offrent la possibilité de nous divertir et de nous faire réfléchir, tout en nous faisant sortir de notre quotidien - y compris médiatique -, et moi-même, je ne vais pas au cinéma pour autre chose... »

 

Vous l’aurez compris avec tout le pataquès ci-dessus, le rôle du cinéma dans la société va bien plus loin que le simple divertissement. Et il n’est en aucun cas, selon moi, de nous sortir de notre quotidien. Tout au contraire, un film doit nous faire entrer dans notre quotidien, mais d’une manière autre, d’une manière telle qu’il nous interroge, qu’il en en révèle les contradictions, les possibilités, la substance…

Néanmoins, à la limite, je trouve que l'on ne va pas assez loin... Si le but n'est pas de respecter à la lettre la vérité historique, pourquoi ne pas construire des récits de fiction qui aillent au-delà des références historiques reconnues, et mettre en scène des époques complètement imaginaires, mais avec un fond de références historiques, puisqu'il faut bien partir de ce que l'on connait ?

 

Ce qui importe véritablement n’est pas le forme qu’utilisera un réalisateur mais la manière dont il veut toucher son public. Comme je l’avais déjà dit dans un commentaire sur ton blog, l’identité nationale américaine et les identités européennes sont basées sur des présupposés radicalement différents : l’identité américaine est idéologique et ahistorique alors que l’identité européenne est historique.

 

Aussi, les grands films fondateurs américains en appellent-ils tous à un fond mythologique bien plus qu’à un fond historique : combien de grands westerns, de grands space opera ? à contrario, peux-tu me citer un seul bon film historique américain sur l’histoire des Etats-Unis ? A contrario, l’identité historique de l’Europe fait que les films historiques européens ont une force et une finesse impossibles à atteindre chez leurs homologues nord-américains. Comptez les Rossellini, les Visconti, les Frears, les Fassbinder… et je cite les plus célèbres !

 

L’Europe ayant un rapport à l’histoire bien plus charnel que les Etats-Unis, c’est par le biais du film historique qu’on changera plus efficacement son identité.

Au contraire, les Etats-Unis ont un rapport au mythe plus symbolique qu’historique.

 

C’est pourquoi le film historique a pour moi une grande importance politique en Europe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et je ne peux que terminer ce long article de réponse que par cette citation :

« mais songes, par exemple, pour prendre un exemple dans la science-fiction que tu connais bien ;-), que les noms, les décors, et les costumes du film Dune de David Lynch contiennent des références historiques (héritées pour parties des livres originaux de Frank Herbert) sans que le film soit un film historique, puisqu'il s'agit d'une fiction "pure"... Tu vois ce que je veux dire »

 

Oui je vois. Et ça devrait tous vous faire peur !

Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn

 

Cthulhu for président !

 

 

Lady Ada

 

 

 

Un grand merci aux musiques écoutées dans l’écriture de cet article :

Patty Smith

Siouxsie and the Banshees

Velvet Undergound

Par Lady Ada
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Samedi 13 septembre 2008


Quelles que soient mes volontés, je suis bien forcé de reconnaître que le blog est un instrument qui, décidément, ne se laisse pas facilement maîtriser.

Je me vois donc contraint d’interrompre le temps d’un article ma série sur « l’Europe et la science » pour me consacrer à un assez long article traitant… de Marie-Antoinette.

 

Non pas la reine de France en elle-même, mais l’interprétation qu’en a tiré Sofia Coppola, sortie en salles le 24 mai 2006.

 

Au départ, rien que de très innocent : un énième visionnage du film avec, au fur et à mesure, le sentiment qu’il me fallait écrire quelques trucs dessus.

Mais il faut croire que les deux ou trois neurones qui trainent encore dans ma tête (que diable font-ils là ?) sont eux-aussi rétifs, puisque ces deux ou trois trucs s’étendirent rapidement, au point même que le sujet put se rattacher à ce qui intéresse ce blog : l’émergence d’un peuple européen.

 

Voici donc contée l’histoire de la dernière reine de France revisitée par l’une des plus grandes réalisatrices de notre temps. Avec, en avant-propos, une petite mise au point sur ma vision de l’histoire.

 

 


 

Premier degré : Marie-Antoinette et la « véritable histoire » :

 

Comme l’histoire peut être ennuyeuse…

 

Non pas que j’ai choisi la mauvaise voie dans mes études : bien utilisée, l’histoire est une belle chose. Pour autant, et à la noble exception des Grecs antiques, aucune période ne m’intéresse pour elle-même (si ce n’est la notre, bien entendu). L’histoire ne me touche qu’en tant qu’elle peut me permettre de saisir l’actuel, en tant que je peux la mobiliser dans d’autres buts qu’elle-même. Enfin, la lecture d’Orwell m’a intimement convaincu du fait que le présent crée le passé, bien plus que le contraire.

 

C’est bien pourquoi je me précipite au cinéma à chaque fois qu’un réalisateur reconstitue une époque, avec toujours le même secret désir qu’il ait eu le courage de ne pas respecter la vérité historique. Qu’il ait eu le courage d’abandonner ces détails insignifiants auxquels le petit livre rouge de l’historien universitaire attache une telle importance.

 

Non pas que je souhaite le voir trahir une époque en faisant de celle-ci le décor encombrant, sans vie et sans âme d’une quelconque oeuvrette. Mais, tout au contraire, je désire le voir s’alléger de toute cette pesanteur universitaire, de ces notes de bas de page et de ce « respect de la source », de cette passion du détail jusqu’au ridicule qui enferme bien souvent la recherche historique dans un moule étanche duquel rien ne sort qui ne soit mortifère et empesé[1].                                   un plan de Barry Lyndon, de Kubrick.


Et qu’il puisse ainsi atteindre ce bref état de grâce dans lequel il peut revisiter une époque, lui redonner une vie décalée, différente de ce à quoi nous avaient habitués le logos universitaire. Quelque chose de vivant, qui nous fasse toucher du doigt les engrenages d’une époque.

 

C’est pour moi la condition sine qua non de tout réalisateur voulant restituer une époque dans ce qu’elle a pu avoir de plus signifiant. C’est pourquoi la Marie-Antoinette de Sofia Coppola est, avec le Moulin Rouge de Baz Luhrmann et, peut être, le Barry Lyndon de Kubrick, l’un des meilleurs films historiques auxquels il m’ait été donné d’assister.


Car Sofia Coppola ne s’est pas contentée de peindre une époque, elle en a reconstitué l’esprit. La différence entre les deux est précisément, à mon sens, ce qui sépare la pléiade de téléfilms sur la vie de Marie-Antoinette emplis de détails jusqu’à l’indigestion mais tous aussi incapables de dégager la profonde singularité de cette époque où la France, impératrice du goût, de la légèreté et de la grâce, fut aussi l’inventrice malgré-elle de la modernité.

 

Beaucoup de journalistes et de critiques ont vu dans les Converses négligemment laissées au milieu des chaussures d’époque, ou dans l’usage de la musique (New order, Bow Wow Wow, The Cure) une simple volonté de « dépoussiérer » le film en costume. Certes, sur un plan formel, la réussite est éclatante. La scène du bal costumé est un moment d'anthologie.

 

Mais quasiment aucun n’a remarqué une chose qui, pourtant, depuis le film de Sofia Coppola, a fait son chemin : Marie-Antoinette fut bel et bien la première reine moderne de l’histoire. Moderne en ce sens qu’elle fut la première à séparer vie privée et vie publique, voire à soumettre les impératifs de la seconde à la première. Moderne par les enthousiasmes comme les haines qu’elle déclencha dans la presse naissante sous l’Ancien régime déliquescent. Moderne dans son rapport à la mode, dans sa frivolité affichée et revendiquée (jusqu’à faire interpréter du Beaumarchais à Versailles !). Moderne, enfin et surtout, dans son rapport désacralisant au politique qui ne fut pas pour rien dans la chute de la monarchie. En cela, Coppola fait aussi le bon choix en cessant sa narration en 1789.

 

 

 

Second degré : Marie Antoinette et la légende :

 

La modernité historique, en tant qu’époque, a débuté en 1789 avec la destruction du lien qui unissait la monarchie française à Dieu, source de toute légitimité et de tout pouvoir. Aucun régime ne pouvant survivre sans légitimité à part que de tomber dans l’arbitraire et la tyrannie, il fallu bien remplacer Dieu par quelque chose : ce furent les droits de l’homme et du citoyen. Très vite, le méchant anglais Edmund Burke démontra dans ses Considerations on the Revolution of France l’impossibilité de cette substitution et la dangerosité qu’il y’a à vouloir bâtir un pouvoir sur une abstraction désincarnée : les évènements qui suivirent et qui confièrent en moins de dix ans la direction de la France à Robespierre puis Bonaparte vinrent confirmer ses craintes et, pour bonne partie, ses analyses.

 

Pourtant, si cette modernité politique naquit –et de quelle manière !- en 1789, une modernité des mentalités naquit avant, dont Marie-Antoinette représente la face la plus évaporée et inconséquente (génialement démontée par Sofia Coppola).

 

Reste donc la question : pourquoi cette reine si admirable dans sa superficialité même fut-elle, deux siècles durant, l’objet de la haine unanime des Français ?

Il y’a certes son rôle sous la Révolution : cette reine de la mode et du luxe fut en quelque sorte transfigurée face aux évènements de 1789 qu’elle eut tout de suite en horreur et qu’elle combattit avec intransigeance jusqu’à sa mort.

 

Certes.

Mais les légendes noires, pour tenir, ont besoin d’être revisitées, relues, revivifiées. Sans cela, elles s’épuisent dans l’indifférence laissée par la disparition de leurs anciens promoteurs. Il faut qu’un travail s’accomplisse de génération en génération, pour que la bonne parole soit transmise aux descendants, puis aux descendants des descendants. Or, cela est impossible s’il n’y a pas un but derrière, une motivation qui pousse chaque génération à reprendre la légende à son compte pour en revisiter certains aspects, en repousser les limites, en découvrir de nouvelles facettes. Et ce but est toujours lié à ce qui tient la collectivité. La légende noire devient le ferment d’une unité collective basée sur un certain nombre de sentiments communs qui, eux-mêmes, viennent trouver leur appui sur un complexe d’adoration/détestation savamment entretenu. En cela, les légendes noires comme les légendes dorées empruntent leur fonctionnement au mythe, mais d’une manière grossière, demandant plus du cœur et moins de la raison. C’est pourquoi les mythes durent et les légendes s’effondrent.

 

 

Ainsi, la légende noire de Marie-Antoinette fut-elle entretenue durant deux siècles avant de s’effondrer. Des causes de sa durée, je ne traiterai que peu. François Furet, cet « historien balladurien » comme ils disent à la LCR, a déjà largement travaillé dessus, et je me contenterai de résumer à grands traits ses conclusions :

 

L a ferveur française pour la Révolution est due à l’imprégnation du marxisme dans une bonne part de l’intelligentsia jusqu’aux années 1970. Les marxistes français ont réinterprété la Révolution de 1789 pour en faire l’évènement fondateur absolu de la France contemporaine. De cet évènement absolu, ils ont tiré une légende dorée qui va du 14 Juillet à Robespierre et que Furet nomme le « catéchisme révolutionnaire ». Parallèlement, et selon la nécessité dont j’ai parlé plus haut, ils en ont aussi tiré une légende noire qui passe notamment par Marie-Antoinette. Le but de cette grande légende de la Révolution étant d’inscrire le communisme dans l’identité politique française au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, et ainsi de réaliser l’unité des Français autours de la nation et du communisme.

 

Les fameuses coiffures extravagantes de la reine...



Ainsi fut revivifiée après 1945 la légende noire de Marie-Antoinette, au service d’une vision de la France ultrapolitisée adossée sur l’image purement sociale de la révolution française (portée par Albert Soboul). Or, cette vision des choses basée sur une phénoménale méprise philosophique fut négative en ce sens qu’elle fut l’unique grille de lecture de la révolution durant près de trente ans. Ainsi, son effondrement au sortir des années 1970 devait sérieusement ébranler les fondements de l’identité française. Pour autant, elle n’était pas en elle-même une mauvaise chose : elle permettait en effet de revivifier le récit national, de le relier à quelque chose qui dépassait le simple destin de l’homme de 1950. Et c’est là justement la base d’une vie en collectivité que de se doter de mythes collectifs permettant l’incarnation de valeurs qui, sans ces mythes, seraient réduits au rôle de simple norme desséchée[2].

 

C’est justement la thèse de Philippe Mengue selon lequel « L’unité et l’identité des peuples humains ne sont pas celles d’espèces zoologiques dont le parc serait la terre et qui pourraient faire l’économie de ce facteur subjectif et discursif, narratif. L’identité s’ancre dans un acte de discours, de récit, de narration par lequel les peuples se racontent. Par là, ils se forgent, se créent, s’inventent, se donnent une identité distincte, plus ou moins imaginaire par rapport aux faits de l’histoire et de la sociologie. Ce récit renvoie à un peuple l’image de ce qu’il est ou croit qu’il est. Pas de peuple sans récit, sans mythe. Nous dirons donc que le peuple est inséparable d’une fabulation, d’un acte de fabulation. » (Philippe Mengue, Peuples et identités, Editions de la Différence, 2008, p. 45.)

 

La version de Soboul était ainsi un remontage historique, comme toute grande vision unificatrice d’un évènement ne peut que l’être. Ce remontage était talentueusement agencé au filtre de la grille de lecture marxiste alors dominante et répondait aux objectifs d’une religion séculière qui fut la principale force de « fabulation » de notre nation au XXeme siècle. Bien entendu, l’effondrement du marxisme ne put qu’entrainer celui des fabulations collectives qui lui étaient liées en France, laissant ainsi notre pays dépourvu de ses « dieux de substitutions ».

 

Et c’est là pour moi le grand drame de notre nation que de n’avoir pas permis la multiplicité des fabulations, qui seule permet à long terme l’unité de notre nation.

 

 

Troisième degré : Marie-Antoinette et la nation :

 

Pourquoi ne pourrait-on pas baser notre fabulation sur des complexités, des rhizomes, et non sur des constructions unificatrices qui ne laissent forcément que le vide lorsqu’elles viennent à s’effondrer ? Pourquoi ne pourrait-on pas accepter la France d’avant 1789 comme ce joyau de grâce et de finesse à tout jamais perdu, mais que nous nous devrions, en tant que Français, d’arborer fièrement face aux mauvaises manies plébéiennes de ces Américains de mauvais goût ? Est-il donc impossible de se flatter de la grâce incomparable de la France du XVIIIeme tout en proclamant son admiration pour la République guerrière ou sa fierté devant l’épopée napoléonienne[3] ?

 

Avec sa Marie-Antoinette, Sofia Coppola nous a replongé de toute la force de son talent et de sa vista dans une époque qui n’est peut-être qu’un fantasme. Mais la France de Soboul était-elle une réalité ? Non, pas plus que ne l’est la France de Sofia Coppola.

La France de Sofia Coppola serait un pays fantasmée par une réalisatrice américaine ? Et alors ? Cela change t-il quelque chose au fait que la vision présentée de la France dans ce film est intensément désirable et, dirais-je même, érotisée ?

 

Diable, que cet air frais a du bon! Que cela nous change des tentes pour sans-abris, des dangers de la Chine, de la Russie ou des charters de sans-papiers!


Soyons clairs : que Marie-Antoinette soit la vision fantasmatique que les Américains se font de la France d’Ancien Régime ne m’intéresse pas le moins du monde. L’histoire ne compte pas pour elle-même, elle compte seulement pour ce qu’elle nous permet de bâtir aujourd’hui. Tout peuple a ses contes de fée collectifs, ses fabulations sans lesquelles l’attachement à sa patrie n’est plus que la soumission à une norme commune dépourvue de sel et d’attirance. Et si, en tant que Français, l’envie m’en prend de sortir des réflexes d’autoflagélation et de névrose nationale qui semblent constituer le seul facteur d’unité de notre nation depuis une vingtaine d’année, je ne vois pas quel mal il peut y avoir à aller chercher l’attirance là où elle se trouve. Combien de grands mythes que les nations considèrent comme les leurs depuis tant de générations sont en réalité issus d’interprétations ou d’importations ?

 


C’est aujourd’hui que se fonde l’histoire de notre nation, non il y’a deux siècles, non il y’a cinquante ans. Il serait temps, enfin, de nous reprendre et de cesser en tant que collectivité de partir à la dérive. Car il va de soi que la fondation d’une grande fédération européenne des nations ne peut se faire qu’avec des nations qui se conçoivent comme un projet d’avenir, et non comme un poids mort du passé. Et la France aujourd’hui n'est pas plus capables de soutenir un quelconque projet européen qu’elles n'est capable de se soutenir elle-même.


Une grande Europe ne sera pas possible sans un renouveau de notre nation!

Et en attendant, je vais me revoir Marie-Antoinette...

 


Lady Ada

(et après, y'en aura encore qui diront que c'est parce que Kirsten Dunst a le sourire le plus craquant de la galaxie)



[1] Mais pour tous les potes historiens (comme moi, hein) qui passent et commentent ce blog : sachez juste que cela devait sortir à un moment. C'est vraiment ce que je ressens vis à vis de toutes les règles universitaires...

[2] Pour revenir à mon article précédent sur le LHC, l’homme ne peut se concevoir comme un simple moucheron aux yeux de la nature. Le but de toute nation est d’assurer à ses membres un ensemble de mythes qui lui permettent d’affronter sereinement la complexité d’un réel hasardeux.

[3] Je garderai à ce propos un éternel mépris envers Villepin pour son attitude lors du bicentenaire de la bataille d’Austerlitz.

 

Par Lady Ada
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Jeudi 11 septembre 2008


Une fois n’est pas coutume, il y'aura peu d'analyses personnelles dans cet article.


D’abord, parce que le projet gigantesque dont je vais brièvement traiter nous dépasse tous, de part son ambition comme de part les découvertes qu’il rend désormais possibles… Ensuite, parce que mes connaissances dans le domaine de la physique n’ont pas franchi le cap de la Terminale.

 

Je vais donc vous livrer un article honteusement constitué de citations d’articles et de sites repompés afin d’expliquer le plus clairement possible en quoi consiste le LHC, à savoir le grand collisionneur de hadrons : vous l’avez compris, et peut-être vous y attendiez-vous un petit peu, je m’en vais vous parler du tout nouvel accélérateur de particules que le CERN (Centre Européen pour la Recherche Nucléaire) vient de lancer en grande pompe ce mercredi 10 septembre 2008.

 

Bien entendu, il va de soi que mon verbe rejaillira quelque peu vers la fin de l’article, où je relierai quand même, un petit peu, ce grand évènement scientifique au contexte politique sans lequel ce blog ne serait que la voix de déréliction d’un continent livré aux prédations du non-sens et de la dérision cosmique nihiliste.

 

Tout d’abord, une description de la bête (et je commence à pomper honteusement, quoique non sans de nombreux messages d’encouragement de ma section « paresse et jeudis libres ») :



La bête expliquée


En chiffres

• Un anneau de 26 659 m de circonférence enterré à une profondeur comprise entre 50 et 175 m (100 m en moyenne).
• Vitesse des protons : 99,9999991 % de la vitesse de la lumière ; chaque particule effectuera plus de 11 000 tours par seconde dans l’anneau !
• Collisions frontales de 14 TeV.
• Pression interne de 10 -13 atm (ultravide), soit dix fois moins que sur la lune.
• 9300 aimants refroidis à -271.3 °C par 60 tonnes d’hélium liquide ; le système d’aimantation contient 10 000 tonnes de fer, soit plus que pour la tour Eiffel.
• 400 lentilles magnétiques pour focaliser les faisceaux
• Les données de chaque expérience pourraient remplir 100 000 DVD chaque année.
• Durée de vie du LHC : environ 15 ans.


En lettres :
Un dispositif gigantesque pour de toutes petites particules

La conception du LHC remonte aux années 1980, mais il a fallu attendre 14 ans avant que sa construction soit approuvée par le conseil du CERN. Les travaux, démarrés en 1998, ont consisté à creuser une série de cavités pour accueillir les détecteurs, des instruments d'une précision inégalée destinés à suivre à la trace les produits de la collision frontale de deux faisceaux de protons. Inutile de construire l'anneau de 27 km où circuleront ces protons, il existe déjà. En effet, le LHC utilisera la boucle du LEP (Large Electron Positron), un accélérateur d’une génération antérieure avec lequel les scientifiques ont fait de belles découvertes. En particulier, des collisions entre électrons et positons ont permis d’y observer pour la première fois en 1983 les bosons W et Z, deux particules prévues par le modèle standard. L’énergie atteinte dans cet accélérateur d’ancienne génération était toutefois plus de 30 fois inférieure à celle des protons qui parcourront le LHC, ce qui s’avère insuffisant pour détecter le boson de Higgs.

Le détecteur de particule Atlas, de 22m de diamètre

Des boucles accélératrices de plus en plus grandes

Avant d’être injectés dans le LHC, les protons subiront une accélération progressive dans des boucles de plus en plus longues. La première, appelée booster, augmentera l’énergie des particules jusqu’à 1,4 GeV*. Les protons seront ensuite injectés dans deux synchrotrons successifs, portant leur énergie à 25, puis à 450 GeV. Ils seront alors prêts pour subir l’accélération ultime dans la dernière boucle, celle du LHC proprement dite, longue de 27 km! Leur vitesse se rapprochera alors de celle de la lumière, soit 299 800 km/sec, correspondant à une énergie de 7 TeV**. Lors de la collision frontale de deux protons, l'énergie dégagée atteindra ainsi 14 TeV, un record mondial. La prouesse ne sera pas tant de parvenir à une énergie aussi élevée (un moustique en plein vol véhicule une énergie de 1 TeV …), mais de la concentrer dans un espace aussi réduit (à un million de million de fois plus petit qu’un moustique !).
* 1 GeV= 109 eV (electron-volt)= 1,6 10-10 joule
** 1 TeV= 1000 GeV


Des aimants pour focaliser les faisceaux

 


Les deux faisceaux de protons destinés à entrer en collision circuleront en sens opposé dans des tubes distincts placés sous un vide très poussé. Ils seront guidés sur leur trajectoire circulaire par un champ magnétique puissant (jusqu’à 9 teslas), généré par des électroaimants refroidis à -271 °C de façon à atteindre à l’état supraconducteur pour lequel l’électricité circule sans aucune perte d’énergie. 1234 aimants dipolaires, longs de 15 m, courberont la trajectoire des faisceaux et 392 aimants quadripolaires,  long de 5 à 7 m, concentreront les faisceaux. Tout est fait pour augmenter la probabilité d’une collision. Et la précision est de mise. En effet, la taille des particules est très faible, comparée à la longueur de l’anneau. Imaginez, il est aussi difficile de faire entrer en collision deux protons dans le LHC que de lancer deux aiguilles éloignées de 10 km, l’une contre l’autre !

 

Des détecteurs ultra sensibles

 

Des détecteurs d’une technicité inégalée, placés dans des cavités le long de la boucle à chaque point de croisement des deux faisceaux, enregistreront les données utiles aux physiciens, c'est à dire la trajectoire des particules créées après la collision, leur nature et leur masse. Dotés de systèmes électroniques mesurant le temps de passage d’un élément à quelques milliardièmes de seconde près, ces instruments gigantesques (22 m de diamètre pour ATLAS) suivront les particules à la trace avec une précision de l’ordre du millionième de mètre. Ils enregistreront un million d’évènements par seconde.

  Source : http://www.science.gouv.fr/fr/dossiers/bdd/res/2882/lhc-le-nouvel-accelerateur-du-cern/


 

 

 

Une bête au service de la connaissance de l’univers (et, bon, là, je reprends un peu la parole en tentant de me souvenir des brefs passages que j’avais compris dans mes dernières lectures de Pour la science) :

 

En gros, la compréhension de l’univers demande de se pencher dans deux directions opposées : l’infiniment grand et l’infiniment petit.

- L’exploration de l’infiniment grand est assuré par les télescopes (qui captent la lumière visible) et les radiotélescopes (qui captent les très grandes longueurs d'onde).

- L’exploration de l’infiniment petit est assurée par les accélérateurs de particules, dans lesquels on soumet les particules élémentaires à des collisions d’une prodigieuse violence, collisions qui permettent elles-mêmes de soumettre ces particules à des conditions (température, pression) aussi proche que possible de celles de l’hypothétique Big Bang. Les particules soumises à ce genre de conditions se décomposent et prennent des formes inconnues de la physique expérimentale (mais prévues, ou pas, par la théorie)

 



















Le premier but du LHC est ainsi de donner forme à des particules « nouvelles », dont l’existence est nécessaire au fonctionnement de l’univers tel que prévu par les modèles physiques actuels, mais qui n’ont encore jamais été observées. C’est notamment le cas du fameux « boson de Higgs » sans l’existence duquel toute notre compréhension de l’univers s’effondrerait, et avec elle la théorie du Big Bang. On rejoint ainsi le but, beaucoup plus vaste en réalité, du LHC : permettre des observations qui confirment ou infirment la pérennité des théories actuellement majoritaires chez les physiciens quant à l’explication du fonctionnement de l’univers.

 

Il y’a effectivement un problème important dans la compréhension actuelle de l’univers.

Résumons la situation : toutes les observations montrant que l’univers est en extension, on en a tiré la théorie du Big Bang. Or, on constate en même temps que l’univers est en extension de plus en plus rapide au fur et à mesure que le temps passe, ce qui est incompatible avec les modèles théoriques. Il a donc fallu inclure une nouvelle donnée rendant cette observation compatible avec les théories : l’énergie sombre. Tout le problème vient du fait que nous ne savons rien de cette énergie sinon qu’elle est nécessaire à la bonne marche des modèles.

 

Un autre problème a surgi : les observations du mouvement de la galaxie Andromède ont révélé que toutes les étoiles tournaient à la même vitesse autour du centre, même les plus éloignées. Cela est impossible : la dynamique devrait normalement être largement supérieure pour les étoiles proches du centre que pour les étoiles lointaines (d’après les lois de Kepler qui s’appliquent autant dans un système solaire que dans un complexe plus grand comme une galaxie). Or, une seule explication pourrait rendre compatibles ces observations avec la théorie : l’existence d’une matière noire, représentant près de 90% de la masse totale de l’univers (les étoiles et autres objets visibles – planètes, quasars, pulsars…- n’en constituant que 3%). Cette matière noire formerait un halo gigantesque et invisible autour des galaxies qui expliquerait le mouvement apparent des étoiles. Tout comme pour l’énergie sombre, la matière noire n’a jamais été observée, et ne tient que parce qu’elle conforte la théorie (et c’est ici qu’intervient le fameux boson de Higgs dont l’existence pourrait constituer une première preuve observable de la possibilité d’une matière noire).

 

Amas du boulet (un amas est un ensemble de galaxies), Nasa

Ainsi, les motivations de la fondation du LHC sont-elles nombreuses, et ses implications potentiellement intéressantes : beaucoup de physiciens parient déjà sur le fait que le LHC ne permettra pas de découvrir le boson de Higgs, ce qui remettrait sérieusement en cause la théorie du Big Bang…


Enfin, et pour en terminer avec la théorie :

 

 

Un autre aspect important, est la mythique « grande unification » des théories physiques.

Il existe effectivement, depuis les années 1920, deux théories majeures d’explication de l’univers dont l’une concerne l’infiniment petit (la physique quantique) et l’autre l’infiniment grand (la théorie de la relativité générale).

Or, ces deux théories qui expliquent magnifiquement bien les phénomènes de l’infiniment petit pour la première et de l’infiniment grand pour la seconde ont le mauvais goût d’être parfaitement incompatibles, rendant impossible l’existence d’une grande théorie unifiée du comportement de la matière (je m’arrêterai ici, faute de plus de compréhension personnelle ;-)

 

Certains espèrent donc réussir à découvrir un élément qui permettrait d’unifier ces deux théories autours d’une théorie plus vaste, la théorie des cordes (qui prévoit, entre autres, l’existence de 11 dimensions).

 

 

La bête comme projet d’un organisme paneuropéen

 

Le LHC a été décidé et conçu par le CERN (Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire, ancien Centre européen…), qui est un organisme scientifique européen créé en 1954 et basé à Genève. Il comprend 20 Etats membres depuis 1999. « Il a pour vocation la physique fondamentale, la découverte des constituants et des lois de l’Univers. Il utilise des instruments scientifiques très complexes pour sonder les constituants ultimes de la matière : les particules fondamentales. En étudiant ce qui se passe lorsque ces particules entrent en collision, les physiciens appréhendent les lois de la Nature. »

 

(Source : http://public.web.cern.ch/public/fr/About/About-fr.html, comme ce qui vient après)

 

L’histoire du CERN remonte au sortir de la seconde guerre mondiale : « la recherche européenne en physique est quasi inexistante, alors qu'elle était au sommet de sa gloire quelques années auparavant. C'est dans ces conditions que le français Louis de Broglie, Prix Nobel de physique en 1929 lance l'idée, lors de la Conférence Européenne de la Culture à Lausanne en 1949, de créer un laboratoire scientifique européen ».

 

Et ce fut un immense succès puisque : « Le CERN emploie un peu moins de 3000 personnes à plein temps. C'est le plus grand centre de recherche en physique des hautes énergies du monde. À ce titre il accueille environ 6500 scientifiques (représentant 500 universités et plus de 80 nations, soit près de la moitié de la communauté mondiale dans ce domaine) qui effectuent leurs recherches au CERN ».

 

Le CERN, et la grande couverture médiatique –mondiale- de l’inauguration du LHC, prouvent bien qu’un groupe d’Etats comprenant les troisième, quatrième et cinquième puissances économiques du monde peut réussir de la manière la plus grande et la plus positive qui soit à influer sur le sort de notre planète.

 



pays fondateurs du CERN (en bleu) et  l'ayant rejoint (en vert)




Pourtant, le CERN prouve aussi une chose beaucoup moins vantée.

 

 

A l’image d’Airbus ou d’Arianespace, le CERN n’est en aucun cas une organisation placée sous le patronage de l’Union Européenne. Il est un organisme international, fruit de la libre coopération entre des Etats-nation soucieux de mettre en commun leurs moyens trop faibles au sein d’une entité qui pourra compter dans le monde. D’ailleurs, le fait que la Suisse en soit un membre fondateur et que sept pays de l’UE n’en fassent pas partie le prouve bien : l’UE n’est aucunement liée au CERN dont les financements sont assurés par les Etats eux-mêmes. Comme tous les grands projets européens ayant réussi à apposer leur marque dans l’évolution du monde sur le plan technologique, le CERN n’est pas le fruit d’un vague désir technocratique promouvant le consensus mou comme forme suprême du dépassement du politique, mais, tout au contraire, le fruit d’une volonté politique commune et clairement établie des Etats-nation, financée sans l’ombre d’une hésitation par les eurosceptiques anglais ou danois. Les buts du CERN sont clairement établis, ils sont quantifiables, chiffrables et ouvrent des possibilités extraordinaires : ils sont le contraire du consensus par le règne du droit et de la norme que promeut l’UE comme seule fin.

 

Il est donc à la fois enthousiasmant de voir un grand projet paneuropéen triompher et terriblement décevant de constater que cela ne peut se faire qu’en dehors du cadre étriqué, apolitique et adécisionnel d’une Union Européenne représentant bel et bien l’impossibilité et non l’avènement de l’espoir d’une Europe politiquement unifiée.

 


Lady Ada

 

Par Lady Ada
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Jeudi 4 septembre 2008

Un petit peu de culture aujourd’hui, avec un mot sur ma série télévisée préférée.

Je vous ai prévenu dans l’introduction : dans ce blog, je traiterai de l’Europe par tous les biais possibles. Bien évidemment, la vie politique courante de notre continent en constitue la chair et le sel. Pour autant, il existe aussi des biais culturels qui révèlent à mon sens bien plus d’intelligence et de vérité politique que tous les discours du monde…




Battlestar Galactica
, c’est quoi ?

   Battlestar Galactica(BSG) est une série anglo-américaine créee par Ronald D. Moore et diffusée depuis 2004 sur Sky One et depuis 2005 sur la chaîne de science fiction Sci-Fi. Elle s’inspire largement de la trame d’un premier BSG diffusé à partir de 1978 : les hommes ont développé une civilisation technologiquement avancée et vivent sur douze planètes : les colonies de Kobol. Et voilà qu’en l’espace de quelques heures, ils se retrouvent anéantis par l’attaque des cylons, robots de fabrication extraterrestre dans la version de 1978 et de création humaine mais rebelles dans la nouvelle version (celle qui nous intéresse). Seuls survivent 50 000 personnes réfugiées dans des vaisseaux civils et un vaisseau militaire : le Galactica. Très rapidement, la flotte comprend qu’il n’y a pas grand-chose à faire face à un ennemi devenu bien supérieur et que la seule option est la fuite vers la planète d’une mythique treizième colonie : la Terre.

 Cette série s’organise en une « minisérie » de trois heures qui présente l’attaque et le départ vers la Terre des survivants menés par le commandant du Galactica (William Adama), et Laura Roslin, la toute nouvelle présidente. Elle est suivie de quatre saisons comptant chacune autour de quinze à vingt épisodes de quarante minutes. La quatrième saison débutée cette année devrait s’achever et terminer la série en 2009.

  Au centre "n°6", la principale Cylon de la série. Aux extrémités le commandant Adama et la présidente Roslin. Photographie de promotion pour la quatrième saison.


Pourquoi BSG est une série géniale

 Sur le plan formel, je fus d’emblée conquis par l’excellence du jeu des acteurs (quasiment tous) et par les musiques… à tomber. La qualité des effets spéciaux est tout à fait convenable et la volonté d’ultraréalisme supprime d’emblée tous les aspects insupportables du space opera[1] (pour les jeunes cons blasés que nous sommes), du style armes lasers et flamboiements de feu d’artifice à chaque explosion de vaisseau, boucliers magnétiques et autres bruitages dans l’espace qui faisaient tout le charme du Faucon millenium, mais que depuis, ça passe plus.

 Un autre aspect intéressant est la volonté de noirceur. Les personnages ont tous leurs errements : le commandant Adama est brillant mais commet de graves erreurs, la présidente Roslin est une connassepoliticienne machiavélique, mystique, jamais élue et pourtant férocement attachée à son pouvoir. Les conflits entre les deux menacent de faire exploser la flotte. Du sommet à la base, la série est rythmée par les oppositions, les jalousies, les suspicions aussi (des cylons prennent forme humaine au sein de la flotte).

 Un autre point fort de BSG tient dans la diversité des thématiques abordées : des rapports pouvoir civil/militaire à la question de la liberté en temps de guerre, en passant par le questionnement de la religion et de l’identité personnelle et collective face aux cylons devenus humains, la série se penche sur tous les aspects possibles (avec plus ou moins de brio suivant les épisodes).

 

 Pourquoi je parle de BSG (en dehors du fait que c’est une série géniale) :

         1. BSG et les Etats-Unis

Il est maintenant temps d’en venir au cœur de ce qui, dans la série, intéresse ce blog : à savoir la manière dont cette série s’inscrit dans notre histoire immédiate comme dans l’identité du nouveau monde… et de l’ancien.

 Effectivement, le parallèle entre l’univers de BSG et les Etats-Unis d’Amérique est transparent : treize colonies (avec la mythique Terre) fondées après une série d’exodes, un système politique présidentiel, une religiosité omniprésente dans le système politique et des thématiques bien américaines (avortement, religion, méfiance voire paranoïa des citoyens envers le pouvoir, du politique envers le militaire, des journalistes envers tout le monde…). Jusqu’au genre du space opera inventé dans les années 30 et 40 aux Etats-Unis, et qui n’a jamais été qu’un moyen pour les Américains de projeter les problématiques de leur temps dans un avenir lointain et dans un espace imaginaire aux possibilités illimitées (et pourtant longtemps explorées de manière singulièrement réduites dans le space opera). La diversité des thématiques dans BSG recoupe ainsi les théâtres d’affrontements politiques des Etats-Unis de l’après 11 septembre.

 

Laura Roslin prétant serment dans son vaisseau en perdition, peu après la destruction des Colonies. Quelque part entre Lyndon Johnson et Hillary Clinton... minisérie





 Mais BSG, c’est avant tout la série de la chute. A l’image d’une part importante de la production cinématographique, télévisuelle et littéraire américaine
[2], BSG met en scène l’effondrement symbolique des Etats-Unis. La fréquence de ces productions révèle une obsession bien américaine : celle d’une nation qui se conçoit comme cernée par les périls. Or, le fonctionnement de ces œuvres est toujours à peu près équivalent : l’effondrement suit de peu la perte de valeurs qui constituaient la société. Le triomphe de l’ennemi est moins la preuve de l’existence du Mal que la conséquence d’un échec préalable de la société. Et seul un renouvellement perpétuel des valeurs qui sont à la base de leur système politique peut permettre aux survivants des douze colonies (donc aux Etats-Unis) de remporter la victoire.

  L’obsession de l’effondrement est donc un moyen pour les Etats-Unis de réaffirmer les fondements de leur nation. Ce qui ne peut qu’interroger de ce côté-ci de l’Atlantique. Dans une Europe pacifique et éprise de tranquillité qui semble ne plus se rappeler l’existence de dangers.

 

            2. BSG et l’Europe

L’histoire est bien connue. Après 1945, l’Europe décida de se reconstruire, dans un élan de générosité internationaliste et d’enthousiasme pacifiste. Puisant son énergie dans la honte des crimes commis durant la seconde guerre mondiale, notre continent adopta la CECA, refusa la CED (parce que la guerre, c’est mal) et adopta dans le délire des foules la CEE puis l’Union Européenne. Tout cela nous a permis d’éviter la guerre et de vivre heureux, en ayant beaucoup d’enfants (enfin, de moins en moins quand même…).

 Ce joli conte a de nombreux avantages, même si, comme j'ai commencé à le montrer ici, la véritable construction d’une unité politique de notre continent n’en fait pas partie. Une autre conséquence de la prégnance de ce conte dans les esprits est l’impossibilité dans laquelle se trouve l’Europe de s’envisager comme puissance, qu’elle soit douce (culturelle et commerciale) ou dure (politique et militaire). En toute logique, l’idéologie pacifiste à la base de la construction européenne rend d’autant plus difficile le rapport des pays les plus en pointe dans la construction envers les pays qui n’ont pas rejeté le recours à la force comme moyen d’une politique étrangère. Pays immédiatement renvoyés dans les limbes d’une barbarie de laquelle nous, Européens « qui avons tant appris de l’histoire »[3], sommes sortis par la grâce du Traité de Rome et de ses multiples avatars diplomatico-kafkaiens.

  Ainsi s’expliquent en partie les réactions de rejet envers les diplomaties jugées brutales d’Etats comme les Etats-Unis[4] ou Israël. Rejets qui me donnent de plus en plus l’impression que nous assistons à l’émergence de deux civilisations parallèles. D’un côté de l’Atlantique, l’Ancien Monde vit dans l’impression d’un calme universel et intemporel, paradis postmoderne et ahistorique mis en avant par Robert Kagan[6]. Les quelques soubresauts qui l’agitent, attentats du 11 mars 2004 à Madrid ou du 12 juillet 2006 à Londres, sont vécus comme les signes isolés et insignifiants d’une barbarie à laquelle la meilleure réponse politique à adopter est l’inaction, puisque l’action supposerait une violence symbolique et réelle qui nous mettrait au même rang que les terroristes. D’ailleurs, les Etats-Unis qui tentent de répondre à cette menace et de l’encadrer sont le plus souvent considérés contre toute logique comme les véritables responsables des actes terroristes.

 Ainsi s’explique l’incompréhension dans laquelle nous nous trouvons devant l’accumulation de films ou de séries télévisées américaines mettant en scène l’effondrement symbolique de nations qui cherchent encore à saisir quelle est leur place dans ce monde. Et qui n’ont pas renoncé à l’habiter, quitte à rechercher des Terres mythiques, à voir l’ennemi là où il n’est pas, à commettre des erreurs ou à confier de temps en temps leur destin au hasard.

 
Car la Terre ne nous attendra pas.
Nos vaisseaux sont prêts , à nous de savoir les guider...

(L'affiche ci-dessus fut produite durant la guerre menée par l'armée israelienne contre le Hezbollah entre le 12 juillet et le 14 août 2006. L'argument purement moral sur lequel il s'appuie est représentatif de ce que furent les réactions d'incompréhension en Europe, et tout particulièrement en France, face aux enjeux et aux motivations de la guerre)





[1] Entendons nous bien : je n’ai jamais plus de plaisir qu’en regardant un vieux space op’ délicieusement kitsh, où les vaisseaux d’odieux extraterrestres nazis/communistes explosent dans un flamboiement de gerbes électriques roses-violettes sous l’œil triomphateur du magnifique mâle blond aux yeux bleus tenant dans la puissante musculature de son bras gauche une femme sculpturale et tout juste vêtue d’un soutien-gorge en peau de bête. Mais là n’est pas la question.

[2] Sur le plan littéraire, on retiendra par exemple le tout récent et crucial Journal de nuitdans lequel Jack Womack décrit la décomposition progressive (et sans cause extérieure) de la société américaine vu par une fille de 12 ans.

[3] Citation de mémoire des propos tenus par le ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin aux Nations-Unies en 2003, peu avant l’invasion américaine en Irak.

[4] La Présidence calamiteuse de Georges W. Bush ne doit pas abuser sur le rapport des présidents américains précédents à la force militaire : tous ont un jour eu recours à celle-ci. Les préventions de Jimmy Carter dans les années 1970 ont conduit à de multiples échecs diplomatiques et ont contribué à sa défaite électorale de 1980. Quant aux préventions de Bill Clinton dans les années 1990, elles se sont évanouies à la fin de sa Présidence pour laisser place au bombardement de la Serbie en réponse à l’épuration ethnique menée par cette dernière au Kosovo.
[6] Robert Kagan, La puissance et la faiblesse, Paris, 200 ?. L’essayiste néoconservateur s’y fait le partisan d’une puissance politique et militaire européenne : l’occasion de remarquer que tous les néoconservateurs ne sont pas les partisans cyniques d’une Europe faible. L’occasion aussi de remarquer que les deux côtés de l’Atlantique sont de plus en plus incapables de comprendre leurs développements politiques divergents (le soutien des gauches européennes à la candidature Obama en est un signe supplémentaire).

Par Lady Ada
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Vendredi 29 août 2008

 


Une guerre, le redressement inattendu d’une puissance déchue, une paix tronquée, une construction européenne révélée dans ses véritables mobiles : voilà une actualité chargée pour le premier mois de ce modeste blog !

 

 Evènements sur lesquels je vais provisoirement tirer le rideau pour deux raisons :

- tout d’abord, je désire traiter de l’Europe par des biais divers, et la seule réaction à l’actualité ne peut me contenter. D’autres parts, je dois pas mal travailler certains aspects théoriques de la question européenne, et une petite prise de distance ne fera pas de mal.

- une contrainte plus triviale ensuite : mon déménagement prochain me contraint à me passer d’internet pendant 15 jours au moins. J’essaierai de poser mon baluchon dans un cybercafé, histoire de poster un ou deux articles que j’ai soigneusement laissés sur le grill, mais ma capacité de réaction à l’actualité sera tout de même bien diminuée.

 Donc, et avant de tourner la page, je vais tenter de dresser un bilan court et provisoire de la guerre russo-géorgienne et de ses suites dans une perspective essentiellement européenne.

 Avec le modeste recul qui est le notre aujourd’hui, il me semble que l’on peut diviser cet après-guerre (tout ce qui suit le 13 août 2008) en trois phases.

 

- la première fut l’immédiat après-guerre et le triomphe russe. L’armée russe restait campée à Gori et agissait en armée d’occupation sur une partie du territoire géorgien, profitant de sa position de force pour détruire les capacités militaires et stratégiques géorgiennes (notamment le port de Poti et les voies de communication entre l’ouest du pays et la capitale Tbilissi). Les propos pacificateurs du président Medvedev étaient en contradiction avec la réalité du terrain. Deux interprétations de cette contradiction existent : la première faisant part d’un conflit au Kremlin entre une aile « libérale » prônant le statu quo autour de Medvedev et une aile « dure » prônant la prise de Tbilissi et le renversement du régime géorgien, autour de Poutine. La seconde interprétation (majoritairement admise) est que l’apparente contradiction russe est un signe de mépris clairement envoyé à l’occident. Désormais, la Russie est seule juge de ce qui doit advenir de ses pays voisins et « ne joue plus selon les règles occidentales »

[1].

 

- la seconde phase s’est ouverte le 18 août avec le début du retrait russe et la reprise de contrôle partielle de son territoire par l’armée géorgienne. L’attitude de la Russie est néanmoins restée vindicative et son soutien aux régions séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie est total. C’est d’ailleurs à la demande des dirigeants de ces deux régions que les deux chambres du Parlement russe votent l’une après l’autre une motion de soutien à l’indépendance, le 25 août. Dans la foulée, le président Medvedev suit l’avis de l’Assemblée et reconnaît cette indépendance le 26 août 2008. La boucle est bouclée : il ne reste plus désormais pour la Russie qu’à intégrer les deux républiques au sein de la Fédération.

 

 

 

Scènes de joie en Ossétie du Sud après la reconnaissance par la Russie de son indépendance.


- c’est alors que s’ouvre la troisième phase beaucoup plus longue durant laquelle va se mettre en place la réaction des pays occidentaux face à ce qui constitue un affront militaire et diplomatique complet, dont l’ampleur est sans égale depuis la fin de la Guerre Froide. Je n’émets pas là un jugement moral, mais une simple constatation. Enfin, je doute fort que les Russes profitent à long terme de leur action mais il faut l’avouer : à court terme, l’image de puissance restaurée qu’ils donnent est tout aussi impressionnante que disproportionnée
[2].

 Et, justement, cette disproportion a quelque chose d’intéressant, car elle est avant tout le fruit d’une vision européenne des choses. Un fait très intéressant est survenu le 27 août 2008 : la Chine et les autres Etats de l’Organisation de Coopération de Shanghai[3] ont refusé de manière catégorique la reconnaissance des indépendances abkhaze et ossète. Preuve s’il en est que l’isolement diplomatique de la Russie sur la question géorgienne est loin d’être limitée aux pays occidentaux. Preuve aussi que l’impression donnée par le regain de puissance russe durant ce conflit a bien moins agi sur le reste du monde que sur l’Europe…

 Ce qui est tout à fait logique de la part d’un continent dont j’ai déjà largement prouvé qu’il était dans l’incapacité de penser le monde en termes de rapport de force. Ainsi, là où les Chinois et (malgré leurs gesticulations) les Américains[4] voient avant tout la réaffirmation d’une puissance dans le concert des nations, un mouvement de plus dans la grande symphonie d’un monde qui ne cesse d’évoluer (en bien comme en mal), les Européens semblent quant à eux incapables de penser cet évènement autrement que de manière morale.

 
Etats membres (en vert) et observateurs (orange) de l'Organistion de coopération de Shanghai.



Il n’importe moins en Europe de comprendre le monde né le 8 août que de savoir s’il est bien ou mal qu’il soit né.

 

Bien entendu, aucun Etat ne se fonde sans normes morale, sans valeurs sur lesquelles s’appuyer, comme je l’ai évoqué dans mon précédent article. Il est donc important qu’un Etat fasse part de son jugement moral quant à une situation politique.

Néanmoins, la morale à elle seule ne fait pas politique. Si un Etat ne soumet pas ses normes morales aux rapports de force politiques, il se condamnera à parler dans le vide de normes morales éthérées dont le monde entier se moquera.

 Ainsi, lorsque Kouchner déclare : «Nous essayons d'élaborer un texte fort, signifiant notre volonté de ne pas accepter [la situation en Géorgie]»[5], il se place sur le terrain moral (nous n’acceptons pas la situation, donc elle représente un mal pour nous) tout en essayant de lui donne un poids politique (le « texte fort »).

 

Tout ceci pourrait être louable si nous nous entendions sur la signification exacte de l’expression : « ne pas accepter la situation » :

- cette expression pourrait signifier : nous entendons mettre en œuvre le nécessaire afin que cette situation devienne inacceptable pour la Russie. En clair, il s’agit de menacer la Russie et de l’intimider afin quelle « libère » la Géorgie : nos objectifs moraux correspondent ainsi à la réalité politique.

- mais cette expression peut aussi avoir une autre signification : Kouchner ne pense ici qu’en fonction de la situation telle qu’elle devrait être à ses yeux : il plaque son idéal sur une réalité qu’il ne peut influencer, puisque l’Europe refuse toute idée de rapport de force. En clair, Kouchner accuse la Russie de n’avoir pas respecté l’idéal qu’il se faisait d’elle ! N’est-ce pas émouvant ? Le ministre des affaires étrangères russe ne s’y est pas trompé, qui a eu vite fait de ridiculiser le nôtre…

 

Dmitri Medvedev et ses ministres au moment de la reconnaissance de l'indépendance ossète. De toute évidence, la terreur face aux propos de Kouchner se lit sur leurs visages.


Il est donc évident pour moi que cette seconde interprétation est la bonne. La réaction de l’UE est ainsi condamnée à n’être qu’un verbiage moral supplémentaire.

 


Et il n’est pas bien difficile de voir quelle sera l’attitude européenne dans les mois à venir :


Après une déclaration de principe dans laquelle nous condamnerons l’usage de la force en général et celui de la Russie en particulier

[6], nous prendrons des mesures de rétorsion qui auront le double désavantage d’être purement symboliques. Désavantage car cela nuira à nos rapports avec une Russie qui n’appréciera évidemment pas que l’on juge son action. Désavantage aussi car cela nuira à nos rapports avec la Russie en vain. Qu’est-il besoin de condamnation morale si celle-ci n’est suivie d’aucune mesure mettant effectivement en difficulté le pays condamné, afin de lui faire connaître le prix de notre ire ?


 

Encore une fois, l’intervention européenne apparaîtra comme vaine et vindicative. L’image de l’UE sortira une fois de plus dégradée et ridiculisée.

 
Au bout de quelques temps de froid diplomatique, le froid météorologique reprendra ses droits et bon nombre de dirigeants européens jugeront que l’UE a fait tout son possible pour « ramener la Russie à la raison ». L’UE profitera donc du fait que la Russie a répondu aux attentes européennes sur un ou deux points purement symboliques (ou non, mais on fera comme si), et Nicolas Sarkozy pourra alors se lancer dans un discours rempli d’émotion à l’occasion d’un voyage à Moscou, discours durant lequel il mettra en avant le fait que la Russie à vocation à devenir un grand « partenaire » (je m’imagine Louis XIV parlant de « partenaire » à propos de l’Autriche). Nous pourrons alors normaliser nos relations avec la Russie non sans rabrouer des Pays Baltes outrés et terrorisés par cette capitulation européenne, leur rappelant sans doute leur « incorrection » en tant que pays membres de l’UE comme le fit si gracieusement Chirac dans le passé. Tout ceci au prix modique d’une petite déformation de la réalité dont j’ai déjà montré les mécanismes, et qui suffira à dissimuler le retournement de veste européen sous le noble masque de la vertu.

 


Voilà tout ce que je pouvais dire sur ce conflit russo-géorgien. Cette grande page va donc se fermer provisoirement en ce qui me concerne, sur ce constat pessimiste. Bien entendu, je continuerai à suivre et à commenter les développements de l’affaire, mais au sein d’articles plus isolés et moins systématiques que ceux de ce mois d’août.

 
Vous devez aussi vous dire, chers lecteurs, que ma vision de l’Europe est bien négative pour qui prétend militer en faveur d’une unification politique de notre continent !

 Je vous répondrai que, justement, c’est à mes yeux cette absence d’unité et les paravents kafkaïens qui nous dissimulent ce vide politique qui donnent à l’Europe actuelle son aspect de continent sans estomac et sans parole.


C’est pourquoi je me suis lancé dans l’écriture de ce blog. En entrant dans la chair et le cœur des vrais mensonges politiques et des faux mythes fondateurs pour en extraire ce qu’il peut y avoir de salvateur et de durable pour notre continent.

 

Et en espérant vous apporter de la matière, des connaissances, voire des convictions,

Lady Ada

 

 

 



[1] La thèse du « conflit » au Kremlin est portée par Pavel Felgengauer, l'analyste moscovite des questions de défense, dans l’article « Cette opération a été planifiée de longue date », le Figaro, 18/08/08. La thèse du mépris russe est portée par Maria Lipman (de qui est la citation), experte des relations internationales au centre Carnegie de Moscou, citée par Marie Jégo dans l’article « La Russie fait cavalier seul selon ses propres règles », Le Monde, 25/08/08

 

[2] Un exemple de cette disproportion entre image et réalité en est donné par la réaction des marchés russes durant le conflit, qui s’est avérée catastrophique puisque  « Au plus fort du conflit […], les réserves en or et devises de la Banque centrale ont fondu de 16,4 milliards de dollars (11,1 milliards d'euros), soit 2,7 %, passant de 597,5 à 581,1 milliards de dollars. », Marie Jégo, « Les marchés sanctionnent la guerre russe en Géorgie », Le Monde, 23/08/08.

[3] Fondée en 2001, cette organisation régionale regroupe plusieurs des principaux pays asiatiques (dont la Russie et la Chine). Les mobiles de sa fondation sont notamment la volonté de constituer une sphère d’influence autonome de celle des Etats-Unis.

[4] Washington juge des sanctions « prématurées ». Le Figaro, 28/08/08.

[5] Ibid.

[6] L’usage de la force en général, sans faire aucunement mention de la situation sur le terrain ou des données de ce conflit en particulier. Il s’agira d’une condamnation morale, et non politique.

Par Lady Ada
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