Encore une fois, le petit bloggueur paresseux que je suis va s'effacer devant la plume de Dante qui nous livre ici son analyse du film Le Président, d'un certain Henri Verneuil (je vous parle d'un temps que les gens nés après 1983 ne peuvent pas connaître ;-). En même temps, je ne peux que féliciter les efforts de Dante qui, comme le bon docteur Frankestein qu'il est, tente de réscussiter mon pauvre blog longtemps endormi suite à la paresse coupable de son auteur originel.
Je vous laisse donc en compagnie du film politique Le
Président, et des jésuitismes très "IVeme République" qu'il entend dénoncer, non sans oublier que ce furent précisément les arrangements minables entre groupes parlementaires communistes et
gaullistes, sous l'oeil bienveillant des gouvernements court-termistes de cette république, qui enterrèrent définitivement le seul projet véritablement politique de construction européenne : la
Communauté Européenne de Défense.
Il est des films dont la justesse et la précision continuent de vous habiter au-delà de la première vision. Ces films reviennent régulièrement dans votre lecteur dvd car ils ne cessent jamais de vous révéler leur force, leur puissance, ce qui fait qu’ils nous bouleversent et s’inscrivent en nous. Le Président, d’Henri Verneuil, est de ceux-là.
Sorti sur les écrans parisiens le 1er mars 1961, Le Président est adapté d’un roman de Georges Simenon. La réalisation est d’Henri Verneuil et les dialogues de Michel Audiard. Le Président met en scène un ancien Président du Conseil, Emile Beaufort, qui égrène les souvenirs de sa vie politique en rédigeant ses mémoires. Campé par un Jean Gabin grandiose, Le Président rend compte de toute l’ambiance politique de la IVe République et de ses débats, en particulier sur la question européenne.
Le Président est-il un film politique ?
Certains estimeront que la réponse est dans la question. C’est pourtant loin d’être aussi évident. Cela dépend à la fois de la définition du fait politique, du film politique tel qu’on l’entend, de son contenu et de ses implications.
Sur le fait politique proprement dit, les appréciations de chacun étant variables, il s’avère difficile de pouvoir le définir dans toutes ses implications. Il serait en réalité bien long, de surcroît, d’en détailler toutes les composantes. Retenons simplement des éléments généraux qui nous permettront de répondre à l’interrogation initiale. La politique, du grec politikos (littéralement : « de la Cité ») est ce qui constitue l’investissement, la gestion et le gouvernement des affaires de la cité, de la polis. La politique est relative au gouvernement d’un Etat ou d’un autre échelon territorial, et désigne également la science ou l’art de gouverner, de gérer les affaires publiques.
Pris dans cette très simple acceptation, la présence du politique au cinéma peut être néanmoins identifiée, même si tout film peut être « politique ». Je réserve ce débat sur la présence du politique dans l’art à des commentaires annexes, m’attachant ici à répondre à une problématique. Tout film pourrait être considéré comme « politique » même s’il arbore très haut le drapeau blanc du divertissement, pour qui se donne la peine de le décoder. Il faudra donc se contenter de définir le film politique comme un genre cinématographique qui traite explicitement du gouvernement de la cité et de l’exercice du pouvoir, de sa conquête et de la dénonciation de ses excès.
Le Président répond à cet ensemble de critères, mais le pourquoi de la problématique apparaît ici : Le film politique est-il un genre à proprement parler ou un thème récurrent qui inspira particulièrement les années 1960 et 1970 ? Dans son ouvrage Ecoles, genres et mouvements au cinéma [1], Vincent Pinel indique que cette question reste « ouverte ». Elle se pose d’autant plus que le film politique possède, selon beaucoup, deux bras armés : le film de propagande et le film militant. Il faudra donc envisager ici le film politique sous l’angle de la fiction. Et en cela, Le Président se révèle palpitant et un vrai film politique.
Une très brève histoire du film politique
Il est à ce titre intéressant de noter que le cinéma éprouva longtemps une certaine répugnance à évoquer la politique si ce n’est sur le mode anecdotique, sentimental, ou sous la forme de portraits d’hommes ou de femmes de pouvoirs (Napoléon d’Abel Gance en 1927, L’Impératrice rouge de Josef Von Sternberg en 1934, Ivan le Terrible de Sergueï M. Eisenstein en 1946 ou encore Viva Zapata de Elia Kazan en 1951). Deux grands classiques du muet, deux films novateurs dans leur forme, abordèrent de façon très particulière des thèmes politiques : La Naissance d’une nation [2] de David Wark Griffith en 1915 exalta l’unité nationale ; Métropolis de Fritz Lang en 1927 aborda avec anticipation l’interrogation sur la modernité et le modèle de la ville [3]. Des comédies aussi bravèrent ce qui relevait presque de l’interdit (M. Smith au Sénat de Frank Capra en 1939) ou avec une violence et une acuité burlesques (Soupe au canard des Marx Brothers en 1933, Le Dictateur de Charles Chaplin en 1940).
Les années 1960 et surtout 1970 furent prolixes en la matière. La plupart des films politiques de cette période traitent de la dénonciation d’abus et de scandales des différents pouvoirs, de Tempête à Washington de Otto Preminger en 1962 et Main basse sur la ville de Francesco Rosi en 1963 à L’Homme de marbre de Andrzej Wajda en 1977 en passant par les thrillers politiques de Costa-Gavras, de Z en 1969 à L’aveu en 1970. D’autres, pour échapper aux ciseaux de la censure, utilisèrent les ressources de l’allégorie, de l’apologue ou de la parabole : Miklos Jancso en Hongrie communiste avec Les Sans-espoir en 1966, Glauber Rocha dans le Brésil de la dictature militaire avec Terres en transes en 1967, Carlos Saura dans l’Espagne de Franco avec Anna et les loups en 1972 et La cousine Angélique en 1974, Théo Angelopoulos dans la Grèce des colonels avec Le Voyage des comédiens en 1975. Signalons enfin que le cinéma asiatique n’est pas avare en la matière, en particulier le Japon : Le Héros sacrilège de Kenji Mizoguchi en 1955 constitue un véritable plaidoyer pour la modernité, le héros n’étant sacrilège que vis-à-vis d’un ordre déjà dépassé, et Kagemusha de Akira Kurosawa en 1980 qui s’interroge sur l’identité du Japon. Force est de constater que le film politique, s’il est aujourd’hui en recul, continue d’être décliné dans des œuvres aussi différentes que complexes.
Barthélémy Amengual distingue, dans son ouvrage Clefs pour le cinéma [4] deux directions majeures du cinéma politique : un « cinéma insurrectionnel ou insurgé » (militant) et un « cinéma civique qui mobilise les consciences sur les problèmes immédiats de la réalité politique et sociale ». Le propos généreux du film politique est donc d’aider, avec une efficacité vraiment modeste, à la prise de conscience des enjeux, de la réalité politique, des faits et des actes qui touchent les affaires publiques. Le Président est pleinement un grand film politique en ce sens.
Le Président, la conception et la pratique du pouvoir
Le film recrée l’ambiance de la IVe République, faîte d’instabilité et de marges de manœuvres politiques limitées. Mais Le Président est avant tout une réflexion sur la pratique du pouvoir et l’art de gouverner. La scène qui précède celle à l’Assemblée est assez remarquable. Un Député, ancien camarade de classe du Président du Conseil vient le voir pour lui demander un service :
- « J’ai besoin d’un service (…) Il y a le mois prochain une adjudication pour le port de Bordeaux. Or il se trouve, comme par hasard, que mon beau-frère dirige une importante affaire de construction, dans laquelle je suis plus ou moins associé…
- Non.
- Comment ça, « non » ?
- Vous me demandez d’intervenir auprès du service des adjudications pour faciliter une affaire à laquelle, vous, conseiller général, êtes associé. Alors je dis non, c’est tout.
- Mais j’ai juste besoin d’un petit coup de main ! Tu peux tout !
- C’est précisément pour ça que je ne peux pas tout me permettre ».
Outre qu’elle dénonce le népotisme en vigueur dans le monde politique, la scène avance l’idée d’une certaine éthique du pouvoir. Ce thème se retrouve notamment décliné dans les conceptions politiques de Pierre Mendès-France.
D’autres scènes mettent en lumière cet art de gouverner lorsque la décision de la dévaluation et de la fixation de son taux interviennent. Mais c’est dans les dernières scènes qu’est dépeint un certain machiavélisme. L’ancien secrétaire d’Emile Beaufort, Philippe Chalamont, est pressenti pour devenir Président du Conseil car son parti est susceptible de détenir une majorité. Or, au moment de l’épisode de la dévaluation, Philippe Chalamont avait communiqué le taux et la décision à son beau-père, un banquier, qui avait ainsi amorcé des prises de positions dans les bourses et fait perdre 3 milliards aux épargnants français. Emile Beaufort lui avait alors fait rédigé une lettre d’aveu [*] mentionnant sa responsabilité dans l’échec de la dévaluation. Lorsqu’il est pressenti au poste de Président du Conseil, Philippe Chalamont vient demander son accord et son appui à Emile Beaufort. La scène est grandiose, puise dans la psychologie et le machiavélisme politique :
- Bonsoir M. Le Président. Vous m’attendiez ?
- Je vous attends depuis vingt ans.
- Qu’est-ce que vous regardez ?
- Cela. Je ne pensais jamais revoir cette maison. C’est étrange. Je m’attendais à une sorte de gêne ou de honte, en tout cas de malaise.
- Vous vous surestimez.
- Peut-être, oui. Je n’éprouve finalement que de l’émotion, c’est presque agréable.
- Asseyez-vous.
- J’ai cru à un moment que vous refusiez de me recevoir. Je suppose que vous me haïssez toujours.
- Oh, vous savez, j’ai 73 ans.
- Ça n’empêche pas les sentiments.
- Ça les atténue. A mon âge, on vit en veilleuse. On peut encore marcher, manger, aimer, haïr, mais à condition de faire ça doucement (…) En ce qui vous concerne, la surprise ne joue pas. Je vous ai souvent vu à la télévision. Vous étiez fort brillant. Ce qui laisse le plus à désirer, chez vous, ça n’a jamais été le style. Je vous ai également vu et entendu ce matin, mais là, le style était plus évasif. Il s’agissait je crois d’une réponse à donner au Président de la République. Vous auriez pu économiser du temps en la donnant tout de suite.
- A condition qu’elle soit négative, n’est-ce pas ? Et vous prétendez que la haine s’atténue ? Je trouve, moi, que vos sentiments n’ont pas variés.
- Ce qui n’a pas varié c’est ma notion de ce que doit être un chef de gouvernement. Cette notion-là ne variera jamais ».
La suite de la scène reprend des thématiques du Prince de Machiavel dans la technique pour la prise personnelle du pouvoir. Jouant sur le ressort psychologique, Philippe Chalamont utilise la carte de l’éthique politique pour obtenir l’approbation d’Emile Beaufort. Ensuite, il aborde le jeu des réalités politiques pour le convaincre :
- Je vous admire. Car ma notion à moi a bien changé. Votre attitude, lorsque vous étiez au pouvoir, m’a souvent heurté mais aujourd’hui j’agirais de même. Voyez-vous, Président, je pense que si la croissance s’arrête de bonne heure, un homme ne cesse jamais de grandir. C’est ce que j’ai longtemps refusé de comprendre mais qui m’apparaît aujourd’hui comme une vérité première. A partir d’un certain degré de réussite, un homme d’Etat fait abstraction de son orgueil et de ses intérêts personnels pour devenir le prisonnier de la chose publique.
- Vous avez découvert ça quand ?
- Quand ? Je ne sais pas. Après ma première élection ou après ma nomination au Conseil monétaire, je ne sais pas. Mais ma conviction est faîte. Me permettez-vous de vous poser une question ? Voyez-vous parmi les hommes politiques d’aujourd’hui un chef de gouvernement qui s’impose et qui rende ma candidature superflue ?
- Non.
- Voyez-vous un parti plus apte que le mien à dénouer la crise ?
- Non.
- Pensez-vous que je sois capable, et là mieux qu’un autre, de résoudre les problèmes syndicaux et d’éviter la grève générale qui nous menace ?
- Oui.
- Estimez-vous que je possède la technique, l’expérience, en un mot la stature d’un homme d’Etat ?
- Oui.
- Bon, alors dans ce cas, levez-vous votre veto ? »
Après une hésitation, Emile Beaufort parvient à comprendre la motivation réelle de son ancien secrétaire. Lorsque Philippe Chalamont lui déclare qu’il compte gouverner avec son agrément et son appui, lui demandant une « coopération secrète mais totale », Emile Beaufort revient sur sa position initiale, dictée par sa conception de l’exercice du pouvoir :
- Ce que vous venez de me dire me flatte Chalamont. Pour des raisons personnelles je vous ai longtemps pris pour un salaud et je constate avec plaisir que là aussi j’avais quinze ans d’avance. Et dire que vous avez failli m’avoir. Vous êtes intelligent Chalamont, comme tous les salauds d’ailleurs. Vous savez qu’il y a des gens que l’on peut acheter avec des billets ou des enveloppes. Moi, vous avez essayé de m’avoir par la vanité. Ce que vous venez de faire est ignoble. (…) Vous venez d’être de la plus grande lâcheté, celle de l’esprit. Et c’est pour ça Chalamont que je ne vous laisserez jamais prendre le pouvoir. Parce que c’est une saloperie de venir au pouvoir sans avoir une conviction à y appliquer.
- Je ne serais pas le premier !
- Savez-vous pourquoi je vous ai fait écrire cette fameuse lettre [*] et pourquoi je l’ai gardé ?
- Oui, je le sais figurez-vous. Par vengeance. Pour humilier un homme que vous n’aimez pas !
- Non, pour préserver un pays que j’aime bien !
- Alors pourquoi disiez-vous tout à l’heure que j’étais un gouverneur possible ? En tout cas pas plus mal qu’un autre…
- Pas plus mal qu’un autre ? Décidément, vous êtes plus ambitieux pour vous que pour votre pays ! Voilà tout ce que vous lui souhaitez : « un homme pas plus mal qu’un autre ». Mais quand on a cette ambition là, on ouvre un bazar, on ne gouverne pas une nation ! (après d’autres échanges) Foutez le camp, Chalamont. Dîtes au Président de la République que vous renoncez, enveloppez ça dans le bobard que vous voudrez, allez ! vite !
- Avant, laissez-moi regarder le dernier dépositaire de la France ! Et vous parlez d’ambition ! Vous savez ce que vous aurez à la Présidence du Conseil ? Un Marcel Ferchoux, un crétin, et un crétin honnête comme les aimez !
- Et ben ça sera déjà ça ! Vu ce que ça rapporte d’être honnête ! »
Ici s’affronte deux visions de l’exercice du pouvoir. Le mérite du film est de souligner les contradictions de part et d’autre : le déni d’une conviction dans l’exercice du pouvoir s’appuyant sur les opportunités conjoncturelles et la défense d’une certaine éthique qui la fait prévaloir sur des réalités politiques. L’échange illustre ici à merveille un débat sur la conception politique.
Le Président et l’Europe
De surcroît, Le Président retranscrit un pan de l’histoire politique européenne. La plus grande scène du film demeure le débat à l’Assemblée sur le projet d’union douanière. Cela permet de situer historiquement l’extrait du film après les années 1930, postérieur à la création de l’U.D.E (Union Douanière Européenne) en 1927, suite au Traité de Locarno de 1925. Dans le manifeste du Comité français de l’U.D.E se retrouve les buts libres-échangistes, l’objectif d’un désarmement douanier progressif, par paliers et par ententes régionales, devant contribuer à affermir la paix européenne. De manière plus plausible, l’action se déroule après la 2nde Guerre Mondiale, même si l’usage de la fiction brouille volontairement quelques pistes. Bien des répliques font penser que la première guerre mondiale est déjà un souvenir éloigné…
Cette scène monumentale donne tout d’abord à voir le discours souverainiste qui n’a pas changé d’un iota depuis, discours centré sur l’inutilité de l’Europe.
L’extrait se trouve ici :
Ensuite, vient le tour des Indépendants Républicains, opposés eux aussi au projet d’Union douanière :
Enfin, vient le discours du Président. Ce dernier est habité tout entier par la conviction européenne, et dénonce l’Europe que prévoit certains. Un grand moment, assurément :
Les clivages suscités par la question européenne démontrent leur importance sur les clivages et les alliances parfois inattendus des partis politiques nationaux. La question européenne est ici traitée aussi bien sur sa configuration que sur ses implications. Donnant à voir la vigueur des débats de la IVe République, Le Président est assurément un grand film politique. Plongeant dans les arcanes de l’exercice du pouvoir et de l’art de gouverner, traitant des conceptions et de questions alors primordiales, Le Président offre l’illustration d’un cinéma constructif, pertinent et grand public. Autant de paramètres rarement réunis et qui font pourtant les grands films.
[1] PINEL Vincent, Ecoles, genres et mouvements au cinéma, Paris, Larousse, Collection « Reconnaître », 2000.
[2] A l’époque, le film de David Wark Griffith provoqua à la fois la reviviscence du racisme dans le sud (non voulue par Griffith) et une exaltation de cette unité nationale que Lincoln avait souhaitée non raciste. Le film véhicule des idéologies contradictoires, qui n’ont plus qu’un intérêt historique, et passa inaperçu en Europe en 1921. Pour Vincent Pinel, le film « exalte l’action du Ku Klux Klan ».
[3] Pour Vincent Pinel, qui reconnaît le génie de Fritz Lang, Métropolis « vante la prétendue réconciliation du capital et du travail par la médiation du cœur », [Ibid, p.172]. Si par certains aspects, cette superproduction anticipe ce que sont devenues nos villes aujourd’hui, elle témoigne d’abord d’une interrogation sur ce que doit être la ville. Il faut « un médiateur entre le cerveau et les mains, et ce médiateur doit être le cœur ». On a souvent vu dans cette parole de Maria une parabole chrétienne, alors que, plus radicalement, c’est le développement de la Cité occidentale en tant que tel qui est repensé : comment éviter l’apocalypse ? En fondant à nouveau la ville-mère sur une tripartition harmonieuse, répond à sa manière le film de Lang. Dès sa sortie, Métropolis a frappé par la hardiesse de ses décors et de ces prises de vues. Plus de soixante dix ans plus tard, c’est encore là que réside sa profonde modernité.
[4] AMENGUAL Barthélemy, Clefs pour le cinéma, Paris, Seghers, 1971.
même malgré lui, pourrait être à l’origine de l’incroyable diversité du vivant. Le rôle de l’artiste est ainsi
celui d’un agent de diversification qui provoque l’éclosion de nouvelles voies pour nos sociétés par la mutation de telle ou telle donnée de leur fabulation. C’est ainsi le rôle le plus
éminemment positif qui puisse exister au sein d’une société. Pour prendre exemple sur la littérature, la qualité du roman au XIXeme siècle réside dans ce qu’il y’a d’universel dans les
personnages que créé le romancier : non pas d’universel en tant qu’ils représentent un type d’humain intemporel et éternel mais, au contraire, universel par la manière dont ces personnages
s’inscrivent dans leur temps avec toutes leurs contradictions, leur (absence de) goût. La manière dont ces personnages sont les grands types historiques du siècle. C’est pourquoi Mme Bovary, Fabrice Del Dongo ou le père Grandet sont des universels du XIXeme siècle : en créant ces
personnages, Balzac, Flaubert et les autres entrent dans les mentalités et les représentations du brave bourgeois français du XIXeme siècle, décodent et participent à l’évolution de ces
mentalités, permettant ainsi d’enrichir et de complexifier la force de fabulation de notre nation. Eux et leurs confrères russes sont les virus du XIXeme siècle.
Men en est un bon exemple cinématographique,
1984 de Orwell ou les Possédés de Dostoïevski de bons exemples littéraires. L’art contemporain – dans ses aspects graphiques ou
infographiques dont l’esthétique doit beaucoup aux jeux vidéos- explore lui aussi beaucoup cette voix « réaliste dure »). Le genre fantastique et le film d’horreur explorent cette voie d’une
manière un petit peu différente : ils font littéralement dériver notre réalité vers une réalité alternative dont la logique n’est plus que la
caricature horrifiante de certaines logiques à l’œuvre dans la notre (commerce du vivant, déshumanisation et machinisation, isolement croissant de l’individu).
bien partir de ce que l'on connait ?
Au contraire, les Etats-Unis ont un rapport au mythe plus symbolique qu’historique.
Beaucoup de journalistes et de critiques ont vu dans les Converses négligemment laissées au milieu des chaussures d’époque, ou dans l’usage de la musique
(New order, Bow Wow Wow, The Cure) une simple volonté de
« dépoussiérer » le film en costume. Certes, sur un plan formel, la réussite est éclatante. La scène du bal costumé est un moment d'anthologie.
a ferveur française pour la Révolution est due à l’imprégnation du marxisme dans une bonne part de l’intelligentsia jusqu’aux années 1970. Les marxistes
français ont réinterprété la Révolution de 1789 pour en faire l’évènement fondateur absolu de la France contemporaine. De cet évènement absolu, ils ont tiré une légende dorée qui va du 14 Juillet
à Robespierre et que Furet nomme le « catéchisme révolutionnaire ». Parallèlement, et selon la nécessité dont j’ai parlé plus haut, ils en ont aussi tiré une légende noire qui passe
notamment par Marie-Antoinette. Le but de cette grande légende de la Révolution étant d’inscrire le communisme dans l’identité politique française au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, et
ainsi de réaliser l’unité des Français autours de la nation et du communisme.
unificatrice d’un évènement ne peut que l’être. Ce
remontage était talentueusement agencé au filtre de la grille de lecture marxiste alors dominante et répondait aux objectifs d’une religion séculière qui fut la principale force de
« fabulation » de notre nation au XXeme siècle. Bien entendu, l’effondrement du marxisme ne put qu’entrainer celui des fabulations collectives qui lui étaient liées en France, laissant
ainsi notre pays dépourvu de ses « dieux de substitutions ».
énergies du monde. À ce titre il accueille environ 6500 scientifiques (représentant 500 universités et plus de 80 nations, soit près de la moitié de la communauté
mondiale dans ce domaine) qui effectuent leurs recherches au CERN ».
réduites dans le space opera). La diversité des thématiques dans BSG recoupe ainsi les théâtres d’affrontements politiques des Etats-Unis de l’après 11 septembre.
moins la preuve de
l’existence du Mal que la conséquence d’un échec préalable de la société. Et seul un renouvellement perpétuel des valeurs qui sont à la base de leur système politique peut permettre aux
survivants des douze colonies (donc aux Etats-Unis) de remporter la victoire.
était dans
l’incapacité de penser le monde en termes de rapport de force. Ainsi, là où les Chinois et (malgré leurs gesticulations) les Américains
Vous devez aussi vous dire, chers lecteurs, que ma vision de l’Europe est bien
négative pour qui prétend militer en faveur d’une unification politique de notre continent !
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